Cameroun : Des parents manquent de 15 dollars pour faire établir des actes de naissance à leurs enfants

par Irène Pascale
Sur le plan financier, il y a des familles qui vivent à peine avec un dollar par jour dans le Septentrion, et pas seulement. | Photo archives

A majorité analphabètes, ces familles du grand-nord vivent à peine avec un dollar par jour.

.Au Sénégal, on les appelle les « enfants fantômes». Et au Cameroun, ils sont considérés comme apatrides parce que n’ayant pas d’acte de naissance. Dans la région de l’Adamaoua, où le phénomène des « enfants fantômes» est le plus criard, ¾ d’entre eux est dépourvu de ce document  O combien important pour l’être humain. « Aux parents, nous demandons de faire établir les actes de naissances aux enfants. Avec un acte de naissance, l’enfant peut être scolarisé. Il bénéficie des avantages qu’offre la société. Il aspire à un avenir meilleur parce qu’il aura fait des études. Il est important de le faire, pour le bien de vos enfants», rappelait le Dr Félécité Tchibinda, représentant de l’Unicef au Cameroun, en juillet dernier, lors d’un séjour à Ngaoundéré.

Loin d’être un mauvais conseil, il se pose un problème de fond : celui de la pauvreté. Dans le Septentrion, la pauvreté n’est pas seulement financière, elle est aussi psychologique. «Il y a des parents qui refusent catégoriquement de faire établir des actes de naissances à leurs progénitures parce qu’ils estiment que l’enfant n’a pas besoin de partir à l’école pour devenir un homme. A partir du moment où il sait compter l’argent, on lui donne une case, une épouse si c’est un garçon, et un mari, si c’est une fille», explique un maire.

Sur le plan financier, il y a des familles qui vivent à peine avec un dollar par jour dans le Septentrion, et pas seulement. Demander aux parents qui sont dans cette situation de se rendre dans une mairie pour établir un acte de naissance à leur enfant relève du rêve. «Au lieu de partir dépenser l’argent pour un bout de papier, nous préférons utiliser cet argent pour acheter du mil, du sel, un peu d’huile pour faire la cuisine et bien manger ne serait que pendant un jour. C’est Dieu qui garde les gens. La réussite d’un enfant ne passe pas forcément par l’école», se défend Aliou, un père de huit enfants.

De plus, ajoute Awa son épouse «on nous demande de nous rendre à l’hôpital pour le suivi de la grossesse. Nous n’avons pas d’argent pour cela. Avec les accoucheuses traditionnelles, nous n’avons vraiment pas besoin de nous rendre à l’hôpital. Elles prennent soin de nous au village. Nous accouchons à la maison, et tout se passe bien», se convint-elle. Et pourtant, avec le «chèque santé », les femmes enceintes du Septentrion ont la possibilité de donner la vie dans de bonne condition ; et déclarer par la suite leurs enfants, une fois que celui-ci  est né. L’objectif est de lui garantir un avenir meilleur. Et pour ce faire, il faut qu’il existe d’abord et soit reconnu officiellement. Seul l’acte de naissance lui confère ce droit. Au Cameroun, il faut débourser près de 15 dollars pour l’avoir.

Irène Pascale, Ai