Cameroun : Des commerçants soudoient des collecteurs d’impôts

par Africa Info
D’après d’autres commerçants de la même ville, le stratagème pour prendre des dessous de tables est tellement bien huilé qu’il est difficile de mettre la main sur ces employés des services d’impôts I Photo archives

L’objectif de ce stratagème est de revoir le coût de leurs factures à la baisse.

Depuis 2013, l’Extrême-Nord du Cameroun est en proie aux exactions de la secte terroriste, Boko Haram. De nombreux Camerounais, résidant dans cette partie Septentrionale du Cameroun ont fui.

Des villages entiers se sont vidés. Des écoles ont fermés. Il y a eu de nombreux morts. Malgré cette «terreur», certains Camerounais ont décidé d’affronter la peur, de poursuivre leurs activités quoiqu’il arrive. Parmi ces «rebelles», se trouvent de nombreux commerçants. Propriétaires de boutiques, certains regrettent d’avoir fait le choix de rester.

Et pour cause : ils se font arnaquer par de hauts fonctionnaires de l’armée et certains employés des services des impôts. «En restant à Mokolo (ville de la région de l’Extrême-Nord du Cameroun), je pensais que les forces de l’ordre allaient nous protéger. Nous sommes surpris que ce soit eux, ainsi que certains employés des impôts qui viennent nous prendre le peu qu’on a, parce que disent-ils c’est pour nous aider à ne pas payer le montant exact de nos factures», justifie Martin Véodé, commerçant à Mokolo.

D’après d’autres commerçants de la même ville, le stratagème pour prendre des dessous de tables est tellement bien huilé qu’il est difficile de mettre la main sur ces employés des services d’impôts. «Au début, cela nous plaisaient, mais maintenant, on les dénonce. Malgré cela, ils s’en sortent toujours », avoue Victor Goudkoye, commerçant avant de proposer que la seule manière de les appréhender est de les prendre sur le fait. «On peut les arrêter en filmant avec le téléphone portable, lorsqu’ils vous obligent à leur donner 200 dollars, représentant les frais de taxi ou de motivation, pour qu’au lieu de 1000 dollars à payer comme montant exact de la facture, qu’on paie 600 dollars», propose Victor Goudkoye. Avec la numérisation de la paie mis en place par Alamine Ousmane Mey, ministre Camerounais des Finances, ce phénomène tend à redresser. Du coup, au lieu de remettre de l’argent en liquide aux collecteurs d’impôt, comme cela se faisait  jusqu’à récemment, les gros clients passent directement dans les banques.

 Les gros clients des impôts qui rechignent à passer à la caisse se retrouvent entre les mains des gendarmes, qui à leur tour usent de la force physique et de l’intimidation pour soutirer de l’argent à ces derniers. Pour exprimer leur ras-le-bol, le 11 septembre 2016, les commerçants de Mokolo se sont rassemblés devant la sous-préfecture de la ville. A la suite su rassemblement, une enquête a été ouverte par les services spécialisées de la gendarmerie nationale. Et à l’issue de celle-ci, le capitaine René Hamadjam Hamadjida, ancien commandant de la compagnie de gendarmerie de Mokolo, dans le département du Mayo-Tsanaga a mis aux arrêts le 24 août 2016 ; avant d’être déféré à la prison centrale de Maroua, où l’on rejoint Alhadji un gendarme et une élève-gendarme, Mabel Abanda. D’autres noms de personnalités de l’armée ont été cités, mais pour le moment, l’enquête suit son cours.

Par Irène pascale