Guinée-Equatoriale : Une crise économique et sociale sans précédent depuis 2015

par Africa Info
Obiang Nguema Mbasogo (Guinée-Equatoriale) et Robert Mugabe (Zimbabwé) : seul objectif, mourir au pouvoir. Advienne que pourra ! I Photo Ai

En récession depuis trois ans, la Guinée Equatoriale tente en vain de trouver des investisseurs pour relancer son économie.

Le Gouvernement ne parvient pas à réorienter l’économique et s’obstine dans sa stratégie de constructions des infrastructures. Un investissement qui a fait naître une corruption généralisée.

Or avec la baisse de la production et les récentes chutes du prix du pétrole, le pays est en crise totale et quasi en banqueroute. La réalité de la situation de la Guinée Equatoriale, est aujourd’hui une économie basée à 90% sur les recettes pétrolières sans aucune diversification. Les investisseurs internationaux sont entrain de faire défection. « Il y a une perte massive d’emplois augmentant le chômage de masse des concitoyens les plus démunis » commente Agustino Onadumu observateur de la scène politique de la Guinée Equatoriale.

Malgré ce déclin économique, le pays est encore riche de 1200 millions de barils. Mais le pouvoir de Malabo se radicalise : préparation d’élections en refusant toute possibilité de transparence, pressions constantes sur les oppositions dites légalisées, jeux troubles à travers l’opposition en exil, dénigrement systématique des partenaires occidentaux afin de retourner les responsabilités de la situation de crise économique actuelle, alliances internationales militaires et sécuritaires vers des pays peu sensibles à la démocratie comme la Corée du Nord, utilisation de différents médias pour mener des campagnes de désinformations et de dénigrements, annonces menaçantes vers le retour au parti unique.

Pression sur les entreprises chinoises

Dans une Guinée-Equatoriale en pleine crise économique en raison de la chute des prix du pétrole, sa principale ressource, le gouvernement a adopté la stratégie de pression vis à vis des entreprises chinoises opérant dans le pays en leur demandant d'employer des nationaux. Le vice président Teodoro Nguema Obiang Mangue a réuni il y a quelques jours des chefs d’entreprise leur sommant de respecter le pourcentage de 10 réservé au étrangers dans les entreprises. « Le gouvernement de Guinée Equatoriale appelle les entreprises chinoises à respecter le code du travail du pays en employant les nationaux », avait-il alors déclaré à la télévision nationale.

Et pourtant, pour les patrons d’entreprises « la main d’oeuvre équato-guinéenne est non seulement sous qualifié mais aussi paresseuse et incompétente ».

Le nombre d’Équato-guinéens sans emploi augmente de jour en jour, et le chômage alimente les discussions dans tout le pays, même si aucune statistique officielle n’est rendu publique. Seules les entreprises chinoises exécutent encore certains travaux grâce au cofinancement de la Chine, selon une source gouvernementale équato-guinéenne.

La Guinée équatoriale est considérée par l’ONG Transparency international comme l’un des pays les plus corrompus au monde. Il occupe le 163ème rang sur 175 dans son rapport 2014.

« Ici, au ministère du travail, nous sommes conscients de la situation actuelle depuis la chute du prix du pétrole. Les entreprises chinoises avaient un traitement préférentiel pour préserver nos bonnes relations avec la Chine, mais, maintenant, nous entrons dans la phase d’industrialisation prévue par le programme Guinée équatoriale Horizon 2020, tout le monde

doit respecter la loi », déclarait il y a quelques jours, Angel Francisco Ela Ngomo, l’un des directeurs dans le secteur de l’emploi au ministère du Travail.

« C’est la dernière fois que je me présente »

Un cinquième et dernier mandat ? C’est en tout cas ce que Teodoro Obiang Nguema Mbasogo confiait à Jeune Afrique, qu’il avait reçu en avril pour une interview. « Je suis resté trop longtemps au pouvoir ! Mais le peuple veut encore que je sois son président. C’est la dernière fois que je me présente », avouait-il du haut de ses 73 ans. Interrogé sur les velléités présidentielles de son fils le président équato-guinéen répondait sans ambages : « La Guinée équatoriale n’est pas une monarchie, mais un État démocratique. Et contrairement à l’image que les Occidentaux se font de lui, mon fils est un aficionado de la politique. Ce n’est pas moi qui l’ai poussé sur cette voie : il y est allé de lui-même. Il a du savoir-faire et, s’il réussit en politique, je n’y peux rien. Il serait injuste que son talent ne soit pas récompensé ».

Des gisements pétroliers à maturité

Depuis la mise en production du champ pétrolier Zafiro à la fin des années 90, l’économie équato-guinéenne est devenue fortement dépendante de ses revenus pétroliers. Ainsi le pétrole représente-t-il 99% des exportations et 89% de la richesse nationale. Avec une production de brut s’élevant à 400 000 barils jour, la Guinée Equatoriale se classe au rang de 5ème producteur de pétrole en Afrique. Cependant, les principaux champs pétroliers équato-guinéens sont arrivés à maturité et la production nationale a commencé à décliner depuis 2015. De fait, selon les experts, « en l’absence de découverte majeure à moyen terme, il ne reste à la Guinée Equatoriale qu’une dizaine d’années de production pétrolière ».

L’urgence de la diversification économique

Face à ces échéances, il devient urgent pour la Guinée Équatoriale de diversifier son économie dont l’extrême dépendance au secteur pétrolier devient préoccupante. Certes 20 ans d’exploitation pétrolière ont permis à la Guinée Équatoriale de réaliser d’importants progrès dans le domaine des infrastructures ou de ramener la dette publique de 210% du PIB en 1994 à 7.6% en 2014 soit 1.2 milliards USD (692 milliards FCFA).

L’environnement des affaires constitue également l’une des faiblesses de la Guinée Équatoriale. Le pays occupe la 165ème place sur 189 au classement Doing Business 2015 (qui mesure la qualité de l’environnement des affaires des pays dans le monde) loin derrière des pays comme le Rwanda 46ème. A l’occasion de ce classement la Banque mondiale avait enregistré des régressions dans le procès de création d’entreprise, des difficultés pour se raccorder à l’électricité ainsi que des difficultés dans le transfert de propriété. Si la Guinée Équatoriale par ses infrastructures présente désormais le meilleur visage dans l’espace CEMAC, il lui reste à faire pleinement profiter ses populations des richesses de ce formidable pays. La démocratie, la transparence et le pluralisme sont des progrès que la Guinée Équatoriale se doit aussi de réaliser.

Sebastiano Asumu, Ai Malabo