Congo-Brazzaville : Journée du 10 juillet 2017, une Victoire du Peuple souverain

par Monde Infos CG
Zacharie Bowao : « D’autres initiatives citoyennes et républicaines suivront pour en finir avec ce régime tyrannique. » Ι © Photo archives

Erik Mampouya : Professeur Charles Zacharie Bowao, Bonjour ! Quel bilan pouvez-vous faire de la journée du 10 juillet 2017 ? Echec ou Réussite ?

Professeur Bowao : Bonjour et merci de votre sollicitation. Comment peut-on parler d’échec ! Le rassemblement citoyen initié par des organisations de la société civile est en parfaite intelligence avec les mots d’ordre de la Fédération de l’Opposition Congolaise, à savoir : Pas d’élections au Congo sans arrêt de la guerre du Pool, sans libération des prisonniers politiques, sans mise en place d’une Commission électorale indépendante, bref toutes ces préoccupations qui nécessitent un dialogue politique inclusif en vue d’une véritable réconciliation nationale.

A côté des problèmes relatifs à la crise politique persistante, les jeunes ont mis l’accent sur les revendications sociales pressantes relatives à la santé, à l’éducation, aux salaires, aux bourses et aux pensions. Voyez-vous c’est un cri de coeur et un appel de raison dans un contexte particulièrement difficile, où les régimes autoritaristes ne pourront plus opprimer dans l’indifférence et le silence coupables. Les congolais, notamment les jeunes, ont massivement répondu à l’appel au rassemblement pacifique. Comme il fallait s’y attendre, le pouvoir a mis l’armée en alerte, déployant partout des unités hyper équipées, des chars de combats et autres véhicules de maintien de l’ordre, non pour encadrer la manifestation mais pour en empêcher la tenue. Personne n’avait le droit de se tenir debout au lieu prévu. Les attroupements de personnes étaient tout de suite dispersés. Les journalistes étaient éloignés du périmètre prévu. Personne n’avait le droit de filmer.
La tension était au plus haut niveau. La ville de Brazzaville était quasiment morte. Presque pas de fonctionnaire dans les bureaux. Partout des magasins fermés. La Présidente Munari et moi-même avons pu constater les faits au rond-point de Moungali où nous avons été et partout ailleurs où nous sommes passés. Incroyable !

Comment comprendre l’interdiction d’une manifestation pacifique en période dite de campagne électorale, autrement qu’un déni de la démocratie, des droits de l’Homme et des libertés publiques ? Pendant qu’une minorité fanatisée est en campagne, la majorité républicaine n’a pas le droit de dire NON à la dérive tyrannique d’un pouvoir illégitime, et qui a du mal à respecter sa propre légalité. Le rassemblement n’a pas eu lieu. Mais la mobilisation populaire a été remarquable. Un seul coup de feu aurait suffi pour basculer dans l’horreur. Le pouvoir militarisé a étalé au grand jour sa capacité de répression. Les jeunes ont fait la preuve citoyenne de leur maturité. Le monde entier ne peut plus douter un seul instant de ce que le Congo est au bord de l’implosion.

Pour l’histoire, l’initiative du 10 juillet n’a donc pas été un échec, mais une réussite, c’est à dire la promesse bien tenue d’un pas décisif vers la libération nationale. Comme tous les régimes tyranniques en fin de potentiel historique, le pouvoir de Brazzaville pense avoir gagné en empêchant ce rassemblement citoyen. C’est l’illusion de la longévité par les armes de la mort. Le pouvoir de Brazzaville a prouvé à l’opinion nationale et internationale qu’il a peur de l’Opposition républicaine. Sinon pourquoi une telle “armada” pour une Opposition qu’il qualifie d’insignifiante.

Le Congo ne serait-il pas devenu une épicerie familiale, donc un bien mal acquis que les propriétaires protègent au rythme d’une gouvernance par la terreur ? Il vaut mieux restaurer la démocratie sans un seul mort que de pérenniser un système qui ne tient que par le “sang des autres”. Avec un sens élevé de la responsabilité politique, les manifestants ont choisi d’éviter la confrontation avec les agents de la force publique.

D’autres initiatives citoyennes et républicaines suivront pour en finir avec ce régime tyrannique.

Fait à Brazzaville, le 11/07/2017

Source : Monde Infos CG