Cameroun : corruption dans des forages construits

par Irène Pascale, Ai
3/4 des forages de la région de l’Adamaoua au Cameroun, ne sont plus fonctionnels, six mois après leur construction.| Photo turkistarsarl.net (archives)

Au lieu de 14 mille dollars, les chefs d’entreprises construisent un forage à 5000 mille dollars.

C’est inconcevable. 3/4 des forages de la région de l’Adamaoua au Cameroun, ne sont plus fonctionnels, six mois après leur construction.

L’information a été révélée le 19 juillet 2016, à Ngaoundéré, lors des travaux du comité de suivi participatif du budget d’investissement public(BIP) et d’évaluation du niveau d’exécution des projets d’investissements publics de   l’exercice 2016.

D’après Hamassambo, cadre à la commune de Ngaoundéré troisième, le problème des ouvrages hydrauliques dans cette partie du Cameroun se trouve au niveau de la passation des marchés publics. 

 «Le premier problème se trouve au niveau de la passation des marchés. Quand un appel d’offre est lancé, ce sont les mêmes entreprises qui soumissionnent.

Et curieusement, ce n’est qu’une entreprise qui l’emporte. Or, on sait parfaitement que ladite entreprise n’a pas la qualité requise, le matériel approprié, encore moins le personnel qualifié pour réaliser tous les marchés. Comment cela est-il possible ?», s’interroge-t-il.

Depuis des années, ce n’est qu’une société qui est chargée de construire les forages dans l’Adamaoua. Et en croire nos sources au niveau du ministère des Marchés publics, toutes les procédures indiquant le processus de passation des marchés publics n’est pas respecté.

«Une fois que l’appel d’offre est lancé, les sociétés soumissionnent, et la majorité des chefs de ces sociétés viennent avec des enveloppes représentant des pots-de-vin pour soudoyer des responsables chargés de sélectionner les entreprises habilitées à effectuer lesdits marchés», confie notre source.

D’après elle, les enveloppes peuvent aller d’un million à deux millions de Fcfa.  Et une fois qu’elles sont remises à qui de droit, tout passe comme une lettre à la poste.

 Outre les micmacs qui se trament au niveau des passations des marchés, il y a le problème

de l’enveloppe allouée à la réalisation d’un forage. Actuellement, il est de 14mille dollars et demi soit huit millions de Fcfa.

 Acompte jugé insuffisant par Mohamed, un prestataire. «Sur les 14 mille dollars, cinq pourcent revienne au maitre d’ouvrage. Ce qui réduit le montant initial. De plus, il faut enregistrer la facture aux impôts, se déplacer avec les engins, les techniciens. Ces derniers doivent être logés, nourris et avoir leur dû, une fois le travail achevé » détaille le prestataire.

De plus, il y a les maires et les responsables du ministère de l’eau et de l’énergie qui réclament également leurs enveloppes. Résultat, vous vous retrouvez avec 4000 à 5000 mille dollars, pour effectuer les travaux qui étaient initialement prévus à près de 15 mille dollars».

Du coup quand les forages sont construits, c’est avec une désinvolture totale. Ils fonctionnent pour un moment et tombent en panne. C’est le retour à la case départ. Et c’est la population qui se retrouve une fois de plus, sans eau potable à consommer.

 Irène Pascale, Ai