Que retenir de l'élection présidentielle américaine de novembre 2016 ?

par Adolphe PAKOUA
Donald TRUMP, novice en politique, était perçu à la déclaration de sa candidature presque comme un rigolo venant faire rire la gallérie avant de retourner gérer son entreprise. Ι Photo twitter

Ce sont les hommes qui font l'histoire, dit-on. Dans son adresse à l'Afrique il y a quelques années, le Président américain B.OBAMA avisait les africains en ces termes : «  L'Afrique a besoin d'institutions fortes, et non d'hommes forts. »

Cette sentence plus que judicieuse, continue de bourdonner dans les oreilles des africains, comme un son qui ne porte aucun message.

La constitution américaine a été publiée par treize États fédéraux en 1787, auxquels se sont joints depuis, tous les autres États qui constituent aujourd'hui les 51 États-Unis. Écrite pendant quatre longues années avec une souplesse cependant solide, cette constitution a été amendée à plusieurs reprises pour répondre aux exigences de l'évolution du pays, sans jamais être abolie.

Des Présidents se sont succédés après avoir gagné les élections, pas une seule fois le sang n'a coulé parce que le pouvoir déchu ne voulait accepter sa défaite, des hommes emprisonnés parce que le verdict des urnes n'allait pas dans le sens de leur volonté.

L'élection de novembre 2016 nous enseigne plusieurs choses :

      Les États-Unis sont bien le pays du rêve américain car, en dépit de ce que Donald TRUMP, novice en politique, était perçu à la déclaration de sa candidature presque comme un rigolo venant faire rire la gallérie avant de retourner gérer son entreprise, son envie de gagner, sa persévérance et sa résistance ont fini par lui faire atteindre son but, malgré le peu de soutien du Parti Républicain.

      La défaillance des médias qui ont annoncé depuis longtemps, avec beaucoup de certitude la victoire d'Hilary CLINTON, ce qui a certainement convaincu certains démocrates pour ne pas aller aux urnes, les jeux étant déjà faits.

      Celle qui gagne l'élection au nombre de voix populaires est la perdante mais, en dépit de ce paradoxe, aucun recours n'est porté à la Cour Constitutionnelle ou la Cour Suprême pour revendiquer, faire recompter les bulletins de vote ou demander l'annulation du scrutin.

      L'armée n'est pas sortie des casernes sous le prétexte que les résultats donnés ne correspondaient pas à l'attente du peuple.

      Les démocrates au pouvoir ont reconnu très rapidement leur défaite et B. OBAMA, le Président en exercice n'a pas traîné les pieds pour inviter le nouvel élu à la préparation commune de la passation de pouvoirs.

Ainsi, cette passation de pouvoirs, qui se fera dans un climat apaisé en dépit d'une longue campagne où tous les couteaux bien aiguisés avaient été tirés des deux côtés, ne peut se faire dans un tel climat qu'à cause de la solidité des institutions qui sont au-dessus des hommes.

OBAMA aurait-il été un Président africain qu'il aurait modifié très facilement la Constitution, pour se permettre une porte par laquelle il aurait pu se présenter une troisième fois à l'élection présidentielle. Sur ce plan, beaucoup d'américains regrettent même qu'il ne puisse plus se représenter. L'évidence constitutionnelle est là, pour dire la règle.

Ce que nous pouvons constater en ce qui concerne l'Afrique est que les défenseurs de la politique africaine nous diront que les États-Unis sont une vieille démocratie et que l'Afrique a encore du chemin à faire avant d'arriver à un tel stade. Certains diront que nous ne devons pas copier servilement ce qui se fait ailleurs, car nos réalités et nos valeurs ne sont pas les mêmes que celles d'ailleurs. Ces raisons ne sont pas valables pour la simple raison que là où le système démocratique n'arrange pas leurs affaires, nos hommes politiques ne feront rien pour que les choses changent.

C'est ainsi que nos grands magistrats et nos grands constitutionnalistes, pour avoir le privilège de fouler tous les jours le sol de la cour, se ratatinent en cousant à nos rois des textes constitutionnels taillés à leur mesure, des textes élastiques à gré, qui finissent par faire de nos rois des roitelets aux yeux du monde.

MANDELA avait tenté de faire la leçon, d'une manière très habile, à nos gouvernants en ne faisant qu'un seul mandat pour se retirer toujours avec la confiance du peuple. La leçon est entrée dans une oreille, pour immédiatement sortir de l'autre et faire qu'on ne compte plus les pays qui, en AFRIQUE, ont procédé ou s'apprêtent au changement de leur constitution, pour permettre au match de durer le plus longtemps sinon éternellement.

A quel Dieu devons-nous nous vouer pour véritablement devenir des hommes ?

Adolphe PAKOUA