Guinée-Equatoriale : Quand la fraude gangrène la douane

par Africa Info
La Douane équato-guinéenne continue à échapper à tout contrôle. Elle verse à l’Etat moins de 1% de la valeur des importations. Ι Photo archives

Malgré l’assistance des plus grandes compagnies de vérification des importations au monde, la Douane équato-guinéenne continue à échapper à tout contrôle. Elle verse à l’Etat moins de 1% de la valeur des importations. 

Jose Eneme Obama Chele n’aime pas beaucoup la presse. Joint sur son téléphone portable, alors qu’il se trouvait à Londres, à la fin du mois dernier, l’administrateur des Douanes du Port, que tout le monde à Malabo reconnaît comme le véritable patron de la Douane, s’est montré peu amène. « Vous ne m’intéressez pas. Je ne veux pas vous parler. » Entretien terminé. 

Pourtant, il a beaucoup à expliquer. Selon le FMI, les importations du pays ont quintuplé en cinq ans, en passant de 507 millions de dollars en 2011 à 2,365 milliards de dollars en 2016. Parallèlement, les recettes douanières ont doublé. 7,8 millions de dollars, contre 14,58, soit moins de 1% de la valeur des importations. Par comparaison, les services douaniers des autres pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, CEMAC, perçoivent en moyenne 28% de la valeur de leurs importations. 

Les exonérations, très importantes, n’expliquent pas tout. Certes, le secteur pétrolier, le secteur public, les équipements d’infrastructures, etc. sont exonérés, soit, annuellement, deux milliards de dollars. 

Les trois leaders mondiaux de la vérification n’ont donc rien pu faire contre une fraude douanière systémique.

Mais il reste encore 350 millions de dollars d’importations assujettis aux taxes douanières. Si la moyenne de la CEMAC s’y appliquait, les recettes douanières auraient été de 98 millions de dollars. Plus de 80 millions de dollars s’évanouissent donc annuellement dans la nature.  

Le président Obiang Nguema, qui ne se distingue pas par sa rigueur dans la gestion des biens publics, se préoccupe pourtant de cette situation. Par trois fois, c’est lui-même qui a fait appel à des sociétés internationales spécialisées dans le contrôle des importations. En vain. 

Vérificateurs indésirables 

La suisse Société générale de surveillance (SGS) présente dans beaucoup de pays africains, a été la première sollicitée. Après s’être beaucoup investie pour mettre en place un dispositif adéquat, elle n’est jamais parvenue à faire signer son contrat. De guerre lasse, elle a renoncé et plié bagage. 

Après la suisse, une française, Veritas. Elle semblait être mieux partie puisqu’un contrat en bonne et due forme lui est signé en 2006, qui stipule qu’elle doit vérifier, avant embarquement, toutes les marchandises importées. Revirement. Alors qu’elle n’a pas encore commencé à exécuter le contrat, le Conseil des ministres le dénonce. 

L’année suivante, retour à la Suisse. Un autre champion de la surveillance des importations, Cotecna, signe en 2007 avec le président Obiang Nguema un programme complet de vérification (quantité, qualité, tarif douanier, détection d’armes et de munitions par scanners à rayons X aux ports et aéroports, vérification des marchandises avant embarquement…). 

Jamais deux sans trois ! Cotecna rend les armes après deux années passées à mettre en place son système d’inspection. Malgré le contrat, le gouvernement refusait toujours de lui donner l’autorisation d’opérer, sans laquelle la société ne peut rien faire. « La lourdeur du système, l’ampleur des résistances », s’y désole-t-on. Il lui a donc fallu, aussi, partir. Les trois leaders mondiaux de la vérification n’ont donc rien pu faire contre une fraude douanière systémique. 

Fraudes connues 

Les fraudes sont de trois types. Les fausses déclarations sont la règle. Les marchandises non exonérées devraient subir une taxe douanière de 5,6%. Les estimations basses avancent que, chaque jour, l’Etat perd 300 000 dollars rien que du fait des fausses déclarations. 

Le deuxième stratagème est la revente, sur le marché local privé, d’importations exonérées, principalement les matériaux de construction importés pour les infrastructures. Grâce à des sociétés écran, chinoises et libanaises en général, une bonne part de ces matériaux exonérés est revendue dans le pays. 

Dernière arnaque de très grande envergure, la surfacturation des équipements pétroliers, qui permet à maintes sociétés pétrolières de diminuer leurs résultats d’exploitation et donc les impôts payés à l’Etat. 

L’absence totale de contrôle des importations ne fait pas qu’obérer les revenus fiscaux de l’Etat. La population de Guinée équatoriale consomme aussi des produits alimentaires avariés et des médicaments contrefaits.

Norbert Zanga