mort d ’un évêque, le vrai-faux communiqué du Vatican

par Loup Besmond de Senneville
Le directeur Camerounais du cabinet civil de la présidence Martin Belinga Eboutou : le présumé commanditaire de l’assassinat de Mgr Benoît Bala Ι © Photo archives

Depuis le 10 juillet, des médias camerounais prétendent qu’un communiqué du Vatican demande aux évêques de respecter la « conclusion des autorités » dans l’affaire de la mort suspecte de Mgr Bala.

Or, ce texte est une fausse déclaration fondée sur une lettre de condoléances envoyée par un évêque français.

C’est un document qui a été abondamment commenté le 10 juillet dans tous les médias du Cameroun. Une lettre aurait ainsi été envoyée par« le Vatican », qui exigerait des évêques camerounais qu’ils s’en tiennent« aux conclusions des autorités »en ce qui concerne la mort suspecte de Mgr Jean-Marie Benoît Bala, l’évêque de Bafia, dont le corps a été retrouvé dans un cours d’eau le 2 juin. Or, il n’en est rien.

Ce prétendu« courrier du Vatican »est en réalité une lettre écrite à l’origine par… un évêque français. Mgr Philippe Mousset, évêque de Périgueux a en effet adressé il y a quelques jours une lettre aux catholiques du diocèse de Bafia, en raison des liens particuliers qui unissent son diocèse avec cette région du Cameroun. Le diocèse français accueille en effet un prêtre camerounais venu de Bafia.

Une phrase supplémentaire…

« Notre prière fraternelle et ardente le rejoint, lui et son diocèse de Bafia (Cameroun) avec lequel nous avons tissé des liens particuliers. Que les liens d’amitiés et de fraternité qui unissent nos deux diocèses trouvent aussi ici une expression concrète », écrivait alors l’évêque français.

Or, le texte repris par les médias camerounais, et qui s’avère être un faux, s’est vu adjoindre cette phrase« La chair est faible : Nous ne sommes que des mortels. Nous exhortons les fidèles à s’en tenir aux conclusions des officiels. »Un passage qui laisse entendre que le Vatican demanderait aux évêques camerounais de s’en tenir aux conclusions du procureur camerounais, qui a affirmé dans un communiqué le 4 juillet que« la noyade est la cause la plus probable du décès de l’évêque »et que le corps ne comporte aucune marque de violence.

Or, cette conclusion de la justice camerounaise est frontalement contestée par les évêques, qui affirment que Mgr Bala a été« assassiné brutalement ».« La certitude morale des évêques repose entre autres sur le fait que le corps qu’ils ont vu et reconnu au bord de la Sanaga et à la morgue de l’hôpital général de Yaoundé, et qui était la dépouille de Mgr Jean-Marie Benoît Bala, portait des marques de violence », insistent les évêques dans un communiqué publié le 10 juillet. Ils regrettent de ne pas avoir reçu le corps de l’évêque, contrairement à ce que leur avaient promis les autorités camerounaises.

Loup Besmond de Senneville