Cameroun : L'opposition, la vraie doit se réveiller

par Célestion Biake Difana
Célestin Biake Difana : « Il faut congédier Paul Biya et sa petite logorrhée anesthésiante que des thuriféraires entretiennent pour leur petit confort alimentaire. Mais comment alors et avec qui? » | © Photo archives

Haro sur les complaintes faites sous le boisseau. Le Cameroun est ce qu'il est dans ses échecs à cause de nos lâchetés. France, communauté internationale et tutti quanti n'y peuvent rien.

Nous seuls avons les solutions à la mal gouvernance de plus de 30 ans qui nous asphyxie. A condition de devenir véritablement des citoyens.

Au fait, quelle est la véritable force d'opposition au Cameroun? Le Social Démocratic Front (SDF, opposition) qui depuis des lustres se complaît dans la jactance gratuite, fort de sa maigre poignée de politicards disséminés dans la représentation nationale? Ou, l'Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp, opposition, majorité) , l'Union des populations du Cameroun (Upc, opposition) , l'Union démocratique du Cameroun (opposition) et consorts tous perclus d'inactions et réduits à mimer la contestation dans d'improbables bastions quasi régionaux? Il faudrait vraiment le savoir. Car en ces moments où plus que jamais et malgré les fausses assurances d'un Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc, au pouvoir) bourré d'infatuation, l'alternance s'impose comme une nécessité de survie de l'État face à l'inertie d'un long règne de 35 ans qui rive le pays à la médiocrité, la question réelle de notre développement pour ne pas dire notre décollage, se pose avec acuité.
Doit-on laisser se perpétuer un ordre ancien qui n'a plus d'imagination, ni créativité mais qui hurle sans cesse et sans honte à son efficacité ou donner la chance aux idées nouvelles, seules capables d'opérer des changements en bousculant pas mal de mauvais acquis et habitudes sclérosantes?
La réponse va de soi et nous interpelle tous: il faut congédier Paul Biya et sa petite logorrhée anesthésiante que des thuriféraires entretiennent pour leur petit confort alimentaire. Mais comment alors et avec qui?
Question d'importance s'il en est, qui surgit dans un paysage politique dévasté par l'anomie. Qui franchement pour camper nos espoirs de changement et les porter? Fru Ndi? Le pauvre pantin du simulacre de notre démocratie! Un vrai irresponsable dans le champ des enjeux politiques parce que immature et quelque peu analphabète sur les bords. Bello Bouba? Un collabo impénitent friand du pouvoir pour le pouvoir. Ndam Njoya? Un ectoplasme incapable de porter son éthique au-delà de sa sphère géographique d'appartenance parce que soupçonné et peut-être à raison de ne pas être consistant dans ses convictions. L'Upc alors aux milles ramifications mendiantes? Pas si sûr, ses multiples dirigeants s'étant dévoyés dans l'errance et l'incohérence. Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) de Maurice Kamto, tout nouveau et tout impétueux aussi? Il faut redouter que ce ne soit une fumisterie qui a tout l'air d'une arnaque républicaine menée sur le désespoir de la masse. Son promoteur ayant tout le mal à convaincre de sa bonne foi. L'homme a consolidé à sa façon et quelque part, le système Biya qu'on vomit et dont il veut nous convaincre de s'être véritablement affranchi.

De la revue des troupes de cette galerie d'ombre du personnel politique qui nous tient lieu de leaders, doit-on se résoudre à la résignation et entonner la mauvaise antienne du "on va faire comment"?
Il n'est plus temps de laisser fuser cette mauvaise interrogation. Les incantations Rdpciennes des grandes ambitions aux grandes réalisations sont entrain de tourner aux grandes désillusions. La vérité de toutes les consultations électorales organisées jusqu'ici, laisse voir que l'opposition, la vraie existe. A côté des agités du bocal, elle campe dans l'abstentionnisme et plus inacceptable, dans le refus de s'inscrire sur les listes électorales. Pour un pays de près de 25 millions d'habitants, se contenter d'un électorat d'à peine 6 millions est une imposture. Tout cela procède de la galéjade et d'une certaine irresponsabilité.
A qui la faute? Pas toujours au Rdpc seul qui assurément en tire profit pour conforter son champion au pouvoir. Des réalistes diront que c'est de bonne guerre. Mais honnêtement, cette défaillance exhale une indécence. Celle anormale de voir des personnes majeures ne pas prendre conscience de leur citoyenneté. De leur impérieuse et nécessaire implication dans ce qu'on appelle la gestion des affaires de la cité.
Il faut que les gens prennent conscience de ce que la notion d'homme providentiel est dépassée. Il y a une infinité de dauphins insoupçonnés à même de donner au Cameroun un destin bien meilleur que celui qu'il subit et semble accepter aujourd'hui sous l'ère Biya.
Chaque voix compte et vaut son pesant d'or. Et c'est justement en ces occasions de consultations électorales, que possibilité nous est donnée de faire vaciller les gouvernants. Des moqueurs chagrins, un brin défaitiste diront toujours: que faire de la fraude et de la lourde machine administrative qui l'organise? La réponse est simple, fraudez, il en restera toujours une masse critique pour faire la différence si l'on bat le plein d'inscription. Cela paraît naïf, mais c'est d'une vérité imparable quand l'ampleur du refus est manifeste et actée dans l'isoloir.
Ce n'est pas en se défaussant ou en restant chez soi que le destin du Cameroun changera. Il ne pourra l'être que si la pleine conscience de notre ras le bol est prise et valablement exprimée.
Ceci est d'une telle urgence qu'on se doit de regarder autour de nous, autour de toutes ces nations qui ont décidé d'entrer dans le 3eme millénaire avec les atouts de la jeunesse et de la témérité. Et non en se crispant sur des hommes du passé aux ambitions passéistes et figées.

Célestin Biake Difana