Les journalistes au Cameroun sont des complices du régime Biya

par Boris Berthold
Le griot Issa Tchiroma les nourrit bien. La bouche bien pleine ne parle plus…| © Photo archives

Je vous prends deux affaires: La libération d’Agbor Balla et l’affaire Bonita.

Depuis la sortie d’Agbor Balla de prison, aucun journal francophone ne lui a tendu le micro. Aucune interview. Pourtant Agbor Balla est partisan d’un Cameroun, mais un Cameroun fédéral. Il est contre toute idée de sécession. D’ailleurs il est aujourd’hui l’ennemi des sécessionnistes.

Ce que nos journalistes qui prétendent défendre l’unité nationale font c’est de parler régulièrement des sécessionnistes. Leur accorder même leur grande UNE. Or le discours est une modalité de pouvoir, rappelait Foucault. Plus vous parlez de quelque chose, plus vous lui donnez un sens et vous l’installez dans les imaginaires. Donc notre presse a participé à construire par ignorance ou bien pour employer un euphémisme de manière involontaire à installer le discours sécessionniste dans l’espace. C’est juste parce que j’ai pleinement conscience de cette réalité que je ne parle jamais de ces gens et je n’ai jamais cité ici leur soit disant leader. Parce qu’un discours est performatif. Parler d’eux c’est accroître leur pouvoir et leur légitimité au détriment des modérés. Voilà comment nos journalistes ont contribué à fragiliser Agbor Balla. Et ils poursuivent ce travail.

Deuxième affaire. Le scandale Bonita impliquant le journaliste Parfait Ayissi. Une affaire d’une puanteur sans pareille impliquant une mineure. Je rappelle que les médias sont également les garants des valeurs morales dans une société. Ailleurs, il a suffi de twit ou post sur Facebook pour que le harcèlement et abus dont sont victimes les femmes soient dénoncés par les médias. Mais chez nous, silence radio.

Aucune enquête, aucune demande d’interview, aucune référence. Aucun éditorial sur l’état de la société. Silence on viole. Et vous les verrez dans les débats du week-end venir dire que Paul Biya gère mal.

Qu’il ne fait pas bien son travail comme si eux-mêmes faisaient le 1/10 de leur mission. En fait ils sont inconsciemment devenus les alliés de Paul Biya. Ils dénoncent les homosexuels mais se taisent sur les pratiques d’initiation au lesbianisme dont Parfait Ayissi s’est livrée avec l’adolescente. Quelle incohérence!!!!!

En réalité Biya a besoin de cette attitude des médias pour consolider son pouvoir. Contrairement à ce qu’on peut croire, la crise anglophone a renforcé le caractère répressif du régime et conforté la posture de Biya selon laquelle après lui c’est le chaos et les journalistes camerounais ne travaillent pas à faire monter d’autres alternatives.

D’un point de vue moral, tout le monde devient pêcheur. Et donc tout le monde peut être puni. Seul le prince qui a le contrôle sur l’appareil peut s’échapper. Les violeurs peuvent être libres. Mais ils savent que leur liberté repose essentiellement sur la volonté du prince. Sur cette base ils lui sont redevables. TOUT LE MONDE EST POURRI. ON FAIT COMMENT: ON SE SOUDE LES COUDES. Ainsi l’alliance du mal est née.

Ainsi va la République.

Boris Bertolt