Ai-Gabon - Il y a quelques années de cela que certaines entreprises ont renouvelé les contrats pendant que bien d’autres sont en train d’être signés. C’est le cas aussi de la compagnie pétrolière Shell Gabon qui avait renouvelé pour 20 ans encore sa convention d’établissement au Gabon.
Ce qui l’autorise à opérer dans le pays jusqu’en 2028 tandis que Total, le plus grand opérateur pétrolier du Gabon, continuera ses opérations jusqu’en 2032, sa convention d’établissement ayant été renouvelée pour 25 ans. Ces renouvellements, qui ne sont en réalité que de simples formalités administratives, injectent tout de même de l’optimisme au sein de l’opinion publique du fait que depuis bientôt deux décennies, les autorités gabonaises n’ont cessé de se projeter, sans grande conviction, dans "l’après pétrole" en esquissant des schémas de reconversion ou de diversification de l’économie du pays.
Ce pessimisme a été souligné par les travailleurs du secteur pétrolier gabonais qui avaient annoncé en 1996, qu’à partir de l’année 2004, on devait commencer à parler du pétrole gabonais au passé, si aucune découverte majeure ne se réalisait entre temps. Et, depuis lors, il n’y a pas eu de découverte pétrolière de l’envergure de Rabi Kounga. Cependant certaines découvertes laissent entrevoir une lueur d’espoir. Tout dernièrement, un puits a été mis en exploitation à Lambaréné.
Ces inquiétudes se sont par ailleurs accentuées avec la promotion acharnée, un peu partout dans le monde, des biocarburants et le matraquage par les médias internationaux de ce qu’on nomme le "Pick Oil" et qui désigne l’épuisement des réserves mondiales du pétrole. Ces appréhensions s’avèrent légitimes pour une économie comme celle du Gabon, dans laquelle l’industrie pétrolière a tenu et tient encore une place exceptionnelle, voire prépondérante.
Le bon niveau des cours du brut et du Dollar a conduit à une exploitation plus poussée des puits en production, y compris de petits puits jusque-là peu rentables. C’est ainsi que la chute du niveau de production a été non seulement freinée mais elle s’est ensuite légèrement stabilisée avec respectivement 13.5 millions de tonnes en 2003, 13.2 millions de tonnes en 2004 et 13.2 millions de tonnes en 2005. L’année 2006 aura pour sa part été marquée par une forte chute avec 11.9 millions de tonnes produites (environ 235.000 barils jours) soit le niveau historique le plus bas jamais enregistré par le Gabon.
Ressource très fructueuse et stratégique, le pétrole ne saurait être abandonné au Gabon. C’est ainsi que, si l’exploitation pétrolière ne s’est faite jusqu’ici que sur le littoral et en offshore, le Gabon a ouvert avec la Chine l’exploration on shore à l’intérieur du pays sous la futaie tropicale. En effet, le 3 février 2004, Richard Auguste Onouviet, alors ministre des Mines, de l’Energie, du Pétrole et des Ressources Hydrauliques, représentant l’Etat gabonais, a signé à Libreville un Accord d’évaluation technique (AET) avec le groupe pétrolier chinois SINOPEC. Cet accord, qui porte sur trois blocs terrestres, a suscité beaucoup d’espoir au moment de sa signature ainsi que l’a laissé entendre Richard Auguste Onouviet : « Espérons que (…) dans un an, nous aurons des nouvelles rassurantes pour que l’aventure pétrolière puisse continuer dans notre pays. Ce que nous espérons tous, c’est que Sinopec va découvrir un gros gisement qui dort dans le sous-sol de la république gabonaise». On peut y croire parce que le Gabon est situé dans le golfe de Guinée et que selon les spécialistes américains, notamment Dick Cheney, les USA devraient concentrer leurs efforts de recherche dans cette province pétrolière qui devrait devenir l’une des plus importantes du monde. Elle compte 24 milliards de barils de pétrole de réserve et son offshore ultra profond est très prometteur.
Une autre raison d’espérer est que les 850 Km des côtes du Gabon n’ont pas méticuleusement été sondés et que, le pétrole on shore, n’a pas été recherché du fait de l’épaisse forêt équatoriale qui induirait des coûts autrement plus onéreux que ceux des exploitations en bordure d’océan. Les choses commencent toutefois à changer. Le 14 mars dernier, la junior pétrolière Maurel & Prom a indiqué que le puits de développement Onal-901 situé à Lambaréné a montré un débit d'huile beaucoup plus important que ceux mis en évidence sur les autres puits testés à ce jour, avec 3400 barils par jour. On notera par ailleurs que malgré le ranking, c’est-à-dire le découpage et classement des pièges à pétrole effectués depuis le début de l’aventure pétrolière gabonaise, le gisement de Rabi Kounga a été découvert trente ans après celui de Pointe-Clairette. Ce qui confirme l’hypothèse de l’existence de pièges à pétroles subtils qui seront découverts grâce aux évolutions technologiques ou grâce à l’intuition/obstination.
Achille Moutsinga, Ai Libreville
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