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Cameroun : La démocratie en question


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Ai-Cameroun – Au terme du point de presse qu’il a tenu ce 31 Janvier 2O12 au siège de son parti, le Mouvement des Ecologistes Camerounais (MEC), Pierre Fritz Ngo, son Président et candidat malheureux à l’élection Présidentielle du O9 Octobre 2O11, a remis aux hommes des média un document qu’il a qualifié lui-même de réflexion sur la démocratie Camerounaise.

Le texte, en trois pages dactylographiées intitulé « L’institutionnalisation de la démocratie Camerounaise » avec pour sous-titre « Elecam se devrait de relever ce défi sans complaisance et juste », est un véritable réquisitoire contre la démocratie telle qu’elle est perçue aujourd’hui dans le pays.

D’entrée de jeu, le Président du MEC, clarifie les choses « Sans préjuger d’un quelconque monopole de jugement et loin de moi toute présomption à l’érudition politique, je voudrais simplement en ma qualité de citoyen et d’acteur du champ politique m’autoriser un moment de réflexion ».

Des perspectives décourageantes de la démocratie Camerounaise

Sur cette lancée, Pierre Fritz Ngo poursuit « Je considère que la politique est un champ de contradictions idéologiques à vocation heuristique d’une part et d’autre part comme un outil de régulation des tensions sociales, le moins qu’on puisse dire est qu’au Cameroun selon toute vraisemblance nous sommes bien loin du compte. Pour en venir au sujet qui m’occupe, je pense qu’il est présomptueux d’affirmer qu’au terme d’un parcours de vingt ans dans lequel notre démocratie s’est engagée, elle augurerait des perspectives encourageantes ».

Pour lui, « L’état de la démocratie dans notre pays est caractérisé par un discours politique dominant qui exerce un pouvoir de coercition aliénant voire infantilisant selon les circonstances sur l’ensemble des acteurs. Il n’y a point de concertation entre les acteurs politiques. L’espace politique est dominé par une majorité écrasante qui annihile toute velléité de débat. Alors même que la force de la démocratie réside dans l’intensité de la contradiction entre les acteurs, pouvons-nous dès lors affirmer que la culture de la démocratie s’est installée dans notre pays ? Il me semble que le résultat soit très mitigé. Il n’y a qu’à observer le peu de concertation qu’il y a autour des grandes décisions institutionnelles qui engagent notre pays ».

A la suite de ce triste constat, il s’interroge « Est-ce la faute d’une offre idéologique alternative ? Est-ce une organisation systématique qui opprimerait toute velléité d’émancipation démocratique dans notre pays ? Y a-t-il dans notre pays certains qui profiteraient du statu quo ? ».

Des tensions latentes à désamorcer au plus vite

Dans sa réponse à cette triple interrogation Pierre Fritz Ngo donne une réponse sans ambigüité. « Quoiqu’il en soit, le constat est implacable que nous pouvons tous tirer, c’est qu’il existe dans notre pays un foyer latent de tensions sociopolitiques dont l’explosion n’est jusqu’ici que différée ».

Les transformations institutionnelles

Désamorcer ces tensions sociopolitiques pour Fritz Pierre Ngo, passe par donner au pays des institutions fortes. « La démocratie sous son angle théorisé nous renseigne que son avènement induit des transformations institutionnelles avec comme objectif d’affranchir les pouvoirs constitués à des fins de meilleure gouvernance. C’est selon Montesquieu l’idée même de la séparation des pouvoirs préalable incontournable à toute démocratie… Le moins que l’on puisse dire est que les derniers évènements politico-judiciaires baptisés opération épervier nous indiquent qu’il y a probablement des corrections à opérer dans l’indépendance de la justice vis-à-vis du pouvoir exécutif. Le contentieux postélectoral des dernières consultations en dit d’ailleurs long sur cette question ».

La nécessaire séparation des pouvoirs

« Le pouvoir législatif est loin d’assumer la mission noble qui est la sienne à savoir assurer le contrôle de l’exécutif. Tous les égarements et les excès de l’exécutif ne sont point encadrés. En association avec ce qui précède, la démocratie exige par ailleurs que des droits quelle que soit leur nature, soient garantis aux acteurs politiques et associés pour un meilleur exercice de leur expression citoyenne… Des violations flagrantes des droits des uns et des autres auxquelles on associe tous les jours sous le regard parfois complice des pouvoirs constitués est affligeant. La société de semblable qu’induit un état de droit n’est qu’une proclamation …creuse dans notre pays. Chez nous la loi a peur des statuts, c’est le plus fort qui fait la loi. Il n’existe point de contrat social au sens de J-J Rousseau. C’est l’état de nature peint par Hobbes ».

Un constat qui amène l’auteur à parler des produits politiques.

Les produits politiques

Ces produits politiques, à son avis ne sont que les partis politiques, qui, au Cameroun se comptent par centaines. « La profusion de produits dans notre marché politique national ne traduit-elle pas une faiblesse génétique inhérente à la genèse de l’avènement de la démocratie dans notre pays ? N’est-ce pas là une faiblesse structurelle qui empêche ce que l’on appelle vulgairement l’opposition de se constituer en force politique alternative ? C’est manifestement le cas de la dernière élection présidentielle, elle nous en apporte une parfaite démonstration. L’incapacité des partis dits de l’opposition à se coaliser traduit bien une faiblesse structurelle des partis politiques au Cameroun. Cette faiblesse a tendance à rendre les lignes de clivages illisibles pour l’électeur et ainsi affaiblir la dynamique politique dans notre pays ».

Ces produits politiques amènent Fritz Pierre Ngo à parler également de marché politique et surtout à relever son importance dans le but de prévenir l’éventuel retour au parti état.

Les dangers du parti état

Il écrit à ce sujet « Le marché politique n’est-il pas important afin que les règles du jeu ne soient point faussées au risque que la concurrence pure et parfaite ne se transforme en monopole du parti état : que tous les vendeurs en l’occurrence les partis politiques disposent des moyens proportionnels à la vulgarisation de leurs produits ? Dans notre pays, est-ce aujourd’hui le cas ? Selon toute vraisemblance pas ! Il n’y a qu’à voir la disproportion qui existe entre les moyens du parti état et les autres. Parti qui au passage faut-il le noter est également le gestionnaire testamentaire de tous les calendriers politiques qu’il fixe d’ailleurs selon son gré sans aucun contrôle parlementaire ».

Dans ces conditions que doivent faire les acheteurs politiques ?

Responsabilité pédagogique des partis politiques et des médias

« Parlant des acheteurs politiques puisqu’il n’existe point de marché sans la rencontre entre l’offre et la demande, pouvons-nous affirmer qu’il existe dans notre pays une conscience qui éclaire les choix de l’achat des produits politiques par nos concitoyens ? On pourrait être tenté de penser que cela est le cas pour une mineure partie de nos concitoyens ; mais qu’en est-il des autres ? N’y a-t-il pas là une piste de réflexion sur la responsabilité pédagogique des partis ? A mon humble avis aussi bien les politiques que les médias doivent s’approprier cette responsabilité. Et le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne jouent pas du tout la partition qui est la leur et laissent ainsi nos concitoyens dans le flou de leurs contradictions ».

Au terme de ce diagnostic, le constat est clair pour Fritz Pierre Ngo.

La démocratie est sans ancrage au Cameroun

« Fort de tous les constats qui précèdent et dont la liste est loin d’être exhaustive, je peux affirmer sans risque de me tromper que la démocratie est en balbutiements dans notre pays. Devons-nous, nous en contenter ? Certains et légitimement seraient tentés habilement de dire oui ! Comme je l’ai souvent entendu « notre démocratie est en voie de maturation » comme pour dire laissons les choses faire, tout s’autorégulera. Il y a bientôt vingt ans que le processus est en cours et l’avenir ne présage rien de glorieux… Est-ce une attitude républicaine ? Est-ce une façon d’être utile à son pays ? Il n’y a rien d’étonnant qu’à ce rythme les citoyens soient de moins en moins intéressés à la chose publique, j’allais dire aux consultations électorales car présumant de leur issue. Une telle apathie civique est dangereuse pour la consolidation de la démocratie voire même pour la construction de notre bien-être collectif ».

Un appel à tous les Camerounais

Le Président du MEC de conclure par un appel « C’est ce pourquoi j’appelle de mes vœux tous les dignes fils de notre pays et en particulier ceux qui détiennent les leviers de l’action ainsi que ceux qui peuvent créer la dynamique du mouvement dans notre pays, de prendre enfin conscience que les générations à venir attendent de nous que nous leur construisions un monde meilleur pour la postérité du Cameroun ».

Puisse cet appel être entendu par des Camerounais épris du développement de leur pays et conscients que tout dépend d’eux et pas toujours des autres !

Georges Ndenga, Ai Douala



 

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