Après les « Grandes ambitions, », les « Grandes réalisations ». Mais avant les « Grandes réussites », par ailleurs très attendues, avec un scepticisme fort exacerbé par 22 ans de despotisme aveugle d’une part, et 30 ans d’inertie corruptrice et corrompue d’autre part, peut-être ferait-on, un tout petit peu bien, de songer, un tout petit peu plus, aux « petites corrections »
À partir des organes d’information de la République : présentateurs et animateurs y prennent inutilement de faux accents gras de marseillais, d’autant plus désagréable pour l’auditeur, qu’ils prennent bruyamment leurs inspirations dans le micro et y expirent avec un sans gêne troglodyte. Cela fait ce bruit de râle d’agonisant : « heurrkkssf ! » Ce qui à l’écoute donne en moins bien ceci : « le président de la République heurrkkssf ! son excellence Paul Biya heurrkkssf ! présidera probablement en fin de semaine prochaine heurrkkssf ! la finale de la Coupe du Cameroun heurrkkssf ! la grande parade culturelle s’annonce belle du côté du stade sans nom officiel précis heurrkkssf ! Ahmadou Ahidjo heurrkkssf ! ou Omnisports de Yaoundé heurrkkssf ! où le ministre des Sports et de l’Education Physique heurrkkssf ! veille en ce moment même heurrkkssf ! aux derniers préparatifs heurrkkssf ! » Çà c’est surtout à la radio qu’on l’entend ! Mais qu’importe.À la télé comme à la radio, la déification flagorneuse du Chef de l’État frise le ridicule. Du ministre (d’État) au dernier planton de la République, en passant par tous les grades intermédiaires d’une hiérarchie fort propice à l’inertie que l’on voudrait combattre, tout propos commence par : « comme l’a dit le Chef de l’État, son Excellence le président de la République, Paul Biya…» Personne ne pense plus par lui-même ; seul le Chef de l’État pense ; lui seul, a droit de penser ! L’élection à la présidence de la République ne confère ni compétence, ni omniscience, ni même science infuse. C’est peut-être vrai que l’on entre dans le bureau du chef avec des idées personnelles et qu’on en ressort avec celles du chef, tout à fait identiques aux premières. Mais cette adulation du «Chef de l’État son Excellence le président de la République Paul Biya » ne saurait être tout à fait innocente.
C’est de l’incitation au culte suicidaire de la personnalité. Il s’agit, pour les adeptes de cette pratique, de gonfler l’ego du président afin de bien le circonscrire au mieux de leurs intérêts égoïstes. Et pendant que « le Chef de l’État son Excellence le président de la République Paul Biya » se délecte de ces allégations bassement flatteuses, passe-droits et prévarications font leur lit dans la République. Certes, l’adage est bien « Dis moi qui tu hantes et je te dirai qui tu es » ; certes, les fossoyeurs de la République sont ses plus proches collaborateurs. Mais, à moins qu’il le fasse, dans le secret des arcanes du pouvoir, comme tous les tyrans, tel qu’il apparaît aujourd’hui, a-t-on jamais entendu « le Chef de l’État son Excellence le président de la République Paul Biya » appeler au détournement des deniers publics ?
Il serait naïf de répondre par la négative, tant que le financement du parti RDPC n’obéit à aucune règle de transparence. L’origine des fonds de ce parti reste floue depuis l’Union Camerounaise (UC) et l’Union Nationale Camerounaise d’Ahmadou Ahidjo. Mais il convient de reconnaître : que sous ce dernier, les détournements de deniers publics étaient bien rares, à l’exception de ceux qui lu ont été attribués après sa chute ; que les coupables étaient punis. Aucun Camerounais lucide ne peut regretter Ahmadou Ahidjo, ne serait-ce, entre bien d’autres griefs frustrants, tragiques et sanglants, que pour avoir livré le Cameroun à la calamité qui le gouverne aujourd’hui. Juste pour espérer tirer, dans l’ombre, les ficelles d’un pouvoir qui lui avait déjà échappé. Quel homme méchant !! Mais hélas ! À leur corps défendant, les Camerounais se trouvent obligés de constater que le désastre présent érige en affres endurables, les supplices d’un passé abominable.
Qu’y a-t-il donc de si mystérieux dans l’arrêt de la date à laquelle doit se jouer la Coupe de football du Cameroun ? Tout profane sait qu’il suffirait, en début de saison, de présenter au ministre de tutelle, un calendrier des activités de la fédération sportive concernée pour en obtenir approbation du Cabinet civil de la Présidence, après études et instructions. Quand on sait qui dirige la Fécafoot, il a beau donné du « comme l’a dit le Chef de l’État son Excellence le président de la République Paul Biya…», reste qu’il se pose une question curieuse : incompétence ou sabotage ? Sous Ahidjo, l’on se souvient bien d’un ministre de la Jeunesse et des Sports, à l’époque, qui avait perdu son maroquin juste après avoir déclamé, la main sur le cœur : « Le président Ahmadou Ahidjo, ce Périclès du XXème siècle…. »
Qu’y a-t-il donc de tellement impénétrable dans l’organisation des élections pour qu’on n’en connaisse jamais un calendrier précis ? Que masquent donc tous ces prétendus secrets réservés aux prétendus initiés d’hypothétiques sectes invisibles ? Rien de bon ! Puisque nul de tous ces sectateurs, aux de allures conspirateurs constipés, ne peut donner aujourd’hui la date précise des prochaines élections municipales, législatives ou présidentielles. Rien n’est plus programmé. Pilotage à vue en politique, en économie, au social, au culturel. C’est la république de l’improvisation et du hasard criminel. C’est dans l’amalgame que se perpètrent impunément toutes les forfaitures. « Comme l’a dit le Chef de l’État son Excellence le président de la République Paul Biya…»… Chacun se cache derrière cette formule magique et le président de la République se cache derrière ceux qui s’y cachent. Et vive l’inertie ! Tout est prévu, excepté ce qu’il y a à faire pour le développement du pays et le bien-être des populations. On n’a pas de compte à rendre au peuple ; on est au service du « Chef de l’État son Excellence le président de la République Paul Biya ».
Alors s’organise des villégiatures à Kribi. Aux frais de la princesse ! Séminaires de formation pour les hauts responsables de la République. C’est le moyen le plus sûr pour s’en mettre plein les poches ; sans risque et en grande pompe ; logés, nourris avec frais de mission, les grands commis de l’État y aiguisent leur intelligences malfaisantes. Tant pis pour la République si elle nomme, à de hauts postes de responsabilité, des hommes et des femmes sans aucune formation. Quoique bardés de diplômes ! La preuve ; ces séminaires, séjours paresseux dans des domaines luxueux, ne sont sanctionnés par aucune évaluation de niveau en fin de parcours. Il est donc impossible de vérifier ce que ces étudiants de luxe acquièrent au cours de ces séminaires de formation et remise à niveau. Formation continue quand tu nous tiens ! Vivement que l’on lance les concours pour le recrutement des ministres et des Secrétaires généraux des ministères !
Après les séminaires, les commissions de concertation. On se concerte ; on cogite et « eurêka, j’ai trouvé ! » Après 50ans d’indépendance ; après 30ans de Renouveau ; après 20ans de vulgarisation de l’outil informatique en Afrique subsaharienne, l’on découvre, ô lumière, que comme l’a dit le Chef de l’État le président de la République son excellence Paul Biya, l’informatique, il n’y a que çà de vrai ! Mais longtemps après cette découverte cruciale, le fichier solde de l’État n’est toujours pas maîtrisé, les fonctionnaires constituent toujours, dans un terrifiant parcours du combattant, leurs dossiers de retraite, faux actes de naissance et faux diplômes sont toujours découverts à toutes les occasions, la carte nationale d’identité informatisée porte plusieurs numéros pour un seul individu chaque fois qu’il la fait établir et les non nationaux la possède allègrement. On se retrouvera à Kribi pour comprendre ces graves manquements !
La critique est aisée mais l’art est difficile. Mais seule la critique conduit au progrès. Les petites corrections font les grandes perfections qui conduiront à l’avènement de la République exemplaire prônée par le Chef de l’État son Excellence le président de la République Paul Biya… !
Dieudonné Bessalla
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