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Exclus ou Parias ?


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Ils ont plus de 40 ans et se posent la question de savoir s’ils sont aussi camerounais ? Parias, Sacrifiés, ignorés, oubliés ou exclus, ces sieurs et dames d’une certaine génération BIYA ne savent même pas quel vocable utiliser pour qualifier leur situation. En effet, ils peuvent avoir choisi le bon moment pour exposer leur situation : « Recrutement des 25 000  jeunes à la Fonction Publique» pour faire quoi ? Redresser les torts ? Qu’ont-ils fait pour toujours rater l’histoire ? 29 ans après l’accession de Paul BIYA au pouvoir, aucun programme social ne s’est adapté à eux ! Et Aujourd’hui ?

LES EVENEMENTS

Tenez lorsque le président Paul Biya prends le pouvoir le 6 novembre 1982, ils sont en majorité scolaires du secondaire et du primaire pour ceux qui vont à l’école, et travaillent dans les plantations de leurs parents pour ceux qui ont « cassé le Stylo » assez tôt. Ils nourrissent d’ambitions comme tout homme en instance de devenir ! Le discours du nouveau maître du Cameroun boostent les rêves ! C’est le « Renouveau » deux ans après nous sommes le 6 Avril 1984 un putsch vient perturber l’ordre et la sérénité du Cameroun plongeant ce pays dans un chaos psychologique très profond. Crise de confiance, tribalisme et haine de toute sorte animent la vie civile et politique du pays désormais. Paul Biya change d’orientation politique et ces bouleversements se répercutent dans tous les domaines de la vie civile, politique et économique. Personne ne s’adapte au nouveau Deal.  Plus tard, on ne distribuera plus la nivaquine à l’école, les coûts de scolarité deviennent exorbitants,  plus de bourses scolaires, L’université devient payante, fermeture des restaurants universitaires, les subventions aux planteurs sont supprimées, et j’en passe. C’est la démission de l’Etat et le calvaire commence !

Cette situation n’est pas pour arranger les choses des citoyens  qui ont de plus en plus besoin de liberté. En 1991 un vent venu de l’Est vient donner l’occasion d’exprimer ce malaise. C’est « l’opération ville morte ».

M. P. OWONO nous confie : «  J’étais au YUC (YAOUNDE UNIVERSITY OF CAMEROON) c’est nous qui avons marché pour des épreuves de Baccalauréat en Terminale quelques années avant  affirme-t-il ; c’est nous qui avons organisé les grèves estudiantines « Parlement » et consort qui ont abouti à l’éclatement de l’Université de Yaoundé. Nous étions déjà démocrates au Lycée et nous nous sommes fortement impliqués dans ces évènements ».

CONSEQUENCES

Cette implication coûtera très cher à cette génération. Le Cameroun, fortement secoué par la crise constitutionnelle doit aussi faire face à une crise économique très profonde. A l’université, on est passé depuis de « l’EPSI » appellation à l’époque de la plus petite valeur de la bourse universitaire, passant par la suppression pure et simple de la gratuité de l’université. A la fonction publique les salaires sont divisés de moitié et même on lui attribue l’appellation de S.I.D.A (Salaire Insuffisant Difficilement Acquis) !

M. W. WANDJIE  Diplômé de l’enseignement supérieur aujourd’hui apporteur d’affaire libre nous confie les difficultés de sa génération :

- A 45 ans, je suis encore à jongler pour survivre et nombreux sont mes camarades dans cette situation ; d’autres poirotent en exil poussés par la force des choses. Lorsque j’ai obtenu mon bac, j’ai bien voulu intégrer le monde professionnel et poursuivre mes études en travaillant ; malheureusement, la fonction publique  avait déjà fermé les portes : pas de concours public, pas de recrutements, et même si j’avais voulu intégrer une école professionnelle ? Il y’avait block out. Les bourses d’études devenues officiellement inexistantes étaient donc réservées aux privilégiés et proches des hauts dignitaires. Le privé quand à lui jusqu’aujourd’hui ne nous a jamais laissé une seule chance de faire un simple stage ni l’essai.

Je me suis mis en politique (Jeunesse du RDPC, PRESBY, JACHABY…)  faisant des petits boulots pour survivre. Et lorsqu’on a relancé les concours, je n’avais plus l’âge requis ! Quelle misère ? Un jour un ancien camarade me propose une formation pour pouvoir à la suite être délégué médical. J’ai reçu l’aide d’une tante qui a payé ; pour avoir un poste il fallait une voiture et quelques petites conditions imposées comme le permis de conduire Catégorie B. Où prendre de l’argent pour foncer ? Le même camarade reviens me donner une liste des structures qui pourraient me prêter de l’argent pour cela mais alors ? Même là-bas les structures étaient verrouillées. Il fallait une caution et dans les indiscrétions, on me précise que je devrais être parrainé. La caution valait pratiquement ce qu’il me fallait pour réaliser mon projet. J’ai entrepris de faire la Mototaxi pour pouvoir trouver le Capital. Je suis devenue ce qu’on appelle « Attaquant » de la conduite du taxi la nuit à la moto la journée … Un jour un accident a avalé toutes mes économies et mon rêve s’est évanoui. Il a fallut changer d’options et faire quoi ? Je suis démarcheur dans l’immobilier sans aucune assurance ni plan de vie.

Ce témoignage est parmi plusieurs autres que nous avons recueillis et à chaque fois les évènements sont quasi similaires. Un autre qui requiert l’anonymat nous confie qu’il aurait proposé plusieurs projets et le retour d’informations n’a pas été évident. Quand il recevait une réponse c’étais du genre « Nous ne finançons pas les projets intellectuels » ou plutôt « Votre projet n’est pas fiable » à défaut c’étais le silence complet et que pire, des mois après il voyait le projet naître quelque part.

Et quand nous pausons la question de savoir : Que faites-vous de l’appel du Président qui demande à tout le monde de mettre la main dans la pâte pour le Septennat qui commence ?

Armand K. nous répond : « J’ai cru aux discours pendant 25 ans et j’ai cessé de rêver. Je vous rappelle, poursuit-il J’ai assisté aux premières Universités des jeunes du RDPC à LIMBE organisées par le RDDR (Rassemblement des diplômés de l’enseignement Supérieur) ; Mme FONING et tout son groupe de politiques présents à cette cérémonie plein d’espoir nous ont demandé de présenter des projets qui seront financés par le parti ! Quelle n’a pas été notre surprise après 6 mois ? Ces projets déposés à AMFLO Rond Point Deïdo ont été purement et simplement remis aux proches des cadres du parti initiateurs du programme ? Les fabriques d’eau en sachet qui prolifèrent aujourd’hui ? Les fabriques des emballages en sachet la liste est très longue ! Ce sont des propositions en majorité des Anciens ESSEC, autres Grandes Ecoles, Etudiants etc.

En passant ! dit-il plus loin, Vous avez un collaborateur dans la communication qui a mené une Etude proposant la création de l’OCIE (Office Camerounais de l’Informatisation de l’Ecole) ; J’ai une copie de ce projet avec courrier réponse du Premier Ministère ! Savez-vous ce qu’ils en ont fait au MINESEC là où on l’a orienté pour compétence ? Il y’en a plein dans leurs tiroirs les propositions ; qu’ils s’en servent. Moi je ne leur fait pas confiance et nombreux sont dans ma génération qui partagent cet avis. C’est plein de génies parmi mes anciens camarades. Ils ont fabriqué les cocktails Molotov à l’époque, ils seraient capables de fabriquer une Bombe atomique aujourd’hui, tout comme monter des Business rentables. S’ils veulent penser à nous, qu’ils ouvrent la porte aux Financements accessibles pour nous ! Alors des vrais financements. Savez-vous comment les D.G. des sociétés d’Etat et les Ministres attribuent les marchés ? Simples Grés à Grés ? C’est une affaire de famille et de petits copains. Lorsque ce n’est pas eux même qui sont des fournisseurs ? Pour finir, à leur âge ils doivent penser plus à la retraite qu’à une révolution à laquelle ils n’y croient pas eux même ? Ils veulent créer des emplois et ne veulent pas céder la place ! À 70 ans et plus on doit être allé au repos non ? Regarde une fois de plus pour tous les programmes et discours nous ne sommes nulle part. Soit c’est avant nous soit c’est après.

De tous ce qui précède, un constat est clair, cette génération attend une contre partie de toute la misère qu’elle continue à subir et le désintérêt observé dans tout ce qui engage la chose nationale est un signe qui ne trompe pas. De leur propres avis,  ils n’ont plus l’âge de bénéficier des « Programmes emplois » seules les affaires peuvent leur donner de l’espoir.

Richard Miré



 

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