Ai-Cameroun - En marge des travaux de la session de formation des coordonnateurs et superviseurs de pool des observateurs des élections au Cameroun, l’Agence Ai a approché Claire Zoayang née Ateba Ngamougou, coordonnatrice du Centre d'animation rurale et développement durable à Ebolowa, région du Sud. Elle explique..."Les femmes sont très influencées par leurs compagnons..."
Qu’est-ce qui peut bien expliquer la faible mobilisation des femmes dans les processus électoraux au Cameroun ?
Il y a plusieurs raisons à cela. A mon niveau, les femmes se disent que les affaires publiques ne les concernent pas. Par ailleurs, toute question relative aux élections est assimilable à avoir un positionnement dans un parti politique. Donc participer aux questions de suivi des élections par exemple donne déjà l’impression qu’on est partisan de l’opposition parce qu’il faut dire les choses telles qu’elles sont. On se dit que si on s’intéresse aux élections, c’est parce qu’on veut faire mal au parti au pouvoir (ce qui n’est pourtant pas le cas NDLR). Je pense aussi que les femmes n’ont pas cette culture de la chose publique parce que les hommes dans leurs ménages disent que les femmes sont les ministres de l’intérieur. Donc, normalement, leur tâche est de s’occuper du quotidien de la maison. Elles ne doivent pas s’occuper des affaires intérieures. C’est toutes ces choses qui jouent et qui diminuent le nombre, qui freinent la participation des femmes à ce type d’activités.
La majorité des femmes suivent leurs maris ou leurs copains ?
Oui. Les femmes sont très influencées par leurs compagnons, donc leurs époux et en tout cas par leur entourage immédiat. Soit on est partisan du parti au pouvoir, soit on est contre le parti au pouvoir. Ou alors, on dit que ces choses-là ne nous rapportent rien. Il faut aussi signaler un autre aspect, les populations Camerounaises sont tellement pauvres que s’intéresser aux histoires de vie publique, aux histoires de l’Etat, des pouvoirs publics, cela n’apporte pas de valeur ajoutée au niveau du panier de la ménagère dans nos foyers. Cela est aussi une raison fondamentale pour que certains Camerounais trouvent qu’il n’est pas important de s’intéresser aux questions électorales.
Avez-vous l’impression qu’il y quelque chose à faire dans ce sens ?
Bien entendu. C’est la raison pou laquelle nous autres nous nous battons au quotidien. Nous devons amener les femmes à comprendre que le simple fait d’être Camerounais nous oblige à participer à la vie publique du Cameroun parce que nous ne pouvons pas continuer à laisser notre pouvoir de décision entre les mains d’autres personnes. Donc, ce qu’il y a à faire, c’est de travailler de manière à ce que cela fasse tâche d’huile. Nous procédons tous les jours à l’éducation, à la sensibilisation des femmes pour qu’elles s’éveillent, pour qu’elles sachent qu’elles ne sont Camerounaises à part entière que si elles contribuent effectivement à la vie publique.
Peut-on avoir une évaluation ou une estimation du degré d’implication de la femme dans l’accomplissement de cette tâche civique à Ebolowa où vous résidez?
Disons qu’au Sud, c’est une réalité particulière parce qu’au Cameroun, tout le monde sait que c’est le fief du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais NDLR) et les femmes sont très associées, elles sont pratiquement instrumentalisées parce qu’elles doivent massivement porter la tenue du parti, elles doivent applaudir, elles doivent faire des youyous dans de grandes occasions. Est-ce que c’est cela qui peut vraiment nous aider à apprécier la participation de la femme aux affaires politiques du pays ? C’est une question qui est posée et qui nécessite beaucoup d’études. A mon sens, les femmes se limitent juste à applaudir et à jouer les décorations.
Comment bannir cette approche qui saute à l’œil ?
Il faut continuer les séances d’information, d’éducation et de communication sur ce que c’est que la vie citoyenne auprès des populations et des femmes en particulier. Il faut leur montrer le lien direct qu’il a entre participer aux élections et contribuer à l’avancement de la vie publique du Cameroun.
Propos recueillis par Alphonse Jènè, Ai Douala
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