Ai-Cameroun - Le diagnostic est fait par Bernard Njonga, ingénieur agronome et par ailleurs président national de l’association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic). Rencontré par l’Agence Ai, il parle des problèmes que connait l’agriculture au Cameroun.
Qu’est-ce qui fait problème aujourd’hui dans l’agriculture au Cameroun ?
Ce qui fait problème, c’est que l’agriculture est incapable de satisfaire la demande en vivres. C’est pour cela qu’il y a un problème. Et pourtant, il y a un potentiel que l’agriculture n’est pas capable de transformer pour alimenter les besoins de consommation en ville. Et voilà qu’on importe aujourd’hui de plus en plus ce que nous consommons. Cela veut dire que nous perdons progressivement notre souveraineté alimentaire. C’est tout à fait évident.
Qu’est-ce qui explique cela ?
C’est parce que, essentiellement, on ne donne pas les moyens aux producteurs. On ne crée pas les conditions. On n’accompagne pas les producteurs pour qu’ils assument pleinement leurs responsabilités de production. Si on accompagnait les producteurs, puisque le potentiel est là, que ce soit dans le domaine du riz, du macabo ou du plantain, on a le potentiel et on ne vivrait pas cette situation. Donc si on accompagne de manière judicieuse, de manière efficiente les producteurs, on aurait résolu le problème. Et c’est pour cela que nous proposons les appuis, les subventions en milieu rural sous la forme de prime à la production. C’est ce que nous proposons.
Avez-vous évalué l’agriculture par rapport aux mesures d’accompagnement que vous proposez ?
Oui. Disons que lorsque nous parlons des mesures d’accompagnement, de subventions ; nous avons fait des calculs. Avec trois milliards de FCFA, on peut relancer la production du riz à travers les primes à la production. On peut imaginer le même chiffre pour le maïs. Il faut voir la spéculation parce qu’il y a spéculation. Par rapport au maïs, à partir de l’année prochaine, on n’importe plus ; voici ce que l’on va faire pour combler le déficit. Par rapport au riz, si on n’importe plus le riz, on va permettre aux producteurs d’approvisionner le marché au lieu de produire pour garder sans vendre.
Ne pensez-vous pas que c’est un discours qui ne tient pas la route au regard des mentalités des uns et des autres et par rapport à cette attitude que vous dénoncez ?
Mais non. Nous faisons un plaidoyer. Dans notre principe, on ne se décourage pas. Donc, on ne peut que continuer. Si nous faisons face à un rejet, au lieu de reculer et de nous résigner, nous changeons plutôt de méthode. Nous continuons, nous persévérons et c’est ce que vous nous voyez faire. Nous sommes convaincus que tôt ou tard, on comprendra qu’au fur et à mesure qu’on importe, on tue notre production agricole pendant qu’on renforce notre dépendance. Tôt ou tard, cela se comprendra et c’est là la leçon des choses même si cela ne les intéresse pas.
Entretien mené par Alphonse Jènè, Ai Douala
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