Ai-Cameroun – La crise qui secoue le Soudan, les mouvements de révolte en Libye, la lettre du secrétaire d’Etat américain au Cameroun, voilà quelques sujets d’actualité qui ont préoccupé l’Agence Ai et pour en parler, Dr. Jules Marie Kémajou, géostratège et consultant international. Il fait une analyse froide.
D’abord le Soudan
Le soudan est encore au devant de l’actualité. Qu’est-ce qui fait problème ?
Voilà le sud du Soudan qui va être indépendant. La partie Nord, arabe peule, veut absolument récupérer la ville la plus fertile et là où il y a un quart du gisement pétrolier du pays. Et le nord veut l’arracher de manière brutale. Ces arabes qui n’ont jamais considéré les noirs comme des êtres humains. Pour eux, c’est inadmissible qu’une telle richesse soit entre les mains des Kalaochas.
Je suis autant déçu par l’absence que par le peu de réaction des Africains. Dernièrement, on les a suivis indignés sur l’implication de la Communauté Internationale en Côte-d’Ivoire. Voilà maintenant un problème sur Abyei où l’on a vidé toute la ville de 40 mille habitants. Les populations sont maintenant des réfugiés dans l’extrême sud du pays. Le pouvoir d’Omar El Béchir a installé une administration arabe avec pour seul but de récupérer la terre la plus fertile.
Ce conflit doit sûrement avoir des répercussions sur l’Afrique toute entière !
A l’heure actuelle des Soudanais se sont réfugiés au Tchad car personne ne peut accepter de vivre cette situation éternellement. Aucun peuple ne peut accepter l’humiliation à vie et c’est depuis 1960 que cette situation existe et perdure !
Ensuite la Libye
Le Guide libyen réussira-t-il à rester au pouvoir ?
Kadhafi restera –t-il au pouvoir et pour combien de temps et pour quelle partie du territoire ? La règle en sciences politiques dit qu’il y a trois grands critères : la monnaie, le territoire, la diplomatie.
Or pour l’instant Kadhafi contrôle encore la monnaie libyenne mais bientôt ce sera le dollar qui va circuler de l’autre côté de Benghazi. Encore même qu’à l’heure actuelle c’est le dinar tunisien qui circule. C’est dire que la monnaie libyenne n’a presque pas de valeur. S’agissant du territoire, Il n’a qu’une minime partie. Il en est de sa diplomatie qui prend de plus en plus de coups, on renvoie ses ambassadeurs dans tous les pays où ils sont installés. Quand on ne maitrise pas ces trois éléments on peu considérer qu’on n’est qu’un président fantoche.
Qu’est-ce explique cette soudaine révolte de la population ?
Dans sa tête et comme beaucoup de dictateurs, Kadhafi pense que le pays est sa propriété, il ne comprend pas pourquoi on peut lui dire de partir. C’est un guide, donc Dieu. Si vous faites un tour dans ce pays, vous allez constater que le modèle Kadhafi est fondé sur la base tribale. C’est les chefs de tribus qui distribuent de l’argent. Il n’y a pas eu un développement réel. Sur le plan sanitaire, les pontes libyens se sont toujours rendus en Tunisie pour se soigner. Les hôpitaux en Libye sont assez bien construits mais n’ont aucun équipement. Ils sont vides. L’internet et autre ouverture inexistants parce qu’interdits par le grand guide. Les gens se sont inspirés de ce qui se passait ailleurs dans le monde arabe et se sont jetés dans la rue pour dire qu’ils voulaient aussi suivre la marche du monde. Quand je vois les africains qui s’indignent pour ce que Kadhafi vit, aujourd’hui, je me pose bien des questions. Même dans son célèbre combat pour la création des Etats unis d’Afrique, vous pensez qu’il était sincère ? Est-ce qu’il montrait l’exemple ? Vous savez combien de négro-africains on expulsait en Libye ? Vous savez combien il a eu comme financement de l’Union européenne pour empêcher les africains de migrer vers l’Europe ?
Kadhafi peut-il s’en sortir ?
Ça va être dramatique. Là où les occidentaux sont engagés avec autant de moyens, je ne les vois pas faire marche arrière. Il doit faire une négociation pour sortir de façon honorable. Il y a des pays qui sont déjà prêts à l’accueillir. Le conseil national de la transition est déjà à pied d’œuvre diplomatiquement. C’est connu de tous.
Enfin le Cameroun
Restons en Afrique et parlons du Cameroun avec cette lettre de Hilary Clinton
Je crois qu’il faut relativiser cette lettre. J’ai lu dans les journaux où l’immense majorité a parlé d’injonction faite au président de la république Paul Biya de ne plus se représenter. Non ! C’est une lettre banale que les américains ont pris l’habitude d’envoyer à tous les pays à la veille des élections. On l’a envoyée en Centrafrique, au Tchad, en Côte d’Ivoire avant les élections. C’est juste une innovation de la diplomatie américaine qui est le simple souhait de voir que les choses se passent mieux.
Est-ce vous ne vous mettez pas à contre-pensée des camerounais dans le contexte actuel ?
Oui, je suis surpris par certaine opinion camerounaise qui demande l’intervention de la communauté internationale. Ce qui était tout le contraire hier pour le cas de la Côte d’Ivoire. Le raisonnement à mon avis ne doit pas être sélectif. Lorsque je me rappelle ce qui a été dit ou fait pendant la crise ivoirienne par des citoyens camerounais, je suis inquiet pour l’alternance dans notre pays où les gens n’ont même pas les principes des normes juridiques. Et la façon dont l’opposition s’est fait piéger sur la crise ivoirienne me rend encore plus pessimiste. On a condamné la Commission indépendante et voilà que c’est la cour suprême qui va proclamer les résultats et que Elecam ne constitue plus rien. Il n y a donc pas d’analyse faite à mon avis. C’est extrêmement grave dès lors que cette opposition n’a plus de crédibilité vis-à-vis de la France, des Etats Unis et autres pays démocratiques à travers le monde.
Mais il y a toujours de l’inquiétude du parti au pouvoir vis-à-vis de cette même communauté internationale !
C’est juste que les responsables du parti au pouvoir veulent rassurer les militants qui sont inquiets, croyant que la communauté internationale viendra faire ci ou ça. On peut juste comprendre que c’est le Secrétaire général du RDPC qui tranquillise les militants. Ce n’est pas un message envoyé à la communauté internationale. Il n y a que le ministre des relations extérieures pour le faire. Ce qui n’est pas le cas.
Entretien mené par Alphonse Jènè, Ai Douala
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