Trump promet « le feu et la colère » à la Corée du Nord, qui lui répond

par lemonde.fr
Donald Trump a brusquement haussé le ton mardi 8 août face à la Corée du Nord, qui se heurtera selon lui au « feu et [à] la colère » si Pyongyang persiste à menacer les Américains. Ι © Photo archives

L’escalade verbale entre les États-Unis et Pyongyang continue, alors que les Nord-Coréens ont déclaré étudier la possibilité de « faire feu » autour d’une île où stationnent des militaires américains dans le Pacifique.

Il promet une réaction d’une ampleur « que le monde n’a jamais vue jusqu’ici ». Donald Trump a brusquement haussé le ton mardi 8 août face à la Corée du Nord, qui se heurtera selon lui au « feu et [à] la colère » si Pyongyang persiste à menacer les Américains. « La Corée du Nord ferait mieux de ne plus proférer de menaces envers les États-Unis », a prévenu le président américain depuis son golf de Bedminster (New Jersey), où il passe ses vacances d’été.

La veille, Pyongyang avait promis de faire payer « un millier de fois » aux États-Unis « le prix de leurs crimes ». Ceci après l’adoption récente par l’ONU de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord, dans le cadre d’une résolution proposée et mise en avant par Washington.
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L’île de Guam menacée

Après ces déclarations de Donald Trump, les Nord-Coréens ont répondu mercredi qu’ils envisageaient de tirer des missiles vers les bases américaines de l’île de Guam, dans le Pacifique. L’agence officielle nord-coréenne KCNA a déclaré qu’« actuellement, [le pays] étudie avec attention le plan opérationnel afin de faire feu sur les zones situées autour de Guam avec une fusée balistique à portée intermédiaire Hwasong-12 ». Ce projet sera finalisé « et sera mis en pratique de manière consécutive et simultanée, dès que Kim Jong Un, le commandant suprême de la force nucléaire le décidera », a ajouté l’agence.

L’île de Guam abrite une base militaire américaine comptant un escadron de sous-marins, une base aérienne et un groupe de garde-côtes. La déléguée du territoire de Guam à la Chambre des représentants, Madeleine Z. Bordallo, a très vite précisé dans un communiqué que l’île restait sûre et s’est dite convaincue de la « capacité de la défense américaine à (la) protéger ». Dans une vidéo, le gouverneur de Guam, Eddie Calvo, a estimé que l’annonce nord-coréenne ne représentait pas une menace, et assuré que l’île était préparée « à toute éventualité ». Washington n’a recommandé aucun changement dans le niveau d’alerte du territoire, selon lui.

Révélations sur les progrès nord-coréens

Ce contexte tendu s’est encore alourdi avec les révélations du Washington Post mardi 8 août, concernant les progrès réalisés par les Nord-Coréens dans leur programme nucléaire. Le régime communiste aurait réussi à adapter suffisamment la taille de ses têtes nucléaires pour pouvoir les placer sur ses missiles intercontinentaux et ainsi faire peser la menace d’une attaque nucléaire sur la première puissance mondiale, selon les conclusions d’un rapport confidentiel achevé le mois dernier par l’agence américaine de renseignement militaire.

Grâce à cette capacité, le régime communiste deviendrait une puissance nucléaire à part entière, en mesure de réaliser l’objectif affiché par le leader Kim Jong-Un : frapper les « salauds d’Américains ».

Pyongyang avait procédé le 28 juillet à un nouveau tir de missile balistique intercontinental (ICBM). Le missile Hwasong-14 avait atteint une altitude maximale de 3 700 km et volé quarante-cinq minutes pour s’abîmer en mer, à un millier de kilomètres de son pas de tir, dans la zone économique exclusive du Japon (200 milles nautiques de la côte). Selon les observateurs américains, le missile tiré à un angle plus horizontal aurait une portée de 10 400 kilomètres, mettant ainsi les villes de Los Angeles, Denver ou Chicago dans son rayon.

De toutes les estimations, ce quatorzième tir de l’année était une démonstration de force inédite, quelques semaines seulement après le premier lancement, le 4 juillet, d’un missile de portée intercontinentale. L’agence de propagande KCNA avait proclamé la « fierté » du dirigeant Kim Kong-un de constater que son pays fait la preuve de sa « capacité au lancement surprise d’ICBM dans toute région et à tout moment » et de savoir que « la totalité du territoire américain était dans le champ de tir ».

«  Menace mondiale »

Les menaces répétées et l’enchaînement ces derniers mois de tests de missiles par Pyongyang sont un casse-tête pour Donald Trump, depuis son arrivée au pouvoir. Sous l’impulsion de Washington, le Conseil de sécurité de l’ONU a imposé à la Corée du Nord des sanctions sans précédent. Les États-Unis ont su convaincre ses partenaires chinois — premier soutien de Pyongyang — et russe de renforcer la pression internationale sur un pays accusé d’être une « menace mondiale ».

Cette vague de sanctions pourrait coûter un milliard de dollars de revenus annuels à l’Etat nord-coréen, tout en restreignant des échanges économiques cruciaux avec la Chine, son principal allié et partenaire économique. Dans leur globalité, les exportations nord-coréennes rapportent au pays chaque année 3 milliards de dollars.

En frappant le pays au portefeuille, la communauté internationale a pour objectif de pousser Pyongyang à la négociation. Mais le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, a exclu un retour rapide au dialogue avec le Nord, estimant que la nouvelle volée de sanctions démontrait que la planète avait perdu patience face à ses ambitions nucléaires.

Le Monde avec l’AFP