«J’ai été engagé au sein du Bataillon d’intervention rapide (Bir) en 2007 en qualité de soldat. Affecté à la première région militaire dont le quartier général est à Letta, j’ai été posté à Gado-Badzéré (entre Bertoua et Garoua-Boulaï : ndlr). La zone était très infestée par les coupeurs de route, attirés par les chercheurs d’or qui sont installés ici. Ils les dépouillaient de leur minerai, mais aussi de leur argent. Ils étaient une véritable terreur pour les commerçants du village ; certains avaient d’ailleurs abandonné leurs activités » A la question de savoir quelle était leur mission et quel est son impact sur le terrain, notre soldat répond : « Depuis que le poste du Bir a été installé ici, les populations ont moins peur. Mes camarades et moi avons restauré la confiance au sein de la population. Nous avons une mission, celle de sécuriser les populations et leurs biens. Traquer les malfaiteurs, sans effrayer la population est particulièrement délicat. Les malfaiteurs n’ont pas de loi. Nous flirtons avec la mort chaque jour. Nous affrontons parfois des bandes organisées, lourdement armées. Il nous faut donc riposter à la hauteur des attaques ».
Sur leurs méthodes de travail, notre homme pourtant discret et peu disert, explique : «Je dois me fondre dans la population sans être identifié, patrouiller discrètement pour ne pas me faire repérer par les malfaiteurs. J’effectue parfois des dizaines de kilomètres de patrouille, à pied, avec mon équipement lourd, des réserves de nourriture limitées, sous la pluie et sous le soleil. Mon matériel de travail est essentiellement constitué de mon fusil d’assaut, de mon téléphone portable qui me permet de stocker les numéros de téléphone des personnes ressources pouvant faciliter mes interventions. Sur la route que je surveille souvent, je dois identifier tous les véhicules qui passent, transmettre les données que j’ai recueillies de mon poste d’observation au prochain poste, dans la direction que le véhicule repéré a prise ; de la même façon que je reçois des informations venant d’autres postes d’observation. Chaque semaine, de retour à la base, je dois faire un rapport à mon supérieur hiérarchique, pour consigner ce que j’ai observé sur le terrain, et afin de lui permettre de résoudre les difficultés qui ont pu entraver ma mission. Ce n’est pas un travail facile, mais la sécurité de mes concitoyens en vaut le sacrifice ». Si le Bir n’existait pas, il aurait bien fallu l’inventer !
Bernard Bangda, Ai Bertoua
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