Dès le début, on savait que les coupeurs de route utilisaient la voie routière comme premier mode opératoire. Ainsi, leurs cibles principales étaient la nationale n°1 (Bertoua - Garoua - Boulai - Meiganga - Ngaoundéré - Garoua - Maroua - Kousseri) et surtout les routes secondaires qui mènent aux grands marchés à bétail. Pour atteindre leurs objectifs, ils s’organisaient par groupes de trois ou de cinq bandits.
A un virage ou à un endroit plein de cassis qui empêchaient les véhicules de rouler un peu plus vite, ces brigands immobilisaient tous les véhicules de transport. Les passagers, des commerçants pour la plupart, étaient délestés de leurs espèces, bijoux et autres objets précieux. Ceux qui tentaient de résister étaient simplement abattus pour dissuader les autres. Dans l'Adamaoua, les axes Ngaoundéré-Meiganga, Meiganga-Ngaoui, Ngaoundéré-Tibati, dans le Nord, Garoua-Tcholliré, Garoua-Ngaoundéré, Garoua-Poli, Tcholliré-Touboro, Touboro-Mbaiboum, dans l'Extrême-Nord, Maroua-Kousseri, Magada-Kaélé étaient devenus de véritables mouroirs pour les usagers.
Pendant longtemps, ils ont ainsi opéré en déjouant toujours la vigilance des forces de défense qui, il faut le dire, n’étaient pas entraînées pour faire face à ce phénomène qui s’apparente à la piraterie. Au fil des années, les forces de défense ont commencé à prendre le dessus sur ces malfrats qui ont fini par quitter la route, privilégiant des assauts sporadiques.
Avec l’instabilité de certains pays de l’Afrique centrale notamment la Rca, on assiste à l’émergence d’une nouvelle race de coupeurs de route depuis quelques années. Ils sont mieux organisés, car, composés des ex-rebelles ou des déserteurs des armées régulières. Ils sont équipés d'armes de guerre comme les kalachnikovs ou les « FAL ». Ils sont également bien renseignés sur ces cibles et l’on soupçonne à ce propos les chefs traditionnels.
Les éleveurs et les commerçants de bétail sont leurs principales cibles. Leur mode opératoire diffère aussi. La nuit, ils font irruption dans des campements isolés des éleveurs ou des localités où vivent les bourgeois ruraux. Ils exigent de leurs victimes de grosses sommes d’argent. Si leurs exigences ne sont pas satisfaites sur place, ils enlèvent femmes et enfants qu'ils vont libérer contre de fortes rançons. Ce mode opératoire visiblement plus rentable est la dernière trouvaille de ces gangsters des temps modernes au Cameroun.
Bernard Bangda, Ai Bertoua
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