Un geste fatal pour nous lorsque vient à passer un camion citerne roulant en sens inverse. A son passage, un nuage de poussière envahit l’intérieur du car. Aux toussotements de certains passagers se mêlent leurs protestations. Une discussion franche éclate, vite calmée par le bon sens d’un homme qui propose de fermer et d’ouvrir les fenêtres aussi souvent que besoin se fera sentir.
Beka, 39 kilomètres après Garoua Boulaï ; la route semble coupée. De véritables tranchées ont été creusées par de gros porteurs. Les cars de transport et les véhicules de tourisme endurent l’enfer pour passer cet obstacle. Les véhicules « tout-terrain » du Haut-commissariat aux réfugiés et d’autres organismes humanitaires passent beaucoup plus aisément. Les camions font parler leur puissance. Aujourd’hui, par chance, il n’a pas plu. Sinon, il aurait fallu attendre six heures de temps, au moins. Le temps que le lac artificiel soit vidé. Et que la route ait un peu séché. Le car avance difficilement, se balançant dangereusement de part et d’autre. De temps à autre, le grincement de la tôle, du pare-choc ou du plancher, au contact du sol, se ressent à l’intérieur
A certains endroits, le conducteur prie les passagers de descendre, pour délester le car et ainsi lui permettre de traverser un nid-de-poule plus profond. Malgré les soubresauts du car, certains passagers ont commencé à somnoler, visiblement assommés par la chaleur qui se fait de plus en plus étouffante. Mais surtout, par l’âpreté du voyage. La halte aura lieu seulement à Beloko. La localité porte curieusement le même nom que notre gardien bénévole de la barrière de pluies de Mbonga. Il faut profiter au mieux de la clémence de la météo. Tant qu’il ne pleut pas, il faut rouler et aller le plus loin possible. La zone est particulièrement délicate. Une attaque des coupeurs de route est propice à cet endroit où l’on roule au pas.
Heureusement, la présence dissuasive des éléments du Bataillon d’intervention rapide, postés tous les vingt kilomètres en moyenne, est quelque peu rassurante. A 15 h 30, le car entre à Beloko. Arrêt obligatoire, pour la prière, pour se dégourdir un peu les jambes, et pour manger, ou boire un coup pour la route. Mais déjà, il faut partir, rallier Meiganga avant la nuit. Sécurité oblige ! Le car y sera aux environs de 19 heures. 70 kilomètres auront été couverts en sept heures, soit dix kilomètres seulement par heure. Il faudra passer la nuit ici. Prendre la route de nuit est singulièrement risqué. Le car n’est reparti que le lendemain, tôt à 5h, après la première prière du matin. Pour arriver à Ngaoundéré dans la journée. Parce que la pluie n’est pas tombée entre-temps.
Bernard Bangda, Ai Bertoua
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