Ai-Cameroun - Garoua Boulaï-Ngaoundéré : 244,8 kilomètres au total. Entre les deux villes, l’escale obligatoire de Meiganga est au bout de 100 kilomètres. La pose de la première pierre de la route Garoua-Boulaï-Ngaoundéré, plus précisément le lot n°2 Nandéké-Mbéré, long de 72,8 km, a eu lieu le 29 novembre 2009.
C’est le début de la concrétisation d'un immense rêve caressé depuis plusieurs décennies. Celui de voir le Sud et le Nord enfin reliés par une véritable route, une route bitumée. Malgré le démarrage des travaux sur le lot n°2 où l’on s’attaque déjà à la chaussée, conformément au chronogramme d’activités de l’entreprise et aux assurances du ministre des Travaux publics, Bernard Messengué Avom ; les travaux du premier lot, Garoua-Boulaï-Nandéké, long de 86km, programmés courant premier trimestre 2010, n’ont pas encore démarré. Les cinq heures de voyage de Bertoua à Garoua Boulaï, une éternité pour certains, ne seront alors rien à côté de ce qui nous attend. Notre car quitte maintenant Garoua-Boulaï avec toutes les 30 places « passagers » prévues, occupées.
Devant l’Hôtel de Ville de Garoua Boulaï, l’asphalte laisse brusquement la place à la latérite, cahoteuse et cabossée, avec nids de poule et des dos-d’âne, bien éprouvante encore pour les amortisseurs du car, déjà mis à rude épreuve par le poids des bagages de la galerie et de la soute. Dans la banlieue de Garoua Boulaï, le car roule à peine à 30 kilomètres à l’heure. Au terme d’un léger dénivelé, une sortie de route involontaire d’un camion-citerne a interrompu la circulation pendant une demi-journée. Le temps qu’on vienne redresser le camion qui s’était couché sur le côté, en travers de la chaussée. C’était il y a deux jours.
Mbonga, à 19 kilomètres de Garoua Boulaï ; le village abrite une chefferie traditionnelle, une école primaire, une barrière de pluies et une base du Bir. Passage obligé de tout véhicule en provenance ou à destination de Meiganga, de Ngaoundéré, du grand nord en général et du Tchad. La place forte du village est étrangement vide. Pourtant, nous dit-on, de jour comme de nuit, quelques vendeuses d’ignames exposent ici leurs marchandises pour les clients de passage. A la barrière de pluies retenant souvent plusieurs voitures à cet endroit, Beloko est un fils du village. Il a depuis longtemps rompu avec l’école, mais s’exprime, du mieux qu’il peut, en français.
Au quotidien, Beloko est l’un des volontaires qui gèrent la barrière de pluies de Mbonga. Il ne tarit pas d’anecdotes sur la route de Ngaoundéré qui passe par son village. Lui aussi a souvent emprunté cette route, en toutes saisons. La plupart des villages lui sont familiers. Il a souvent affronté les tronçons difficiles, bravé les coupeurs de route, aidé des personnes en détresse au bord de la route. «Normalement, on devrait atteindre Ngaoundéré en 7 ou 8 heures de temps, lorsqu’il n’a pas plu», affirme-t-il. «Mais en période de pluies, il faut parfois deux jours», prévient-il. «Tous les véhicules n’éprouvent pas la même difficulté sur la route. Les Saviem roulent mieux que les Coaster», confie Beloko. De même, selon cet agent de la barrière de pluies, «il y a des jours où il y a plus de cinquante véhicules ici à la barrière». Un marché spontané se crée alors, permettant aux commerçants du village de faire de bonnes affaires. Il faut bien que les conducteurs et les passagers mangent.
Bernard Bangda, Ai Bertoua
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