Ai-Cameroun - Pour rallier N’Gaoundéré, Chef lieu de la région de l’Adamaoua, il faut s’armer de patience. Et s’attendre parfois au pire. Chronique d’un voyage pénible sur un axe routier qui regorge de multiples pièges.
Le car de transport chargé de nous amener à Ngaoundéré quitte Bertoua, Chef lieu de la Région de l’Est, ce jeudi 08 avril 2010 aux environs de 06 heures. Dans le véhicule, nous sommes une vingtaine de passagers. Tous, prêts à affronter les 246 kilomètres qui nous séparent de Garoua Boulaï ; le dernier arrondissement de cette Région. Sur les visages des passagers, on peut lire du soulagement pour ceux qui ont l’habitude de parcourir ce trajet et de l’inquiétude pour ceux qui le font pour la première fois. Néanmoins, le voyage pour Garoua Boulaï peut commencer, dans un silence que seul le vrombissement du moteur du car et d’ultimes instructions passées en langue fufuldé par le conducteur au convoyeur viennent de temps en temps interrompre.
Fruit de la coopération entre le Cameroun et l’Union Européenne, la route Bertoua-Garoua Boulaï a été inaugurée en 2001. Large chaussée parfaitement matérialisée, avec des tronçons rectilignes sur cinq kilomètres, parfois entrecoupés de virages secs. Le voyage est un véritable calvaire pour les amateurs de vitesse. Un autre aussi pour les voyageurs pressés d’atteindre leur destination. De sorte qu’il se dit ici que si vous voulez vite atteindre Garoua-Boulaï, il vaut mieux ne pas emprunter les cars de transport et se tourner vers les particuliers à défaut d’avoir son propre véhicule. Entre arrêts intempestifs et surcharges, le voyage est particulièrement pénible, surtout pour les novices.
Une heure plus tard, nous arrivons à Letta, village situé à 50 kilomètres de Bertoua et qui abrite une section du bataillon d’intervention rapide (Bir), de la première région militaire inter armées. On y est en sécurité. Aucun risque de se faire attaquer par les « coupeurs de route », ces pirates des temps modernes qui continuent à semer la terreur dans le Grand-Nord. Dix minutes plus tard, un autre arrêt : des commerçants à destination de Ndokayo, qui se rendent à Bétaré-Oya. Des arrêts comme celui-ci, il y en aura au total une quinzaine jusqu’à Garoua Boulaï. On ramasse un passager ou on en dépose d’autres. Ces arrêts durent chacun cinq minutes, ou plus, lorsque des colis doivent être embarqués ou débarqués. Ainsi en sera-t-il ailleurs, à Nandongué, Gandima Tongo, Mombal, Garga Sarali, Zembe-Borongo, Gado-Badzere, etc… A Ndokayo où la commune de Bétaré-Oya a construit une gare routière, on passe encore trente minutes à attendre d’éventuels passagers en provenance de Bétaré-Oya à bord de taxis de brousse, et devant se rendre à Garoua-Boulaï. Le car parcourt les 88 kilomètres qui séparent Garoua-Boulaï de Ndokayo en une heure et trente minutes. Pendant ce trajet, nous avons pu nous rendre compte de l’habitat précaire dans les villages qui prouve que « le développement n’a pas suivi la route » comme le déclarait déjà le 25 mars 2006 l’ancien gouverneur de l’Est, Abakar Ahamat, lors de la réunion qu’il avait convoquée pour s’entretenir avec les élites de cette région, des problèmes de développement local.
A l’approche de Garoua-Boulaï, le car freine brutalement à un contrôle de police pour vérification d’identité des passagers. La route étant régulièrement empruntée par des ressortissants Centrafricains et Tchadiens, sans laissez-passer ni passeport. Une dame qui n’était pas complètement réveillée est débarquée. Pour avoir «trop fait attendre» le policier avant de présenter sa carte d’identité. Un excès de zèle unanimement désapprouvé par les passagers, impatients d’arriver à destination. Quinze minutes plus tard, le temps de procéder à une «identification profonde» et certainement à un fichage ; l’infortunée passagère au bord des larmes retrouve sa place dans le car et le voyage peut se poursuivre. «Péage à 500 mètres», indique un panneau de signalisation routière. Un dos-d’âne, le poste de péage, un autre dos-d’âne. «L’auberge de l’Est vous souhaite la bienvenue à Garoua-Boulaï». Puis apparaît le pont-bascule. Encore quelques dos-d’âne qui font faire au conducteur une embardée sur la gauche, le car fonce, comme dans le rush final d’une course de fond, vers la gare routière ; traversant au passage le quartier de la Santé et le Centre commercial. 11 h 20 minutes, le car s’immobilise enfin à Narral Voyages, agence de Garoua-Boulaï. Moto taxis et «pousseurs» se rapprochent, pour tenter de racoler un éventuel client. Pour certains passagers, c’est le terminus. Pour d’autres, ce n’est qu’une escale. Rallier Ngaoundéré et Meïganga, va s’apparenter à un saut d’obstacles. Le départ est annoncé pour midi.
Bernard Bangda, Ai Bertoua
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