Ai- Cameroun – Ils sont jeunes, corpulents et malfaisants, ces hommes dont l’âge oscille entre vingt-deux et quarante-cinq ans, que l’on retrouve généralement dans le cinquième arrondissement de la ville de Douala.
Leurs pratiques quotidiennes terrorisent les habitants du quartier populaire Bonfils, à Bépanda, plus connu aujourd’hui sous le nom de Monaco, ou encore "Ancien Cinéma Omnisports", deux anciens lieux de plaisir réputés de la capitale économique. Ce qui leur a valu le surnom de « boys ».
Des pseudonymes qui en disent long
« Bagarreur », «Xisco », « Kabila », « Jaguar », « Rasta », sont quelques pseudonymes derrière lesquels se cachent les plus connus de cette bande d’individus mal intentionnés. Chaque membre de la bande s’identifie facilement aux autres par le fait d’avoir au moins une fois été incarcéré pour un délit ou une infraction quelconque.
Ces loubars sont peu instruits, car souvent appartenant à deux types de famille. Les uns sont le produit de familles extrêmement pauvres, les autres viennent de familles moyennes ou aisées.
La pauvreté de leur vocabulaire traduit leur niveau d’instruction « c’est le laid ! », « chou moi ngomma », « chou les wés d’hier ». Ils s’expriment la plupart du temps dans un langage codé dont ils sont les seuls à détenir le secret.
De lundi à dimanche un emploi du temps bien huilé
Ces habitués de la prison se retrouvent le matin dans l’un des bars du quartier pour s’empiffrer de bière. À midi, on les retrouve dans les salles de jeux où dans un coin isolé mais connu de tous les membres, où ils se retrouvent pour jouer au poker. C’est le moment de gaspiller le magot récolté lors des agressions nocturnes, du recel de biens divers (téléphones portables, bijoux coûteux, ordinateurs portables), du vol des marchandises ou encore lors du déchargement de conteneurs.
Ils sont habituellement accompagnés de prostituées avec lesquelles ils dépensent les sommes dérobées dans les boîtes de nuit et les snack-bars du quartier Bonfils. Des snack-bars pour lesquels ils constituent la clientèle régulière. Casiers de bières et mégots de cigarettes circulent à volonté.
Les habitants du quartier vivent dans une constante insécurité à cause des affrontements souvent sanglants entre « boys ». L’idée de se voir un jour dépouillés, de subir une opération de ces malfaiteurs une nuit, hante chaque foyer ; d’où l’émergence d’un climat permanent de peur et de méfiance.
Un danger qui guète les élèves du coin
Ces pratiques quotidiennes des « boys » se déroulent avec un réseau de prostituées souvent complices dans le voisinage immédiat d’un collège d’enseignement secondaire et d’une école maternelle et primaire.
"LE COLLEGE DU CENTRE" et l’école maternelle et primaire "EPIRC" sont tous les deux logés dans une grande enceinte. D’un côté on a les salles de classe et bâtiments du collège et juste derrière le grand bâtiment à étages, on retrouve les salles de cours de l’école maternelle et primaire.
Après la sortie des cours, les filles du collège se dirigent très souvent vers les snack-bars et buvettes environnantes, où elles y retrouvent les « boys » qui leur offrent à boire et discutent avec elles. Les enfants facilement influençables par les modèles de vie détestables mis en avant et les comportements bestiaux de ces apôtres du gain facile, assistent souvent médusés et conquis à ces échanges d’un mauvais goût. Le risque de contagion est par conséquent très grave et il ne sera pas surprenant de voir les élèves et les écoliers de ces deux institutions scolaires venir grossir les rangs des « boys ».
Des mesures s’imposent
Les boys passent leurs journées à déambuler dans le quartier. Tous ou presque, sont des désœuvrés et personne ne se demande d’où leur vient ces revenus qu’ils gaspillent tous les jours.
Pourtant, dans le quartier le nombre de vols et d’agressions perpétrés reste éloquent au même titre que les affrontements sanglants entre ces désœuvrés. Personne n’ose les dénoncer de peur des représailles. Tous se connaissent dans le quartier et les parents qui devraient s’interroger sur la provenance des biens de leurs enfants, ne le font pas.
Aujourd’hui, la grande question que les uns et les autres se posent est de savoir, comment sortir de ce cercle vicieux. A cette question, se greffe une autre non moins lancinante : fallait-il construire des institutions scolaires dans un tel environnement ?
Des questions qui difficilement trouveront des réponses. Mais en attendant, ne serait-il pas mieux que les forces de maintien de l’ordre s’investissent dans la recherche d’une solution à cette douloureuse situation ?
Clémentio, Stagiaire, Ai Douala
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