Congo-Brazzaville : Que vaut la démocratie des bantous face aux intérêts français ?

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par Le Pays
François Hollande a rendu un mauvais service à la démocratie au Congo ǀ © image atlanticsentinel.com

Sassou-Nguesso, le dieu vivant du Congo, l’a voulu obstinément et sa volonté a été faite, peut-on dire, à propos de son référendum organisé, hier, dimanche 25 octobre 2015. Et les résultats de ce scrutin honteux peuvent aisément être imaginés avant le dépouillement.

Le Oui l’emportera, qu’il pleuve ou qu’il vente ! Sous nos tropiques, peut-on s’attendre à autre chose qu’à cela? Absolument pas. Et les raisons sont les suivantes. D’abord, le simple fait que le référendum a déjà eu lieu et ce, contre vents et marrés, peut être perçu comme une victoire du chef des Bantous.

Et ce n’est donc pas l’appel de l’opposition à un boycott du scrutin, après avoir vainement tenté d’en empêcher la tenue, qui va changer les choses. De ce point de vue, Sassou Nguesso et son clan viennent d’apporter la preuve de ce qu’ils martelaient à qui voulait les entendre, que « Brazzaville n’est pas Ouagadougou ».

 En effet, au Burkina, on le sait, les forces vives de la nation, dans un sursaut patriotique, s’étaient  retrouvées au sein d’un front citoyen de large rassemblement, pour empêcher leur dictateur de se servir du parlement que tout le monde savait acquis à sa cause, pour opérer son passage en force .

 L’endroit où le crime devait être commis, avait été pris d’assaut et brûlé. Les Africains épris de démocratie avaient applaudi à tout rompre et la communauté internationale avait été obligée d’acquiescer. Au Congo, Sassou Nguesso, peut-on dire, a réussi à dompter toutes les voix contraires à son projet par une répression sanglante.

François Hollande a rendu un mauvais service à la démocratie au Congo

 Ensuite, le dictateur sait que le corps électoral congolais, dans son écrasante majorité, est un véritable troupeau bêlant. De ce point de vue, le fameux peuple auquel Sassou Nguesso fait  référence votera les yeux fermés pour le Oui. Cette donne, François Hollande semble l’avoir oubliée quand il estime que Sassou Nguesso a le droit de consulter son peuple.

 Cette sortie malheureuse du grand chef des Blancs, censé incarner aux yeux de bien des Africains la démocratie, fait des vagues sous nos tropiques. Et Hollande ne devrait pas en être fier du tout. Certes,  il a voulu se rattraper par la suite en nuançant ses propos, mais le lait était déjà versé.

 Après donc Sassou Nguesso, Joseph Kabila de l’autre côté du fleuve qui présente actuellement les mêmes symptômes de la « tripatouillite », n’aura aucune difficulté à s’introduire dans la brèche ouverte par le premier responsable de la patrie des droits de l’Homme, pour appeler lui aussi à l’arbitrage de son peuple à propos de sa velléité de modifier la Constitution à l’effet de s’accrocher au pouvoir.

Et François Hollande devrait être gêné de lui tenir un autre discours que celui qu’il a servi aux Congolais de Brazzaville. Disons-le tout net, François Hollande a rendu un bien mauvais service à la démocratie au Congo Brazzaville. Par son attitude, il aura contribué à ramollir les ardeurs des opposants au référendum de Sassou Nguesso et apporté de l’eau au moulin de ce dernier.

Nicolas Sarkozy, son prédécesseur, ne se serait peut-être pas pris de cette façon. Cette claque assénée à la démocratie congolaise devrait en principe mettre mal à l’aise les socialistes français bon teint  ; eux qui se font passer pour des parangons de la vertu devant l’Eternel, en matière de démocratie. Mais à l’analyse, on peut comprendre les motivations de François Hollande.

En effet, le maintien du dictateur à la tête de l’Etat congolais constitue un moindre mal pour l’Hexagone. Car, par ces temps qui courent où la France est économiquement au plus mal, François Hollande, tout socialiste qu’il est, ne peut s’offrir le luxe de s’aliéner la sympathie de l’homme fort de Brazzaville et des dictateurs du continent riches comme Crésus, qui pourraient demain lui renvoyer l’ascenseur pour services rendus.

 François Hollande rêve certainement d’un second mandat et comme Nicolas Sarkozy, rien ne dit qu’il crachera sur les largesses des dictateurs du continent qui pourraient bien se proposer de participer au financement occulte de sa prochaine campagne électorale.

D’ailleurs, que vaut la démocratie des Bantous face aux intérêts de la France ? La réponse ne  souffre d’aucune ambiguïté. La démocratie chez "ces peuplades primitives" ou pour atténuer les choses, "peuplades peu évoluées", peut encore attendre.

Assurément, les cancres de la démocratie en Afrique, se trouvent majoritairement dans la zone francophone

La dernière raison qui accrédite l’hypothèse d’une victoire massive du « Oui » au référendum de Sassou Nguesso, est liée au fait que les résultats qui sortiront des urnes ont de fortes chances d’être fabriqués. Plus qu’une probabilité, c’est une certitude. Tout le rituel qui va accompagner le processus n’est qu’un grossier habillage pour amuser la galerie.

 A l’allure où vont les choses, l’on peut se demander d’ailleurs à quoi servent les élections dans bien des pays africains. Et s’il ne faut pas tout simplement décréter le statut de royauté pour ces pays. Mais l’espoir n’est pas pour autant perdu pour toute l’Afrique.

En effet, pendant que Sassou Nguesso s’est retiré dans son laboratoire avec la bénédiction abjecte et nauséeuse de François Hollande pour fabriquer ses résultats, l’on peut constater que dans le même temps, la Tanzanie est en train de nous montrer un bel exemple de démocratie et d’alternance.

Là-bas, en effet, le président sortant a respecté scrupuleusement la loi fondamentale de son pays. Toute chose qui rend possible l’enracinement de la démocratie. Mais le cas tanzanien n’est pas un fait du hasard. Il rejoint la conception du pouvoir largement partagée dans les pays anglophones.

Le mérite en revient certes aux dirigeants de ces pays, mais à la puissance colonisatrice de ces Etats. La Grande-Bretagne est aussi pour quelque chose dans cette embellie démocratique. Malheureusement, on ne peut pas en dire autant de la France à propos de son comportement vis-à-vis des dictateurs de l’espace francophone d’Afrique.

Assurément, les cancres de la démocratie en Afrique, se trouvent majoritairement dans la zone francophone. Les Congolais qui ont encore la naïveté de croire que leur salut viendra de la France, doivent vite se raviser.

Ceux  d’entre eux qui croient aussi que le jour viendra où Sassou Nguesso renoncera de lui-même au pouvoir parce qu’il en est rassasié, attendront des siècles et des siècles pour la bonne raison que leur président souffre visiblement du syndrome d’Hubris, cette maladie du pouvoir caractérisée par le narcissisme, le mensonge, l’arrogance et l’égotisme.

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