Malte : Deux poids, deux mesures

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par Ousmane THIÉNY KONATÉ
Comme le dit un éditorialiste africain, l’Afrique est le seul continent où les fonctionnaires et les hommes politiques sont aussi riches sinon plus riches que les hommes d’affaires.ǀ © Photo Jeune Afrique

L’union européenne et les pays africains sont réunis depuis ce mercredi pour tenter, non pas de trouver une solution consensuelle à l’émigration vers le continent européen.

Mais d’imposer la voie européenne en obligeant les Chefs d’Etats africains à s’engager à couper la route à leurs ressortissants. Pendant le même temps, ce sont des milliers de migrants syriens, irakiens et d’autres nationalités qui sont accueillis à bras ouverts. Il ne faut pas avoir peur de le dire : les Africains ne sont pas les bienvenus en Europe.

Ce qui se passe ces jours-ci à la Valette ressemble fort à la proposition aux Chefs d’Etats africains d’alors d’un certain Nicolas SARKOZY. En effet, pour limiter le flux des migrants africains en France, l’ancien Président français avait sorti le concept de l’immigration dite « choisie ».

Il s’agissait pour les présidents africains de signer un accord qui les obligeait à contenir le flot des migrants économiques et ne laisser passer que les étudiants, intellectuels, artistes, ouvriers qualifiés.

Ces émigrés de première classe ne constitue qu’une infime partie de la migration africaine. Les centaines de milliers d’Africains qui tentent chaque jour de franchir les portes de l’Europe sont des jeunes dont la moyenne d’âge pourrait se situer autour des 25 ans.

 Ils empruntent si jeunes les routes de l’exil car leurs pays d’origine ne leur donnent aucun espoir, confrontés qu’ils sont aux pires difficultés économiques et de gouvernance.

La politique occidentale, en général, et européenne, en particulier, a été de mettre l’Afrique sous perfusion à travers les aides bilatérales aux gouvernements pour faire fonctionner l’appareil d’Etat.

Les aides directes au développement quoique significatives parviennent difficilement aux populations concernées à cause de la corruption qui sévit dans la quasi-totalité des pays africains.

En effet, l’Afrique manque très souvent du minimum vital pour faire partir son économie. Les infrastructures sanitaires, l’eau potable, les écoles, les routes et surtout l’électricité, tout manque sur le continent noir.

Plus de 50 ans après les indépendances, les pays africains vivent dans une précarité inquiétante car la plupart des dirigeants entretiennent un climat de corruption qui fait que des milliards de dollars qui auraient dû être injectés dans des projets de développement sont détournés.

 Comme le dit un éditorialiste africain, l’Afrique est le seul continent où les fonctionnaires et les hommes politiques sont aussi riches sinon plus riches que les hommes d’affaires.

Par ailleurs, et corollaire de cette mauvaise gestion, les jeunes africains sont des millions à la recherche d’un premier emploi. Au Mali, par exemple, ils sont plus de 150000 à frapper en vain chaque année aux portes de l’emploi.

Ce chiffre ne prend pas en compte les jeunes ruraux qui sont particulièrement touchés par le chômage car n’ayant aucune qualification professionnelle. C’est justement cette fange de la jeunesse qui constitue le gros lot des candidats à l’émigration.

La migration africaine est la réponse à toutes ces politiques économiques qui ont échoué sur le continent. Cependant il y a quelque chose de vicié à vouloir faire de la migration africaine un problème particulier.

En effet la migration est un phénomène mondial qui a toujours existé. Elle découle du désir des hommes d’aller chercher ailleurs le bonheur qu’ils n’ont pas chez eux.

Les causes de l’émigration sont nombreuses : conflits, famine, épidémies, mauvaise gouvernance. Mais c’est surtout la pauvreté grandissante qui en est la cause principale en ce qui concerne l’Afrique.

Cette paupérisation est le résultat de l’injustice généralisée qui frappe le monde. Lorsque 20% de la population mondiale concentrent 80% des ressources économiques, il n’y a pas lieu d’être spécialiste de quoi que ce soit pour réaliser que notre monde est totalement injuste et inhumain, d’autant plus que les notions de solidarité et de partage sont considérés comme du parasitisme.

Notre monde a donc besoin de plus de justice. Aussi longtemps que la majorité de l’humanité sera plongée dans la misère la plus inhumaine, les candidats à l’émigration ne manqueront pas. Un pays comme le Mali ne peut pas lutter contre la migration de ses citoyens car il y va de sa survie.

En effet les centaines de milliards de FCFA que la diaspora malienne envoie chaque année sont des ressources indispensables à la survie de la nation. Cette manne financière sert à construire les infrastructures que le pays est incapable de mettre à la disposition des populations et de permettre à ceux qui sont restés de manger à leur faim.

C’est pourquoi le sommet de la Valette a peu de chance d’aboutir à un résultat satisfaisant. Il y a quelques années, le Président ATT (Amadou Toumani Touré)  a dit non à SARKOZY pour des raisons évidentes.

Aussi longtemps que les pays occidentaux refuseront aux Africains le droit d’entrer légalement sur leurs territoires, les candidats à l’émigration clandestine seront de plus en plus nombreux.

C’est une question de survie. Ceux qui veulent partir au risque de leur vie n’ont pas d’alternative car ils ont longtemps cessé d’espérer vivre décemment dans leurs pays qui n’ont rien à leur offrir.Pour la majorité des jeunes qui partent, rester c’est mourir à petit feu. Ils ne peuvent pas rester car il n’y a rien pour eux.

Le sommet de la Valette a quelque chose d’indécent car au moment où l’Europe ouvre ses portes aux centaines de milliers de migrants syriens et autres, elle voudrait que les Africains contiennent les leurs. C’est pourquoi on ne peut s’empêcher de croire qu’il y a deux poids deux mesures.

Ce n’est pas l’immigration qui fait peur, c’est l’immigration d’origine africaine qui ne plaît pas. L’Europe se protège avec les idées racistes qu’elle attribue généralement à ses extrémistes et autres groupuscules populistes. Ce n’est certainement pas la meilleure voie à suivre.

Qu’est-ce que 1,8 milliards d’euro par rapport à la misère de l’Afrique ? Une goutte d’eau dans l’océan. Ce qu’il faut, c’est d’aider le continent noir à pacifier ses terres pour qu’on puisse y investir de manière à booster l’économie. Il s’agit, comme l’a dit un politique africain, d’arriver à l’aide qui aide à se passer de l’aide. Ce ne sont pas les miettes jetées au contient noir qui l’aideront à se développer.

Si l’aide à l’Afrique est indispensable, il n’en demeure pas moins vrai que c’est aux dirigeants africains, à travers des programmes de développement bien réfléchis et à une bonne gouvernance, de jeter les bases du décollage économique du continent. C’est très dur de le dire mais les dirigeants africains n’aiment pas leurs pays.

Les différentes tentatives qui sont en cours actuellement et qui visent à changer les constitutions pour se maintenir au pouvoir sont la preuve que les dirigeants d’Afrique ont peu d’égards pour leurs pays.

La question de la migration est aussi politique. Et de cela,  il ne sera malheureusement pas question à la Valette.

 Ousmane THIÉNY KONATÉ,  maliactu.net