Tchad : Affaire Habré, réponse à M Jean Pierre BAT du quotidien français "Le Monde"

Exemple de bannière pour articles
par Fatimé Raymonne Habré
Fatimé Raymonne Habré : « Hier, comme aujourd’hui, le réflexe militaire est toujours là. Jugée "efficace", la solution militaire leur permet de parler de "succès". Et pourtant, Tchad, RCA, Mali, Côte d’Ivoire, Burkina, les exemples sont nombreux et démontrent que l’approche militaire n’a pas été synonyme de succès » ǀ © Crédit photo archives .

 Le journal "Le Monde" s’est illustré depuis le lancement de l’affaire Habré, par de nombreux articles grossiers et ostensiblement à charge.

 Il s’est mis au service de HRW, ONG ou "instrument de pression médiatique" utilisé pour terroriser principalement les États africains au sud du Sahara. ll est vrai que "Le Monde" n’est plus l’institution qu’il était, l’actualité africaine n’y ait presque jamais traitée.

 Aussi, son intérêt pour cette affaire Habré s’explique par l’engagement des réseaux françafricains dans cette affaire, tous mobilisés pour solder des comptes qui remontent à l’engagement de l’armée française au Tchad.

M BAT, toute une génération de Tchadiens a connu la France, à travers l’enfer de ses interventions militaires et par le déploiement des différents corps de son armée en soutien au régime de Tombalbaye : le service Action, les parachutistes, les commandos, la légion Étrangère, les Rafales, Mirages, Jaguars et hélicoptères de combat ont tous agi pour détruire et raser de la carte de nombreux villages du Nord du Tchad.

 Ces terribles et atroces exactions sont allées crescendo par le déversement du Napalm (gaz chimique) sur les rebelles mais aussi sur les populations civiles considérées comme des soutiens à leurs enfants en lutte contre une dictature sanglante.

Autant de crimes contre l’humanité commis contre une rébellion dirigée par un certain Hissein Habré et qui demeurent toujours impunis à ce jour. M BAT, que dire quand une intervention militaire se décline par l’empoisonnement de puits d’eau dans les oasis, en zone désertique ?

C’est une véritable horreur que de faire mourir de soif des rebelles mais aussi de condamner à la même fin des populations nomades. Empoisonner des points d’eau dans le désert est un crime contre l’humanité.

Encore plus choquant quant on sait que ces rebelles sont dans leur pays, luttent désespérément contre une tyrannie soutenue par la France qui a déployé des moyens militaires énormes pour éliminer ceux qu’elle a estimé ne pas correspondre à ses intérêts politiques.

Vous avez repris les accusations d’abus sexuels proférés par HRW alors que, malgré leur déchainement depuis 15 ans, personne n’en a rien dit ,aucune ONG, pas de trace non plus dans le réquisitoire de M Mbacke FALL ,pas de trace non plus dans l’ordonnance de renvoi établie par les juges d’instruction qui se sont déplacés à 3 reprises au Tchad, et pas de trace encore dans les PV d’audition des accusatrices maintes fois interrogées en 15 années d’harcèlement médiatique et enfin, aucune allusion non plus, dans le planning qui regroupe et catégorise les infractions pour le déroulement des audiences.

Cette histoire d’abus sexuels était un peu la dernière cartouche de M. Reed BRODY confronté à l’impérieuse nécessité d’apporter devant la Cour des preuves de ses grossières accusations et à la peine qu’il éprouve à le faire, à ce jour, aucune preuve n’a été fournie à la Cour.

Au sujet des abus sexuels, permettez moi, M BAT, de vous raconter l’histoire des villages tchadiens situés au centre du Tchad en pleine zone d’opérations de la Légion Etrangère contre les rebelles.

 Dans ces villages, il y avait un secret très bien gardé qui unissait les villageois et qui symbolisait leur solidarité face à la répression, au rapt et abus sexuels subis. Complètement désespéré et sans défense, l’un des villageois eut l’idée de faire vider les greniers à mil de chaque famille, de stocker ailleurs le mil et de transformer tous les greniers à mil en lieu de refuge pour toutes les jeunes filles et femmes du village.

C’est ainsi , M BAT que, dés que les ronflements des jeeps des militaires de la Légion Etrangère se faisaient entendre à l’entrée des villages, toutes les jeunes filles et femmes couraient éperdument pour se cacher dans les greniers à mil jusqu’au départ de ces militaires.

Constatez avec nous, qu’il y a vraiment beaucoup d’absents sur le box des accusés à ce pseudo procès HABRE. L’échec et l’enlisement de cette intervention militaire a laissé des traces au sein de l’Establishment politico-militaire français, à n’en point douter, de nombreux écrits en témoignent.

La France de Foccart estimait avoir été humilié par Hissein Habré, le rebelle qui s’imposa à elle. Le pouvoir Mitterrandien a accueilli, en grande pompe, le Président Hissein Habré, libérateur de son pays face à l’armée libyenne. Il fut ainsi le premier Chef d’Etat Africain, invité d’honneur de la fête du 14 juillet, et vit l’armée française défiler devant lui et lui rendre les honneurs.

 Une année plus tard, répondant à Mitterrand au Sommet de la Baule, dans un discours qui est, désormais, entré dans l’histoire, il est devenu l’homme à abattre au sein de la Françafrique. Quoi d’étonnant, dés lors, de voir "le Monde" emboucher les trompettes des ONG et de leurs démembrements, tous recrues de la Françafrique.

Depuis les révélations de Pierre Péan, dans son livre "la face cachée du Monde", le journal "le monde" n’est plus rien du tout, à la limite tout le monde s’en fout en Afrique. Entre abus de pouvoir, dossiers de publi-reportages, soutiens à des hommes politiques au détriment d’autres, petit à petit, il s’est recroquevillé sur les questions de politique intérieure et de rentabilité financière.

Des informations font état de votre collaboration avec le Consortium des CAE et la Cellule de communication chargés de lustrer l’image des CAE, de masquer les illégalités, de taire les nombreuses violations des droits de la défense, bref vous collaborez activement à ce que les Anglo-Saxons ont appelé "the character assassination" autrement dit "l’assassinat de personnalité".

Ce Consortium doté d’un budget de plus d’un million d’euros regroupant 3 agences de communication au service d’un tribunal, chose n’existant nulle part ailleurs dans le monde, et dont l’objectif principal est de violer la présomption d’innocence, a négocié une collaboration avec la presse pour porter contre le Président Habré des attaques et des grossières accusations régulièrement ressassées.

Entré dans ce jeu, quelles leçons de journalisme, “Le Monde" peut-il donner aux gens ?

Dans l’affaire Habré, vous n’avez guère innové. Conformément aux moules prédéfinis dans lesquels sont coulés les Africains noirs et leurs Chefs d ’Etat, vous vous êtes alignés au coup de sifflet des médias de la maison, vos clones et des 64 communiqués pondus par le Quai d’Orsay dans cette affaire Habré.

 Vous vous êtes alignés comme dans les casernes pour ouvrir vos pages à Reed Brody à de nombreuses reprises. Ah ! Oui, n’oublions pas que lorsque Maître François Serres, avocat du Président Hissein HABRE, a saisi votre rédaction pour un droit de réponse, elle a refusé catégoriquement de le publier.

 C’est vrai que le respect du Droit et de la législation, ce n’est pas fait pour les nègres ; en revanche, si c’était le Premier ministre espagnol, ce serait une autre affaire, assurément. La couverture de l’affaire Hissein Habré par le journal "Le Monde" est conforme à tout ce qui s’écrit sur l’Afrique en France et en Europe : du racisme, de l’intox, de la désinformation pour que continue à vivre la Françafrique et ses nombreuses multinationales qui fabriquent depuis cinquante ans, la pauvreté en Afrique.

 "Le Monde" aide aussi, par ses clichés, à dissimuler le fait que l’Afrique continue de porter sur son dos, l’économie française à bout de souffle ; permettez -nous de vous rappeler cet échange, Ô combien édifiant entre le Président Sassou Nguesso du Congo et le Président de la BEI( Banque Européenne d investissement ) qui a effectué une tournée dans les pays africains pétroliers pour les sensibiliser et leur demander de s’organiser en un front commun pour déplacer leurs fonds de la Banque de France vers la BEI qu’il préside, dans cette banque, argumentait-il, non seulement ces fonds extrêmement importants placés leur rapporteraient des intérêts alors qu’actuellement seule la France en profite ; d’abord, en ne leur versant rien sur les placements qu’elle opère pourtant, mais en plus, la France utilise cette manne financière des pays africains pour emprunter sur le marché international à des taux préférentiels pour financer son économie.

Après avoir écouté ces propos, le Président congolais Sassou répondit : "Je suis parfaitement conscient de cette situation, le problème est le suivant : du jour où j’aurai émis cette idée aux autres Présidents, vous pouvez être sûr que dans les 6 mois qui suivront, je ne serai plus au pouvoir ; coups d’Etat, insurrection militaire, rébellion, accident, c’est ainsi que la France va procéder.

" Édifiant ! Oui, "Le Monde" sait aussi que les filiales africaines des groupes français sont celles qui font les meilleurs résultats en Afrique et qui permettent aux autres filiales de l’hexagone de survivre et ce dans tous les domaines : transport aérien, maritime, télécommunications, BTP etc.

De la part de l’envoyé spécial du quotidien "Le Monde", on n’a jamais lu une chronique judiciaire normale relatant le déroulement du pseudo-procès Habré. Mais non, "le Monde" apporte sa contribution au complot, comme avant hier, il parlait de Lumumba comme un dangereux communiste, hier, traitait Sankara de révolutionnaire inquiétant.

M BAT, à quoi se résume la politique africaine de la France aujourd’hui ? A la guerre, M BAT ! Les hommes politiques français depuis plus de 50 ans, ont toujours géré militairement les conflits politiques en Afrique.

Hier, comme aujourd’hui, le réflexe militaire est toujours là. Jugée "efficace", la solution militaire leur permet de parler de "succès". Et pourtant, Tchad, RCA, Mali, Côte d’Ivoire, Burkina, les exemples sont nombreux et démontrent que l’approche militaire n’a pas été synonyme de succès.

 Force est de constater que l’absence totale d’une approche globale dans la gestion des crises politiques et l’inexistence, aujourd’hui, au sein de la classe politique française aux affaires, de personnes qui connaissent les problèmes politiques africains est l’une des raisons qui expliquent que la France se cherche toujours une politique africaine quelque soit le Président aux commandes, il s’empare de l’outil militaire, sans chercher à transformer ce « succès » militaire en succès politique et économique.

 Le jour où la France déploiera une politique qui tiendra compte de ses intérêts, mais aussi du développement des populations africaines, nous nous en réjouirons, mais hélas, on en est bien loin.

 Le Tchad est, aujourd’hui, mis à genoux par une privatisation de l’Etat par deux clans ; l’un composé d’une centaine de personnes ayant la particule DEBY ITNO qui se partagent les positions financières les plus importantes avec l’autre clan de la famille de l’épouse, Hinda Deby ITNO qui a fait main basse sur tous les circuits des revenus pétroliers ; lesquels sont détournés, confisqués et exportés vers la place financière de Dubaï au détriment des populations tchadiennes totalement appauvries, comme l’attestent tous les indicateurs économiques.

Cette prédation financière, à grande échelle, se déroule sous l’œil complice des Ambassades occidentales. Quel Monde, M BAT ! (A suivre).

Par Fatimé Raymonne Habré