Congo-Brazzaville : Réponse à Monsieur Lucien PAMBOU

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par Vivien Romain MANANGOU
Lucien PAMBOU soutient dans Jeune Afrique que l’opposition est incapable de présenter un candidat et que l’actuel chef de l’État a respecté les exigences de la démocratie en consultant le peuple.ǀ ©Photo archives

Dans un papier que vous venez de publier dans Jeune Afrique, vous soutenez que l’opposition est incapable de présenter un candidat et que l’actuel chef de l’État a respecté les exigences de la démocratie en consultant le peuple.

 D’après vous, « le départ de Sassou n’est pas une politique ». Ne partageant nullement votre prise de position, j’ai pensé apporter, dans un esprit démocratique, quelques éléments de réponse.

1. L’opposition congolaise est introuvable

Comment peut-on affirmer une chose pareille, lorsque l’on sait les difficultés actuelles du chef de l’État congolais, au regard de l’intransigeance de l’opposition républicaine. Oui, l’opposition congolaise est hétéroclite, est-ce pour autant dramatique? Que dirions-nous de l’opposition en France? Ou même en Grèce, Berceau de la démocratie? La diversité de l’opposition congolaise s »explique par la recomposition politique actuellement en œuvre au Congo. Cette recomposition dévoie les vielles frontières politiques et institue des nouvelles. Ainsi, le MCDDI, pourtant dans la majorité hier, s’oppose farouchement à l’idée avouée d’un maintien antidémocratique de l’actuel chef de l’État au pouvoir. De même des personnalités comme les anciens ministres Bowao, ou encore Okombi, constituent au côté de l’ancienne opposition, le Bloc IDC-FROCAD, rempart contre la volonté dynastique présidentielle. La question n’est donc pas de savoir si l’opposition est unique, mais si elle est capable de définir une stratégie commune en vue d’aboutir au départ de l’actuel chef de l’État. Croyez- moi, Monsieur l’éditorialiste, l’existence d’une telle stratégie ne sera pas dévoilée sur le plateau d’Afrique 24, n’en déplaise aux partisans de l’actuel pouvoir – nous travaillons à bâtir une stratégie de l’opposition qui sera de nature à sauver la démocratie congolaise. Au demeurant, la situation de l’opposition congolaise n’est pas atypique, rappelez-vous, il y a quelques années, c’est grâce à des coalitions d’opposants hétéroclites que le président Wade fût chassé du pouvoir: des coalitions comme Benne siggil Sénégal de Moustapha Niasse, Benno ak tanor de Tanor Dieng ou encore Yaakar de Macky Sall. Croyez-vous qu’un Libéral comme Macky Sall a de nombreux points communs avec un socialiste, tel que Ousmane Tanor Dieng?

En réalité, face à l’urgence démocratique, les idéologies politiques cèdent la place à des principes plus importants, des principes à la base de notre vie commune. Ne vous inquiétez donc pas de la composition actuelle de l’opposition, car elle est prélude à un affrontement d’une nouvelle nature entre: les démocrates et les antidémocrates.

2. L’opposition n’a pas de chef

Là encore, vos accusations ne peuvent résister à une confrontation avec la réalité. Car vous serez bien incapable de nous dire qui est le chef de l’opposition républicaine aux USA avant que les primaires ne rendent son verdict .De même, en France, avant sa désignation, Fr. Hollande n’était pas le chef du principal parti de l’opposition. Les exemples qui tordent le cou à votre argumentaire de l’absence de chef sont légion. Pour n’en citer qu’un dernier, vous serez bien embarrassé si je vous demandais de désigner le chef de l’opposition lors de la Conférence nationale souveraine, Si Bernard Kolelas, brillait par son charisme, des personnalités comme Lissouba, Tchystère ou Milongo pouvaient aussi légitimement briguer ce rôle.

La question du chef, dans une démocratie, se règle par l’onction populaire où encore dans les épreuves historiques. Ainsi, le Général de Gaulle, avant d’être élu, était déjà considéré comme le plus illustre des français, grâce à son action lors de l’occupation. L’opposition congolaise, et c’est une chance, dispose d’un grand nombre de personnalités, susceptibles de devenir des leaders incontestables. Des personnalités comme Dzon, Mierrassa, Munari ou encore Okombi ont des atouts considérables.

Toutefois, il semble qu’aujourd’hui, Pascal Tsaty Mabiala, grâce au grand parti(UPADS) qu’il dirige et surtout Parfait KOLELAS, grâce au courage dont il a fait preuve durant cette crise et surtout parce qu’il semble être celui qui a une capacité de mobilisation plus importante, sont les principaux leaders de l’opposition – Oui, il y en a un de trop, mais l’heure du choix viendra.

3.  »Le président Sassou a joué le jeu de la démocratie

Nous n’avons sans doute pas la même conception du jeu démocratique. Le chef de l’État n’a en rien respecté les règles, ni en organisant le référendum pour changer de Constitution, ni en réprimant dans le sang, les manifestations pacifiques. Dois-je vous rappeler qu’une règle qu’on peut changer à sa guise et violer sans encourir de sanction n’a en effet pas grand-chose d’une véritable règle de droit. A l’oublier, on court le risque d’installer l’anarchie au sommet de l’État, des relations de pure force se substituant alors aux rapports juridiques, notait Frédéric Rouvillois. Cette observation est tellement vraie pour ce qui est du Congo, que votre affirmation sur le respect présumé du jeu démocratique par Monsieur Sassou Nguesso, est une plaisanterie.

4. L’opposition ne compte que sur Hollande

Cher doyen, vous vous méprenez gravement. Bien vrai que l’opposition, notamment celle de la Diaspora, ait une propension à faire de la France l’alpha et l’oméga de la politique congolaise. Mais, celle du pays ( IDC-FROCAD) n’ a pas attendue l’ancien élu de la Corrèze pour mobiliser, sinon comment expliqueriez-vous les morts, tombés sous les balles du pouvoir que vous soutenez? Il faut toutefois noter, qu’il est normal, au regard de la place particulière qu’occupe la France dans l’histoire politique congolaise et des liens économiques étroits entre les deux pays, que l’opposition fasse appelle à sa médiation. Il ne faut donc pas nous faire un procès parce que nous avons demandé à la France de réparer son erreur historique de 1997.

5. L’opposition n’as pas de projet politique

Vous n’en savez rien! Des équipes entières de l’opposition à l’intérieur comme dans la Diaspora, élaborent des programmes, des projets pour le pays. Ne nous demandez pas de vous présenter un programme, car le premier des programmes c’est la défense de la démocratie . A quoi cela servirait de rédiger un programme, lorsque nous savons que le processus électoral est complètement vicié et par conséquent, l’alternance est tout simplement un leurre? Conclusion Rassurez-vous, l’opposition est aujourd’hui rassemblée pour la défense de la démocratie.

Demain, elle se présentera aux élections, dans la diversité, avec des projets pour véritablement développer le Congo. Vous qui êtes un des fondateurs du CRAN, savez mieux que personne, que la discrimination, sous toutes ses formes, est un facteur de révolte. Ainsi, je vous invite à demander à vos amis, présumés majoritaires, d’organiser des élections transparentes, nous verrons alors si l’opposition n’existe pas au Congo.

Vivien Romain MANANGOU, Coalition pour la démocratie TO LEMBI Membre de l’opposition