Cameroun : Quand la violence envahit la scène publique

Exemple de bannière pour articles
par Jules Romuald Nkonlak, Le Jour (Cameroun)
L’on se souvient également de l’arrestation violente de Jean Marc Bikoko et d’autres membres de la Dynamique citoyenne le 15 septembre 2015 au Palais des sports de Yaoundé ǀ © Photo bonaberi.com (archives)

La brutalité est restée le principal recours des autorités camerounaises face aux revendications des citoyens.

Ces dernières semaines, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) a beaucoup fait parler de lui. Et pas toujours de la même manière que par le passé. Les opérations de renouvellement des organes de base de ce parti ont, naturellement, fait vivre d’intenses batailles. Sauf que, à certains endroits, elles se sont transformées en véritables combats physiques. Au lieu de s’affronter par idées ou programmes interposés, l’on s’est souvent affronté à l’aide de coups de poings. Et ce qui a fait sourire plus d’un, c’est que cette violence s’est déroulée à l’intérieur d’un parti qui a souvent été à l’origine de violences envers ses adversaires.

En réalité, au Cameroun, il est devenu quasiment impossible de s’opposer sur la place publique au pouvoir en place sans courir le risque de se faire rudoyer par les forces de l’ordre. Les derniers à avoir fait cette amère expérience sont les cadres du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (Mrc), qui menaient, le 4 décembre dernier, une campagne pour la réforme du Code électoral. Ils ont été violemment pris à partie par des gendarmes. Une situation qui a rappelé les propos que tenaient justement quelques jours auparavant Maurice Kamto, le président du parti. « Il y a une dictature rampante au Cameroun, que personne ne voit. Qui peut empêcher un parti politique de se réunir non seulement sur la place publique, mais dans les salles. Ça c'est la dictature.

Mais elle est ingénieuse. Nos frères, qui ont la charge de conduire le pays, au lieu de mettre leur intelligence et leur talent à combattre le chômage des jeunes, le Cancer qui mine la jeunesse Camerounaise, mettent leur ingéniosité à inventer les pièges pour empêcher les autres de s'adresser à vous... », disait-il lors du meeting qu’il a tenu le 21 novembre dernier à Bafoussam. 

« Dictature rampante »

 « Cet énième acte de répression est une démonstration de plus de la nature véritable du régime de M. Biya. Un régime qui, sous les apparences du multipartisme et de la liberté d’expression, s’attaque violemment à tous ceux et celles qui remettent en cause fondamentalement les piliers de son pouvoir. Ces violences physiques et ces privations des droits des militants du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun s’ajoute à la longue liste de violations des droits et libertés des activistes, leaders d’opinions et militants des autres formations politiques et organisations de la société civile », a réagi Kah Walla, la présidente du Cameroon People’s Party (Cpp).

Cette dernière sait bien de quoi elle parle, elle qui a également pris quelques coups du régime en place. La présidente du Cpp le rappelle d’ailleurs dans le communiqué qu’elle a publié. « Le CPP est malheureusement passé par ce chemin le 23 février 2011 avec l’arrestation et la détention de ses militants à Douala, le 20 Mai 2011 avec le kidnapping de sa Présidente Nationale à Yaoundé et la détention de ses militants à Douala, en mars 2012 avec l’arrestation et la détention de ses militants. » L’on se souvient également de l’arrestation violente de Jean Marc Bikoko et d’autres membres de la Dynamique citoyenne le 15 septembre 2015 au Palais des sports de Yaoundé. Ils tentaient simplement de tenir une conférence-débat, sur l’alternance dans des pays africains.

En remontant plus loin, on peut évoquer la façon dont les manifestations pacifiques qui s’opposaient à la modification de la constitution en 2008 ont été réprimées. Cette répression s’est encore durcie pendant les émeutes de février 2008 qui étaient également parties de revendications citoyennes. Plusieurs Camerounais y ont laissé leur vie. Les manifestations interdites ou violemment réprimées sont tellement nombreuses ces dernières années au Cameroun qu’il serait fastidieux de les énumérer. En fait, malgré les années de multipartisme, aucune évolution n’a été notée dans la façon du pouvoir de considérer l’opposition. Celle-ci semble toujours apparaître aux yeux de l’administration et des forces de l’ordre comme des ennemis. L’on se souvient d’ailleurs que le multipartisme s’est imposé dans la douleur. Six personnes sont décédées le 26 mai 1990 à Bamenda lors du le lancement du Social Democratic Front (Sdf), le principal parti de l’opposition. Les forces de l’ordre s’étaient opposées à cette manifestation.

© Jules Romuald Nkonlak, Le Jour (Cameroun)