Tchad : 2016, L’année des turbulences

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par Jeunesse ARDACHI
« Pendant 25 ans Idriss, le plus fainéant et le plus désorganisé de la famille a pu tenir » ǀ © Photo archives

En cette fin d’année 2015 le constat est unanime, jamais notre pays le Tchad n’a atteint un tel degré d’incertitudes sur le plan politique, économique, sociale et sécuritaire.

En effet ces variables ont atteint des seuils de désagrégation où les tchadiens ne se posent plus des questions sur le chaos qui est un aboutissement logique de la décomposition de l’Etat tel que nous vivons aujourd’hui. A défaut donc de justice et de liberté les Tchadiens sont préoccupés par l’augmentation des prix des produits de premières nécessités, de la sécurité mais aussi et surtout de la dégradation quasi-irréversible de la santé déjà fragile du président de la République qui alimente la peur et les intrigues à chacune de ses apparitions à la Télévision. Malgré sa santé et la situation du pays, ce dernier s’échine à aller aux élections l’année prochaine.

La crise économique et financière qui frappe le pays de plein fouet a des conséquences sur le paiement régulier des salaires des fonctionnaires. Le règlement de la dette intérieure est suspendu d’où l’arrêt de tous les chantiers en cours. Les recettes mensuelles hors pétrole sont de l’ordre de 20 milliards, alors que le salaire mensuel s’élève à plus de 35 milliards et la dette extérieure de l’ordre de 16 milliards d’où un gap mensuel de 26 milliards auxquels s’ajoutent le fonctionnement, l’investissement et la dette intérieure.

A la recherche des dettes peu importe le taux d’intérêt, Notre Deby national a fait le tour des « émirs » d’Afrique centrale pour tendre la sébile mais sans succès. Ces temps-ci, il se tourne vers les émirs du Golf Arabique, même si ces derniers lui réservent un accueil glacial à l’exception d’un seul pour des besoins de mercenariats, la réponse est identique et une fin de non recevoir pour des prêts d’argent liquide comme le demande Deby. Ne dit-on pas qu’on ne prête qu’aux riches ?

Le Tchad étant géré comme une boutique, de temps à autre, le président remet quelques sacs de billets fantômes dont la provenance reste un mystère, à son beau fils de trésorier pour payer les salaires ; ce dernier doit se débrouiller avec son ministre pour les intégrer dans la comptabilité publique afin d’esquiver les regards indiscrets des bailleurs des fonds. Cet argent venu dans les soutes de l’avion présidentiel comme dernièrement à son retour d’Afrique du sud.

Certains initiés des magouilles Debyenne parlent de l’argent de Gadhafi placé en Afrique du sud, ramené en catastrophe pour parer à la situation inédite de tension de trésorerie dans ce pays pétrolier. Toutes les démarches effectuées par les VRP du président pour chercher de l’argent ont été infructueuses. Pour cause, le Tchad est non seulement un pays insolvable mais un pays dont les dirigeants ne sont pas crédibles.

Depuis 25 ans le Tchad est dirigé par un autocrate dénué de toute culture démocratique, entouré lui-même par des larbins incultes qui détruisent les fondements d’une vie en société des communautés Tchadiennes. Beaucoup de jeunes désarçonnés, désorientés, ne sachant quoi faire versent dans le banditisme et les crimes organisés. Ce qui explique entre autre le phénomène BOKO HARAM.

Les Tchadiens ont cessé de se tourner vers l’Etat pour leur sécurité, la justice et l’éducation de leurs enfants. Le monopole du commerce est détenu par les proches du pouvoir qui s’accaparent de tous les marchés. Même les Zakhawa « périphériques » sont ostracisés. Dans une pareille situation, on dit au Tchad qu’il faut prier Dieu pour que « CHEYTAN » Satan s’en aille.

L’autre situation qui inquiète les Tchadiens est la maladie du président. En novembre dernier, il a été hospitalisé à Paris pour subir une opération ; le président est malade, c’est une réalité, mais le citoyen lambda ne saura rien  tant la communication sur la santé du président est gérée avec parcimonie.

Si pour nous, il serait indécent d’évoquer avec détails tout ce que nous savons sur la maladie du président et sur le rythme des crises souvent brutales qu’il fait, au point de lui flanquer une colosse comme aide de camp pour le tenir en cas de chute ; pour ses proches, notamment ceux qui se préparent pour la succession, il est temps de « s’organiser » pour la suite.

Ainsi, Daoussa et Timan Deby se concertent avec l’ensemble de la famille Itno et leurs oncles maternels les Zakhawa soudanais pour préserver les arrières tellement « la chose » leur parait facile, puisque pendant 25 ans Idriss, le plus fainéant et le plus désorganisé de la famille a pu tenir. De leur coté les enfants de Idriss Deby se déchirent déjà en sourdine. Zakaria    le mieux placé de par sa position ne voulant pas se faire dribbler par Mahamat Kaka de parents maternels goranes, place ses pions.

Le reste de la fratrie se démène pour jouer au challenger. Le seul proche qui est encore fidele au président et qui n’est pas consulté, reste le général Mahamat Saleh Brahim. Ce dernier Borogat est rejeté et n’a pas droit au registre à cause de ses affinités avec les ressortissants du B.E.T. Au pays BILIA, le pouvoir s’arrache même entre père et fils. Ce qui explique les discrètes tractations entre Zakhawa de BILIA et le fourbissage d’armes qui se fait à l’insu des  Tchadiens.

Enfin, l’autre préoccupation de moindre celle-là, est l’organisation des élections en avril 2016. Les tintamarres des faire valoir du MPS en campagne pour le recensement des militants à travers le pays démontre la diversion savamment organisée par Deby. Les pontes du parti au pouvoir se pavanent dans les villes du pays avec des véhicules V8 alors que le pays traverse une crise profonde.

Le Tchad se meurt, on peut même dire que notre pays ressemble à un cadavre autour duquel les charognards se battent. L’administration est totalement gangrenée par la corruption que d’ailleurs Idriss Deby se targue de combattre dans son discours à la fête d’Amtiman. A ce propos, nous pouvons dire que ; soit Deby a un problème de démence en plus de tout ce qu’il traine, soit il prend les Tchadiens pour des zozos amnésiques.

Depuis qu’il est au pouvoir, il n’a cessé de tenir ce genre de propos à chaque fête de décembre. Il a atteint toutes ses limites. La seule chose qu’il peut difficilement faire, est la lecture monotone des discours qu’on lui rédige et qu’il découvre en même temps que son auditoire. Qu’il y ait des élections ou pas, la succession se prépare et que cela n’en déplaise à Saleh Kebzabo et ses camarades, la guerre du pouvoir aura bel et bien lieu au Tchad.

Bonne et heureuse année à tous.

Fait à N’djamena, le 21 décembre 2015

Jeunesse ARDACHI