Cameroun : Encore une manifestation pacifique de l'opposition interdite

Exemple de bannière pour articles
par Yannick Ebosse, Camer.be (Cameroun)
Maurice Kamto, président du MRC : « Je ne sais pas s’il faut déclarer une manifestation et joindre à la déclaration la liste de tous les membres présents. Mais je voudrais vous dire camarades, rien ne nous fera reculer. Soyez conscients car le changement arrivera par les urnes dans la paix. Inscivez-vous à partir du mois de Janvier (ndrl 2016) sur les listes électorales et vous irez voter pour que le changement arrive au Cameroun dans la paix. » ǀ © Photo cl2p.org (archives)

Malgré l'autorisation délivrée par l'autorité administrative, une manifestation du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC, opposition) a été stoppée ce 27 décembre par une escouade des forces de sécurité.

Dimanche 27 Décembre 2015 à Yaoundé la capitale,  au quartier Biyem-Assi plus précisement au lieu-dit Rond-point Express, un camion de gendarmes et un car de la police remplis d’hommes qu’accompagnaient plusieurs autres véhicules appartenant à ces deux corps ont empêché les militants de la Federation Communale du MRC de Yaoundé 6e de tenir une cérémonie solennelle de remise de mandats aux différents Sécretaires d’unités du parti.

D’après la correspondance datée du 27 Décembre 2015 au N°126/J06/06/SP et signée par Monsieur DAMA Mvondo Appolinaire, Sous-Préfet de Yaoundé 6e, l’autorité administrative de l’arrondissement précise que « Mon attention a été attirée par le fait que l’objet pour lequel mon autorisation de manifestation publique N°126/J06/06/BAPP du 22 Décembre 2015 vous a été délivrée et qui consiste à remettre deds parchemins à vos collaborateurs de l’Arrondissement de Yaoundé 6e a été changé par votre communiqué diffusé dans les médias et qui non seulement insinue que le Président national préside un meeting le Dimanche 27 Décembre 2015 à Biyem-Assi au lieu-dit Rond-Point Express, mais aussi précise que l’objet de cette rencontre est de constituer une osmose entre le sommet et les militants de base et davantage de les entretenir sur les prochaines échéances électorales. »

De conclure par un « uppercut », le Sous-Prefet va alors tirer une conclusion logique «Au regard de ce qui précède, force est de constater que vous avez fait une déclaration de nature à tromper les autorités sur les conditions ou l’objet de la réunion. Par conséquent votre meeting est interdit. ».

La note largement distribuée aux services de sécurité et de maintien de l’ordre avait alors fait converger sur un site modeste choisi, la déferlente force publique pour stopper et arrêter si nécessaire les manifestants qui voudraient opposer une rébellion.

D’après les informations receuillies sur les lieux, le MRC via son Secretaire de la Federation Communale de Yaoundé 6e avait bel et bien reçu une autorisation de manifestation publique délivrée par le Sous-Préfet DAM Mvondo. Mais que s’est-il ensuite passé ?

Un blocus premedité !

D’après nos sources, c’est aux environs de 7 heures du matin que la présence de la police va se faire ressentir avec le stationnement d’un véhicule de service proche du lieu de la manifestation.

Ayant eu vent plusieurs heures auparavant, le Sous-Prefet de l’Arrondissement de Yaoundé 6e Monsieur DAMA Mvondo Appolinaire avait déjà pris des dispositions pour l’interdiction en gardant comme une balle de « Cherif » la note interdisant la manifestation qui sera remise quelques heures plus tard à Monsieur MINYUM Pierre, Secretaire de la Federation Communale de Yaoundé 6e.

 A 12 heures, un pick-up de la gendarmerie nationale viendra ensuite s’ajouter à ce déploiement semble-t-il leger de la matinée. A 12 h 30 Minutes, l’arrivée du Président Maurice Kamto va ainsi accelerer les choses.

 A peine arrivé et comme si les forces de l’ordre attendaient un signal, il sera suivi quelques minutes après, plus precisement à 12 h 45 minutes, d’un camion rempli de gendarme arborant des casques et gilets pour des uns et des matraques pour d’autres.

Au même moment, l’adjoint au Sous-Prefet viendra ainsi servir la note de son Chef qui donnait les motifs d’interdiction de manifestation. S’en suivra des échanges entre les militants du MRC et lui.

Devant cette volonté délibérée de ne rien comprendre des explications apportées par le Pr Maurice Kamto et les militants du MRC qui augmentaient au fur et à mesure, une déclaration simple mais pleine de symbole du Pr Maurice Kamto va s’en suivre.

 Le Président National va ainsi arguer : « Je ne sais pas s’il faut déclarer une manifestation et joindre à la déclaration la liste de tous les membres présents. Mais je voudrais vous dire camarades, rien ne nous fera reculer. Soyez conscients car le changement arrivera par les urnes dans la paix. Inscivez-vous à partir du mois de Janvier (ndrl 2016) sur les listes électorales et vous irez voter pour que le changement arrive au Cameroun dans la paix. ».

D’après plusieurs explications de Sosthène Médard Lipot, Okala Ebodé et d’autres responsables du MRC, l’objet de la manifestation n’a jamais été changé. S’il est vrai qu’il faudrait noter un ajustement dans le programme initial avec la présence du Président national Pr Maurice Kamto qui devait présider cette ceremonie, il faut preciser qu’une manifestation du MRC ne saurait se tenir sans la présence du Président national du parti étant disponible et qui pourrait profiter pour remobiliser ses troupes dans le strict respect du chronogramme initial.

Selon les témoignages, le Sous-Préfet DAMA Mvondo Appolinaire entre dans le cercle très restreint des « zélés de la république du Cameroun» dans l’exercice de leur fonction car s’étant basé sur un « croll » diffusé à la CRTV pour prendre un acte contraire à une autorisation donnée par lui-même, il va manifester sa méconnaissance des us des partis politiques.

Avait-il raison d’interdire cette manif ? Une source avoue que non et precise que le Sous-Prefet aurait dû faire déployer la force publique pour se rassurer que le programme proposé par les organisateurs ne sortait pas de l’autorisation qu’il avait délivrée.

Hélas ! Comment comprendre qu’une délivrance de mandat aux Secretaires d’unités du parti en presence du Président national puisse faire autant peur ? Peur de quoi ?

Pour des observateurs, la hantise des autorités camerounaises pourrait se justifier. Tous les jours, plusieurs camerounais manifestent leurs volontés de voir un régime en panne de solution tomber et la seule sanction comme on l’a vu dans plusieurs pays devrait très certainement être une sanction par les urnes.

Le MRC l’a-t-il compris ? En grappillant des parts de sympathie du peuple et en multipliant des rencontres avec la population peut-être que la mayonnaise attendue pour le moment venue à savoir « tendre l’embuscade dans les urnes » au régime en place fait plus peur qu’autre chose. Just Wait and See.

Yannick Ebosse, Camer.be (Cameroun)