Cameroun : Alternance, mobilisation de la diaspora

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par Linda Mbiapa, le quotidien La Nouvelle Expression (Cameroun)
Prenant la parole, le porte-parole de la Plateforme de la société civile pour la démocratie au Cameroun Hilaire Kamga a indiqué que le souhait d’une alternance politique se justifie par le fait que depuis 1960, le même système est en place ǀ © Photo africapresse.com (archives)

En prélude à la présidentielle de 2018, une  concertation entre des camerounais  de la Suisse, Londres, France, Bruxelles, New- York, a eu lieu à Genève les 26 et 27 décembre 2015.

A deux ans de ce scrutin décisif pour l’avenir du Cameroun, la diaspora camerounaise multiplie des rencontres afin de  peser de tout son poids dans les débats politiques nationaux qui s’annoncent. 

La diaspora camerounaise  a échangé avec des Camerounais résidant à Londres, France, Bruxelles, New York ainsi que certains membres de l’opposition et quelques représentants de la société civile.

Politiquement active d’après des observateurs avertis, ladite diaspora a voulu non seulement échanger sur l’actualité politique nationale mais aussi prendre position par rapport à l’évolution politique actuelle au pays.

« Nous souhaitons une fin immédiate du régime Biya, cette  concertation vise à étudier les modalités devant permettre à cette diaspora de peser de tout son poids dans les débats politiques nationaux qui s’annoncent, et ce dans le but de permettre ou de contribuer à l’avènement d’une alternance politique immédiate au Cameroun », ont déclaré les participants.

Les membres en ont  d’ailleurs profité pour proposer leurs vues sur les orientations et actions politiques qui s’imposent désormais au peuple au moment où la nation tout entière, plus que jamais, aspire « à tourner définitivement la page de Biya au Cameroun ».

D’après ces camerounais, le manque d’alternance pacifique est un des symptômes qui nourrit la déception à l’égard de l’importation de la démocratie à l’occidentale dans les pays africains.

En dehors de quelques rares cas comme le Sénégal, où Senghor cède le pouvoir à son Premier ministre Abdou Diouf en 1981, ou une année après, lorsque Ahidjo donne les rênes du pays à Paul Biya, « l’alternance reste généralement lettre morte ou bien se fait dans le sang. Les évènements récents au Kenya, au Zimbabwe, ou en Mauritanie nous rappellent cette triste réalité. Les Africains avaient espoir que la lointaine chute du mur de Berlin change aussi quelque chose pour eux, mais la proclamation de la fin de l’histoire et de l’avènement de la démocratie de marché par certains intellectuels avait été sans doute quelque peu hâtive », ont-ils poursuivi dénonçant un système électoral archaïque

Prenant la parole, le porte-parole de la Plateforme de la société civile pour la démocratie au Cameroun Hilaire Kamga a indiqué  que le souhait d’une alternance politique se justifie par le fait que depuis 1960, le même système est en place. « C'est-à-dire le système néocolonial d'abord incarné par le premier président, Ahmadou Ahidjo, puis par Paul Biya depuis 1982. Les mécanismes de ce système basé sur les réseaux, la mafia, ont tellement gangréné la société qu'il n'était pas possible pour les forces de se structurer et de s'organiser sur le long terme face au pouvoir », a-t-il expliqué,   dénonçant  une trop grosse mainmise des réseaux mafieux néocoloniaux, qui rendait l'alternance impossible.

« Mais aujourd'hui, bien heureusement, la nouvelle génération est déterminée à prendre son destin en main», s’est-il réjoui.

 Autre  constat navrant selon les organisateurs,  le président actuel de la République concentre tous les pouvoirs. « Depuis 29 ans, le chef de l’Etat incarne à la fois le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire. L'opposition camerounaise n'est jamais parvenue à obtenir la majorité au Parlement. Sur les 180 députés que compte l’Assemblée nationale camerounaise, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), le parti au pouvoir, en compte près de 150. Le Social Democratic Front (Sdf), le principal parti d'opposition, en compte 18. Et certains partis d’opposition n'ont qu’un seul député. Celle-ci peine à jouer véritablement son rôle de contre-pouvoir », ont-ils regretté.

Linda Mbiapa, le quotidien La Nouvelle Expression (Cameroun)