Cameroun : Insécurité, la thèse d’une rébellion armée prospère

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par Africa Info
Les preneurs d’otages progressent à petit pas vers le centre-ville de Ngaoundéré, chef lieu de la région de l'Adamaoua ǀ © Photo letamtam-medias.info (archives)

L’escalade ponctuée de  prises d’otages, des exécutions sommaires de citoyens camerounais et des attaques des symboles de l’Etat en cours dans la région de l’Adamaoua, n’exclut pas les prémices d’une rébellion.

Les preneurs d’otages progressent à petit pas vers le centre-ville de Ngaoundéré, chef lieu de la région de l'Adamaoua. Les populations plongées dans la peur ne dorment plus sur leurs deux oreilles. Les autorités administratives, les chefs traditionnels et les forces de défenses et de sécurité tentent une  mobilisation. Objectif : Inverser la courbe ascendante de l’insécurité qui a déjà atteint la côte d’alerte dans cette partie du septentrion et qui peu à peu tend à devenir le royaume des prises d’otages et d’attaques des bandes armées.

Au quotidien des hommes lourdement  armés orchestrent des attaques, empochent des sommes faramineuses  et se font une réputation de tueurs sans scrupule.

« Des actes de criminalité qui jadis étaient l’apanage des zones rurales, mieux frontalières, s’importent déjà en ville. Et à un rythme inquiétant. Hélas ! », a confié à Africa Info une source policière

Le 30 juin2015, le poste de gendarmerie de Batoua-Godolé est attaqué par une bande armée. Des assaillants jusqu’ici  n’ont toujours pas été identifiés. 

« Cette nuit-là,  les éléments de garde ont riposté à des coups de feu tirés sur la brigade et cela a éloigné ces criminels. Ils croyaient que le poste de gendarmerie n’était pas pourvu en éléments ». explique un officier dans la région.

Cette révélation a été faite lors d'une  rencontre la semaine dernière  réunissant tous les chefs traditionnels du 1er, 2ème  et 3ème  degré de la région.

"Sans doute,  ils voulaient prendre le contrôle de ce poste de gendarmerie qui occupe une position stratégique en vue de leur approvisionnement en matériel de guerre », a ajouté  une source sécuritaire dans la localité de  Batoua-Godolé.

"Le 10 novembre à Tobeto dans l’arrondissement de Dir, département du Mbéré, 9 camerounais sont pendus de façon impitoyable par les preneurs d’otages tout simplement parce qu’ils n’avaient pas reçus les rançons exigés", selon un habitant de la localité.

Les ravisseurs reprochaient également aux proches des otages d’avoir livrés des informations aux éléments de la Brigade d’infanterie motorisée  (Brim) qui ratissaient dans la zone.

Tout récemment à Tibati dans le département du Djerem, dans la nuit de 29 au 30 décembre, un accrochage entre l’armée camerounaise et les preneurs d’otages ont permis  aux éléments des forces de défenses de libérer deux otages. Deux d’entre eux seront  abattus et un arsenal de guerre récupéré au cours de cette opération.

Rébellion

Du 1erjuillet au 31 décembre 2015, la région de l’Adamaoua a connue dans sa partie rurale et à ses frontières une insécurité sans précédent. Les statistiques communiquées par le commandant de la légion de gendarmerie de l’Adamaoua sont pour le moins inquiétantes.

 En effet, au cours de cette période, 15 attaques attribuées aux  coupeurs de routes ont été répertoriées ; 76 cas de prises d’otages enregistrés ; 27 attaques des bandes armées et 10 cas de vol de bétail signalés.

 Les arrondissements de Meiganga, Djohong, Dir, Ngaoui dans le département du Mbéré et les arrondissements de Nyambaka, Martap, Ngan-Ha et Bélel dans la Vina sont les plus touchés par cette insécurité.

Le Djerem lui aussi fait face à cette escalade de la grande criminalité. Le Mayo-Banyo est le seul département jusque-là épargné. Des sources sécuritaires ont précisé  à Africa Info  que cette situation s’explique par la présence en ces lieux des groupes armées centrafricains.

« A cause de cette insécurité grandissante, les populations vivent désormais avec la peur au ventre, des éleveurs fuient les zones touchés par le phénomène des enlèvements. L’activité économique basée sur l’élevage stagne. Plus grave, compte tenu des cas d’enlèvements qui défient parfois l’entendement, une certaine opinion pense qu’il ne s’agit plus simplement d’une bande de malfrats isolés en perte de temps. Mais d’une rébellion en gestation dans la région de l’Adamaoua », ont fait  savoir des sources dignes de foi au ministère camerounais de la défense.

« Il ne faut pas prendre ce phénomène de prises d’otage et d’attaques armée sous le seul prisme de la grande criminalité », a prévenu un haut gradé de l’armée camerounaise sous anonymat, ajoutant que  « la stratégie mis en branle par ces hors la loi, démontre à suffisance qu’ils sont non seulement bien outillés mais aussi et surtout ils disposent d’un arsenal de guerre à ne pas négliger.»

Les effectifs aussi. « Pour preuves, 19 hommes lourdement armée ont été aperçus par des riverains sur le pont de la Vina dans la nuit de mercredi à jeudi. A Saltaka dans l’arrondissement de Ngaoundéré 3ème , une horde de 12 hommes armés de fusils de guerre ont été signalés. C’est cette bande armée qui auraient enlevé les 8 otages dans les villages Saltaka, Wouro Mal Nana et Madjélé », a-t-il renchéri.

Aux dernières nouvelles, ils réclameraient pour leur libération  une rançon de 30 millions de FCFA. Selon une autre source sécuritaire, « Ils veulent se constituer en armée puis recruter des éléments qu’ils transformeront sans doute en « soldats ».

L’Adamaoua partage une frontière commune avec la République centrafricaine  au niveau de l’Est d’une distance de 140 Km de Yaba à Batoua-Godolé. A l’Ouest, elle partage aussi  une frontière longue d’environ 400 Km avec le Nigeria qui s’étend d’Atta dans le Mayo-Banyo à Koncha dans le Faro et Deo.

Ai Yaoundé