Cameroun : Appel à candidature de Paul Biya, le bal des tartufes

Exemple de bannière pour articles
par Marie Robert Eloundou, journal Essingan (Cameroun)
Cela a recommencé. Le charivari des appels à candidature de Paul Biya. ǀ © Photo archives

Ils font semblant d’aimer à la folie celui dont ils veulent prendre la place. Cela a recommencé.Le charivari des appels à candidature de Paul Biya.

C’est à nouveau l’appel du peuple pour que le prince accepte de briguer une énième fois la magistrature suprême. De partout montent les supplications afin qu’il pose sa candidature à l’élection présidentielle en principe prévue dans deux ans.

Chaque village, chaque département, chaque région va devoir faire entendre sa voix, pour entonner la même chanson : « pardon Paul, ne nous abandonne pas. Représente-toi à l’élection présidentielle parce que si tu n’es pas candidat, le Cameroun est mort ». C’est à qui rédigera le texte d’amour le plus enflammé.

 Il y a comme une concurrence entre les divers messages de soutien à « l’homme providentiel », peut-être même à « l’homme indispensable ». Personne n’imagine le Cameroun sans Biya à sa tête. Que ferons-nous mon Dieu ! Du temps d’Ahidjo, c’était pareil. On pensait que son éclipse ou sa disparition de la scène politique allait sceller la mort du Cameroun.

Et pourtant… Toutes les forces vives ou les élites sont mobilisées pour inciter très fortement M. Biya à se porter candidat à une élection présidentielle dont on ne connait toujours pas la date. On sait seulement qu’elle est « certaine mais lointaine ». Avec le florilège des appels à candidature, cette élection est de plus en plus proche.

D’aucuns suggèrent même qu’elle pourrait être anticipée. Seul le prince est maître du calendrier électoral qu’il conserve jalousement dans sa tête. L’opposition, ou ce qui en tient lieu, s’en désole et enrage. Certains opposants sont fatigués de faire des offres de service pour être ministre. Comme le sont Issa Tchiroma et Bello Bouba Maigari par exemple.

Dans le camp des partisans supposés ou réels de Biya, on est traversé par toutes sortes d’émotions, de sentiments. Certains rêvent depuis longtemps de prendre la place de Biya.

L’on a soupçonné en Pierre Désiré Engo de telles velléités et cela s’est très mal terminé pour lui. On a très opportunément découvert qu’il trafiquait de petits problèmes d’argent à la CNPS (Caisse nationale de prévoyance sociale)  qu’il dirigeait alors. On l’a mis en prison au nom de la rigueur et moralisation.

Titus Edzoa lui, a démissionné de manière fracassante et a annoncé sa décision de défier Biya qu’il a abondamment servi et dont il s’est servi. On a alors découvert qu’il avait volé un peu d’argent. Facture : 15 ans de prison.

Marafa Hamidou Yaya a eu aussi quelques envies de présidence de la République, tout comme Atangana Mebara. Une histoire d’avion présidentiel, le BBJ-II pour le premier et l’Albatros pour le second, les a transportés à Kondengui.

 On a aussi prêté quelques intentions à Abah Abah, même punition. Le G11 a été écrasé. Beaucoup de ceux qui signent aujourd’hui le nouvel appel du peuple ont tout ceci en tête. Ils savent que Paul Biya est redoutable quand on s’attaque à son pouvoir.

Les Mebe Ngo’o, Ze Meka, Louis Paul Motaze voir Fame Ndongo voudraient sans doute être califes à la place du calife. Mais ils savent que l’entreprise est périlleuse. Le lion de Mvomeka a encore des griffes et des dents. Il sait éreinter tous ceux qui rêvent de le remplacer.

 © Marie Robert Eloundou, journal Essingan (Cameroun)