Cameroun : L'autre appel du peuple

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par Gilbert Tsala Ekani
Quand M. Biya demande aux jeunes de se lancer dans l’agriculture, certains de bonne foi demandent: «où sont les terres?» Les grands ont tout pris. Ils ont même fait main basse sur les titres de noblesse, parfois ils ont même carrément privatisé le titre de chef. ǀ © Photo archives

Ces derniers temps, il y a un peuple qui réclame, exige presque que Paul Biya organise vite l’élection présidentielle et qu’il soit candidat.

Les motions de soutien fusent de toutes parts, les appels à candidature inondent le locataire d’Etoudi. Le peuple , souvent celui des grands, est aux pieds de Paul pour qu’il obéisse à ce qui apparaît comme une bienveillante injonction.

Tous ceux qui comptent dans le camp du pouvoir veillent à signer le fameux document. Certains ne savent pas qu’ils sont dans le collimateur du Tribunal criminel spécial.

Et Eyebe Ayissi a beau ne plus être au Contrôle supérieur de l’Etat, son successeur peut se révéler plus redoutable encore. La dame est magistrat et ces gens sont réputés froids. Or parmi les gens qui signent des lettres enflammées à Paul Biya, il y a des adeptes des coups fourrés, des magouilles de toutes sortes sur le dos du peuple qu’ils disent servir.

 Avec une goinfrerie de goujats jamais rassasiés, ils ont «boko haramé» pardon pour le néologisme les caisses publiques, ont vassalisé des collaborateurs. Ils ont acheté à vil prix des villages entiers transformant les pauvres villageois en simples ouvriers agricoles.

Quand M. Biya demande aux jeunes de se lancer dans l’agriculture, certains de bonne foi demandent: «où sont les terres?» Les grands ont tout pris. Ils ont même fait main basse sur les titres de noblesse, parfois ils ont même carrément privatisé le titre de chef.

Des prébendes distribuées ici ou là à quelques affamés et voilà le peuple qui acclame ces gens et leur confie son destin. Certains sont devenus honorables autant dire intouchables camer.be.

Ils ont voulu aussi commander le parti au pouvoir soit par eux-mêmes, soit par procuration. Cela a quelques fois marché. Rarement échoué par la vigilance de quelques militants excédés par une telle gloutonnerie. Ces gens, voyous à col blanc, disent servir le pays et soutenir le président de la République dont ils citent des pans entiers de discours.

 Ils osent parler de moralisation sans sourciller montrant un incroyable talent de comédien. Pour essayer d’endormir M. Biya, ils le bombardent de motions de toutes sortes et le président, simple humain, doit être surpris des qualités presque divines dont on l’affuble. En comité restreint, nombre de ces gens dissertent pourtant sur la «faillite du régime».

 Ils accablent M. Biya, le couvrent de tous les péchés de la terre, condamnent son «laxisme, son inertie» au point de tenter de faire oublier leurs propres responsabilités. Ils sont nombreux à dire soutenir Biya en fourbissant les armes pour la bataille de l’après-Biya.

 La démocratie a l’inconvénient qu’il faut malheureusement laisser parler tout le monde même ceux qui mentent comme des arracheurs de dents. Le peuple , l’autre peuple lui peut vouloir écrire aussi à son chef.

Pour réclamer de l’eau à boire, de l’électricité avant les ordinateurs, des routes pour transporter les produits agricoles camer.be, des hôpitaux sérieux pour ceux qui n’ont aucune chance d’obtenir une évacuation sanitaire.

Il veut que les voleurs des caisses publiques restituent un peu d’argent qu’ils ont confisqué, que les prochaines coupes d’Afrique des nations ne soient pas des fiascos au plan de l’organisation.

On sait bien qu’il y a la glorieuse incertitude du sport mais, avec notre équipe nationale de foot actuelle, on a du mal à nous imaginer champions d’Afrique. Sauf à faire preuve d’un patriotisme béat.

Gilbert Tsala Ekani, journal "Integration» (Cameroun)