Cameroun : Ces exploitants de la misère humaine

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par Blaise TAMBA MANGA
Pauvreté au Cameroun
Souffrance des chercheurs d’emploi au Cameroun

A l’heure où l’on parle de la revalorisation des salaires au Cameroun, quand est-ce que l’Etat prendra la défense des milliers d’exploités de la République?

Ils sont des centaines de milliers à travers le pays qui survivent, on ne sait par quelle alchimie ou magie, en s’accrochant à des occupations les unes plus viles que d’autres. Au rang de ces quasis crève-la-faim, on a une bonne frange d’hommes et de femmes littéralement exploités par « leur prochain ». Ainsi en est-il des domestiques, bonnes à tout faire, des gardiens, vigiles et autres mitrons de service (sévices ?).

Le fameux SMIG à revalorisé n’a jamais fait l’objet de la moindre surveillance dans son application par les différents responsables en charge dans notre pays. C’est ainsi que cette maigre pitance s’est vue attribuée de nombreux homonymes en numéraires : 5, 10, 15 ou tout au plus 20 000 FCFA, qui le plus souvent sont payés en retard ou connaissent des arriérés. Quid de l’immatriculation à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS).

Les damnés de la terre ont-ils le moindre droit à une paisible retraite ? Une chose semble certaine, ce ne peut pas être avec cette misère que ces pères et mères de famille arrivent à se maintenir en vie. S’ils n’ont pas recours à des larcins et autres activités louches, c’est avec prostitution ou encore commerces illicites que les fins de mois sont difficilement arrondies. Et avec toutes les charges que pour la plupart ces pauvres hères doivent supporter !

Que dire des méthodes d’exploitation ? Quand ce ne sont pas des particuliers qui assomment ces poisseux, ce sont des entreprises bien établies qui s’y emploient. N’allez surtout pas interroger les vendeurs et caissiers de la boulangerie Acropole, par exemple. Les Grecs ici restent bel et bien les dignes héritiers du célèbre Démétropoulos si cher à la « Ville cruelle » d’Eza Boto. Les Hellènes de nos jours se sont améliorés et ont pris « Exploitakis » comme nouveau patronyme.

Tenez : vous êtes affecté au comptoir de la célèbre maison de pains, où le service est de … 24 heures d’affilée (sans blague !). Vous recevez les victuailles à vendre, sans qu’au départ il ne vous soit indiqué le montant des produits mis à votre disposition. Après votre service, les comptes sont faits. C’est alors qu’on vous parle de manquants. À combler avant le salaire ! Un salaire qui tourne autour de 30 000 FCFA. Et les fameux manquants peuvent « être décrétés » à des dizaines de mille.

Pendant ce temps, les Grecs s’en donnent à cœur joie, avec salaires d’expatriés ( !), voitures et autres conforts. C’est leur business, c’est vrai, mais l’Etat n’a-t-il pas à protéger les intérêts bafoués des employés ainsi misérés ? Que fait le ministère du Travail … et de la Sécurité sociale ? On viendra juste un matin décerner des … médailles d’honneur du travail ? Que fait la CNPS ?

Que pensent nos autorités d’Express Union et autres qui organisent des tombolas géantes, mais paient mal les centaines de diplômés du Supérieur qu’ils emploient du lundi au dimanche? A côté, il y a ces incomptables corvéables à merci mais essentiellement révocables de nos grandes quincailleries, supermarchés et grandes surfaces. La plupart de ces sociétés d’exploitation ont pourtant une nouvelle et très jolie appellation « entreprises citoyennes ». Mais, qui pour donner une autre coloration à la vie des exclus des biens de la terre ?

Il est temps pour que soit divulgué le droit du travail, en lieu et place des festivités du 1er mai et surtout des agitations des syndicalistes plus que complices de certaines situations hautement nauséeuses. Il est temps que des hommes de droit se dévouent pour protéger ces milliers de victimes du capitalisme qui trône à son stade suprême. Qui, pour dire « Ecce homo » ?

Blaise TAMBA MANGA