Cameroun : Incivisme fiscal et corruption assèchent les caisses de l’Etat

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par 237online.com
Des organisations relèvent que l'absence d'audits fiscaux sur les personnes physiques dans notre pays constitue également un obstacle juridique à la valorisation des recettes fiscales. ⎥ © Photo fr.africatime.com (archives)

Pour se soustraire au paiement de leurs charges fiscales, de nombreux contribuables font recours à des techniques de toutes sortes.

Dans les quartiers et marchés de la capitale, l’on assiste très régulièrement à une espèce de jeu du chat et de la souris. Mettant en scène les contribuables et les agents percepteurs des impôts.

Ce 19 avril 2016 au marché Essos à Yaoundé, la capitale, une descente de ces agents a de nouveau fait revivre le spectacle.

Voyant arriver les éléments de la mairie de Yaoundé 5ème, certains commerçants déploient leurs fourberies : de nombreuses vendeuses de vivres remballent aussitôt leurs étals.

 «Je n’ai même pas 5 francs à leur donner. Ils vont venir me déranger ici», s’exclame une d’entre elle. A quelques lieux de là, se trouve une buvette que d’aucun surnomme « la pharmacie du marché».

La tenancière de cet espace se presse à son tour de disparaitre pour feindre d’être absente. En face du marché, sur le tronçon conduisant au carrefour Terminus Mimboman, un boutiquier du coin visiblement en pleine ouverture des portes les referme tout d’un coup, non sans inscrire sur sa devanture « boutique à louer ». 

Des scènes de ce genre semblent être le lot quotidien des agents de la Commune. « Ils doivent reverser leur impôt libératoire de façon trimestrielle à la Recette municipale ou au poste comptable de leur localité dans les quinze jours qui suivent la fin de chaque trimestre, mais ils ne le font pas. Ils attendent qu’on vienne les fouiller dans leurs cachettes», s’offusque un percepteur.

Ces attitudes sont diversement justifiées par des contribuables interrogés. «Moi je n’ai pas le temps de me déplacer pour aller payer les impôts, le temps c’est de l’argent», lâche Achu V., vendeur de friperie.

Son voisin immédiat, plongé dans le commerce des tennis de sport, est plus péremptoire: «depuis que nous versons les impôts, ça nous donne quoi ? On nous a construit un nouveau marché c’est vrai. Mais nous avons beaucoup de charges à payer. La location des boutiques est couteuse; la vie est dure pour nous.»

D’autres marchands pointent un doigt accusateur sur les agents percepteurs des impôts. «Ils y en a qui viennent nous donner des mauvais conseils.  Quand tu leur expliques que ce trimestre a été fort pour toi, ils te disent qu’ils peuvent gérer ton cas ; que tu n’es même pas obligé de payer. Vous leur donnez à boire et ils se mettent à vous donner des techniques pour dribler. Beaucoup parmi nous qui doivent être à la patente paient de l’argent pour être maintenu à la catégorie D de l’impôt libératoire», confesse Kuété Félix.

Le commerçant ajoute que «quand moi je construisais ma maison du côté de Messassi, ils sont venus mettre la croix de Saint André me demandant de démolir pour défaut de permis de bâtir. Les maçons ont pris leurs contacts, et je les  ai appelés pour négocier. Ils m’ont même demandé que chaque fois qu’un des leurs se pointe, je les appelle, pour qu’ils s’entendent entre collègues (...)».
Démocratie participative
Dans cette même veine de torpillage des revenus de l’Etat, la direction générale des Impôts (DGI) faisait remarquer le 19 avril dernier que seulement 20% des propriétaires des immeubles bâtis ou non des villes de Yaoundé et Douala s’acquittent de la taxe sur la propriété foncière.

 Et donc, le fichier 2015 ne compte que 138 510 contribuables. En 2013, un travail réalisé par trois organisations que sont Tax Justice network-Africa basée à Nairobi au Kenya, Dynamique citoyenne, un réseau de suivi indépendant des politiques publiques et des stratégies de coopération au Cameroun, et le Cradec, une association d'appui au développement local, relevaient que l'absence d'audits fiscaux sur les personnes physiques dans notre pays constitue également un obstacle juridique à la valorisation des recettes fiscales.

Le même travail indiquait que la faiblesse des moyens alloués à l'administration fiscale pour assumer ses missions, l'absence de culture de gouvernance locale et de démocratie participative et l'incivisme fiscal constituent aussi des obstacles non négligeables.

Autant d’indicateurs qui tendent à convaincre que l’incivisme fiscal s’est bien implanté au Cameroun.

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