Congo-Brazzaville : Une étoile de la peinture absente au firmament du cinquantenaire

Ai-Congo - La République du Congo a célébré, le 15 août 2010, les cinquante années de son accession à l’indépendance, acquise le 15 août 1960. A cette occasion, à l’instar des autres secteurs, un bilan de 50 ans de peinture a été fait à travers une exposition organisée le 29 juillet au Centre culturel français de Brazzaville. Les œuvres de tous les talents de la peinture étaient représentées, sauf celles d’une peintre de renom, Rhode Bath-Schéba Makoumbou.

Cette jeune congolaise s’est installée depuis 2002 à Bruxelles en Belgique où elle a entamé une importante carrière internationale.

Son absence à cette importante exposition a inquiété plus d’un fervent de la peinture qui s’interroge sur les raisons pour lesquelles Rhose Makoumbou n’a pas été invitée. C’est le cas de M. Marc Somville, manager de l’artiste qui a, dans un communiqué de presse parvenu à la rédaction de Tam-Tam d’Afrique, exprimé sa «consternation» lorsqu’il a appris que la talentueuse peintre n’a pas été sélectionnée à l’exposition « 50 ans de peinture congolaise».

«Celle-ci présente trois générations de peintres et rentre dans le cadre des festivités du cinquantenaire de l’indépendance de la République du Congo. Ceci est d’autant plus incompréhensible et dommageable que l’artiste a séjourné à quatre reprises à Brazzaville depuis un an et qu’elle y a rencontré la plupart des producteurs culturels de la capitale qui l’ont félicitée pour sa très grande activité sur le plan international à partir de la Belgique depuis 2004 pour promouvoir l’art et la culture du pays (plus de 150 expositions personnelles ou collectives en Europe, en Afrique et aux Etats-Unis à ce jour) », indique le communiqué.

M. Marc Somville a relevé que depuis 2007, Rhode Makoumbou n’a plus jamais été invitée dans une exposition collective importante au Congo. De plus, elle avait présenté au mois de mars de cette année, une importante exposition itinérante dans les rues de Brazzaville qui s’était terminée avec succès au CCF, montrant ainsi son désir de lancer une démarche culturelle et sociale dans son pays sous l’intitulé «Si vous ne venez pas à l’art, l’art ira à vous» ou «L’art, le meilleur trait d’union entre les hommes».

Comble de cette situation, poursuit le communiqué, le 28 juillet était projeté au CCF le film «Ntnta» (Couleur) sur Rhode Makoumbou réalisé à Brazzaville en janvier par le cinéaste M’Puati Luemba dans le cadre de la série des documentaires «Talents du Congo».

Rhode Bath-Schéba Makoumbou est née le 29 août 1976 à Brazzaville. Depuis son enfance, elle a été initiée à la peinture par son père, le peintre David Makoumbou. Elle s’est réellement engagée dans l’art à partir de 1989. A travers ses œuvres, ce sont surtout les activités sociales de la femme africaine qui sont mises en valeur. Dans les peintures à l’huile, elle peint également au couteau. La variété de ses toiles s’illustre dans un style nettement africain (à partir de l’art statutaire traditionnel) mais également influencé par les courants de l’art réaliste, expressionniste et cubiste.

Depuis 2002, Rhode Makoumbou a créé de nombreuses sculptures en matière composée (sciure et colle à bois sur une structure métallique) représentant les métiers des villages qui tendent à disparaître. Elle se considère un peu comme une artiste archiviste de la mémoire sociale et culturelle de l’Afrique en général et du Congo en particulier. A partir de 2003, Rhode Makoumbou a entamé une importante carrière internationale à partir de la Belgique, et expose maintenant dans le monde entier. En quatre ans, elle a participé à 108 expositions collectives ou individuelles, sans compter 11 participations dans son pays natal.

Elle a déjà présenté ses œuvres au Gabon, France, Belgique, Niger, Cameroun, Etats-Unis, Côte d’Ivoire, Tanzanie, Allemagne, Sénégal, Maroc, Espagne, Luxembourg et Suède. Elle a un atelier à Bruxelles en Belgique mais elle continue parallèlement à travailler à Brazzaville un ou deux mois par an.

Eugène Gampaka, Ai Brazzaville