Cameroun : L'artiste musicien Ben Decca fête ses 30 ans de carrière

par AFRICA INFO
Artiste Ben Decca
L’artiste musicien camerounais Ben Decca annonce ses 30 ans de carrière à la presse/ © Photo Archives AFRICA INFO /GN

Ce n’est pas trente jours et les amis de l’artiste musicien Camerounais l’ont compris. L’événement sera célébré à travers deux spectacles prévus à Douala et à Yaoundé, les capitales économique et politique du pays au mois de Novembre 2015.

L’annonce a été faite ce 19 août 2015 au restaurant-cabaret La Chaumière à Bonapriso-Douala, par le comité d’organisation au cours d’une rencontre très courue par la presse. Douala et Yaoundé seront le couronnement des festivités commencées depuis quelques mois par l’artiste en Europe.

Un programme alléchant

Peu avant de s’envoler pour Toronto au Canada et Washington aux États-Unis d’Amérique où Ben Decca va se produire en spectacle, le comité d’organisation a tenu à ce que l’artiste lui-même s’adresse à la presse.

Pour Philippe Essam, le président du comité d’organisation, les festivités au Cameroun s’étaleront du 08 au 21 novembre prochains dans les deux villes de Douala et de Yaoundé avec au programme, des communications avec les médias, la reconnaissance de la Nation à travers une remise de décorations, un concert à la Prison Centrale suivi d’une remise de dons aux prisonniers afin de leur témoigner sa solidarité, une cérémonie d’accompagnement traditionnel à la Chefferie Supérieure du Canton Deido dont il est l’un des notables, un match de football, un spectacle et un après spectacle pour ce qui est de la capitale économique, une visite d’orphelinat, une rencontre avec les membres du Gouvernement et enfin un spectacle pour ce qui est de la capitale politique.

Cet anniversaire sera placé sous le triple signe du social, du culturel et du traditionnel. Un programme qui sera totalement dévoilé en octobre prochain au cours d’une autre rencontre avec la presse. Tout sera ficelé par le comité d’organisation qui comprend de nombreux professionnels Camerounais du Show Business ; un comité d’organisation qui compte sur la presse pour relayer l’information et sur les sponsors pour financer l’évènement. Mais a tenu à préciser ledit comité, avec ou sans sponsors, l’événement aura bel et bien lieu.

Un comité d’organisation bien étoffé

Composé de plus d’une dizaine de professionnels du show business dont des communicateurs, des organisateurs et présentateurs de spectacle, des artistes musiciens… à la réputation établie, ce comité d’organisation entend donner à l’évènement la dimension planétaire qui sied à cet artiste musicien au talent éprouvé et très prolifique qui aura pratiquement mis sur le marché discographique, environ un album tous les quinze (15) mois. Une prouesse quand on sait que pendant la même période, certains artistes Camerounais n’ont produit qu’un seul album. Des albums qui, avant l’avènement de la piraterie, se vendaient comme des petits pains. Ce qui a permis d’asseoir la notoriété de Ben Decca, même au-delà des frontières nationales.

À travers son président, le comité d’organisation a promis de faire vibrer le Cameroun pendant ces quatorze (14) jours de manifestations. Un pari difficile à relever si l’on s’en tient à la situation sécuritaire actuelle du pays et si jamais, elle ne venait pas à s’améliorer. L’artiste musicien a saisi cette occasion pour égratigner au passage le gouvernement et les journalistes Camerounais.

Le manque de politique culturelle

Dans son propos et après avoir témoigné sa gratitude aux professionnels des médias, Ben Decca a déploré une absence de politique culturelle au Cameroun notamment à travers une absence quasi-totale de salles de spectacles, de véritable soutien aux artistes, de promotion de ceux-ci pour ne pas dire d’encouragement aux créateurs des œuvres de l’esprit comme cela se fait ailleurs. Alors que du temps de la Radiodiffusion du Cameroun les artistes Camerounais voyaient leurs œuvres suffisamment diffusées, aujourd’hui, sur dix (10) artistes diffusés à la radio et à la télévision, sept (07) sont d’origine étrangère. Et rien n’est fait pour inverser la vapeur. Dans la même lancée, aucun système de récompense des artistes méritants n’existe. Pis encore, la gestion des droits d’auteur est devenue un véritable casse-tête chinois. Ce qui l’a amené à dire que s’il croit encore en la valeur des artistes Camerounais, il a cessé de croire en la culture dans notre pays. Un pessimisme justifié qui appelle la mise en place d’une véritable politique culturelle qui permettrait aux artistes de vivre de leur art au lieu de misérer comme c’est le cas en ce moment.

Pour l’anniversaire qui se profile à l’horizon, Ben Decca a estimé qu’il s’est entouré d’une équipe forte et cohérente et qu’il est persuadé que la fête sera belle. Celle-ci sera réhaussée par la présence de nombreux artistes et amis du terroir et de l’étranger en provenance notamment de l’Europe et de l’Amérique.

Toutes les annonces faites ont suscité auprès des femmes et des hommes de médias plus de curiosité au point où le point de presse s’est transformé en conférence de presse.

Les attentes de la presse

Les représentants de la presse ont voulu en savoir plus sur la raison d’être de la célébration après que l’artiste eût annoncé des années auparavant son jubilé, la place du Ministère des Arts et de la Culture dans cette célébration et pourquoi parle-t-il d’absence de politique culturelle ?

Ben Decca a précisé qu’il avait décidé de ne plus se produire sur scène au Cameroun du fait de l’absence de véritables salles de spectacles et que cette annonce avait suscité la réaction de ses nombreux amis qui avaient fait pression sur lui pour qu’il revienne sur sa décision. Ce qui a été fait.

Parlant de la politique culturelle, il a relevé que rien n’était fait pour valoriser les artistes Camerounais pendant que leurs homologues étaient produits au Cameroun par des entreprises prêtes à débourser des dizaines de millions pour ceux-ci contre rien pour les locaux alors qu’à valeur artistique égale, l’artiste local était nettement au dessus de son homologue étranger. D’autre part, des radios et des télévisions Camerounaises jouent à longueur de journée des artistes étrangers sans que cela n’émeuve personne. Aussi a-t-il invité les journalistes à « … ne pas être comme les décideurs qui veulent maintenir les artistes dans le statut d’éternels assistés ».

Enfin, sur l’implication du Ministère des Arts et de la Culture, les organisateurs ont laissé entendre qu’avec ou sans son soutien ou sa présence, le spectacle aura bel et bien lieu et qu’il serait souhaitable que chacun reste à sa place.

Cette position du comité d’organisation n’enlève en rien que Ben Decca se situe au top des artistes ayant le plus produit d’albums à succès ces trente (30) dernières années.

Un artiste prolifique

L’auteur-compositeur de : Amour à sens unique, Nyonga mulema, Makossa Phoenix, Sontane, Bonam, Wa, Osi dimbea mba, Na tondi, Eweke ou Ne raccroche pas… a déjà mis sur le marché discographique 24 albums, tous bien reçus par le public même lorsque l’artiste avait annoncé son retrait de la scène dans les années 90.

Chantant tantôt en Français, tantôt en langue Duala, Ben Decca est l’un des premiers artistes musiciens Camerounais à avoir introduit le duo dans ses chansons avec ses sœurs Grace et Dora Decca. Ces voix féminines ont apporté un plus dans la qualité de la prestation de l’artiste, lui qui a une voix quelque peu enrouée.

Mais le mérite de Ben Decca aura certainement été de chanter non seulement avec les femmes mais aussi et surtout pour les femmes dont il est l’un des avocats défenseurs. Un titre que lui avaient d’ailleurs attribué ses nombreuses fanatiques. A cause de ses chansons au lyrisme éprouvé, il a brisé le cœur de nombreuses auditrices. Mais toujours fidèle à lui-même, Ben Decca a su faire la distinction entre sa carrière musicale et sa vie de famille. Ce qui lui a valu le succès qu’on lui reconnaît.

En attendant la célébration de ces 30 ans de carrière, nous lui souhaitons bon vent pour sa tournée Américaine et Canadienne.

Georges Ndenga