Cameroun : Câble diplomatique américain, quand un ministre de Biya avoue des échecs

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par le journal Essingan (Cameroun)
Louis Paul Motaze s’est dit inquiet de la piètre exécution du budget d’investissement et de la lenteur dans les grands projets d’infrastructure ǀ © Photo archives

Le Ministre camerounais de l'économie, de la planification et de l'aménagement du territoire  Louis Paul Motaze avoue les échecs économiques. 

Frustrations

1-      Résumé:

Le 28 mai, l’Ambassadeur a rencontré le ministre de l’Economie, de la Planification et l’Aménagement du territoire, Louis Paul Motaze. Motaze était frustré par la faible croissance économique du Cameroun, la piètre exécution du budget et la lente progression dans les projets structurants majeurs.

Il a dénoncé la préparation insuffisante des projets, les procédures d’attribution inconséquentes et l’implication du secteur privé. Personne ne connait la suite réservée aux efforts stagnants pour créer une nouvelle compagnie aérienne, CAMAIRCO, at­ il déclaré.

 Il a reconnu avoir achevé le travail sur le recensement national mais a déclaré que celui­ci attendait encore l’approbation du chef de l’Etat. Fin de résumé.

Piètre exécution : Frustrations relatives à la faible croissance

 La crise économique planétaire n’a fait qu’aggraver une situation économique qui n’était pas déjà satisfaisante et nécessitait des réformes économiques urgentes, a déclaré Motaze, faisant remarquer que la chute des prix du pétrole coutera au gouvernement des pertes de l’ordre de 200 milliards de franc CFA (environ $420 millions).

Il s’est montré angoissé par l’absence de croissance et l’orientation de l’économie qu’il a accusée de trop s’attarder sur le développement secteur social au détriment de l’investissement sur la santé et la création des emplois.

 Motaze a cité trois priorités économiques: l’agriculture, le développement de l’infrastructure, et l’amélioration du climat des affaires.

3. Motaze s’est inquiété de la piètre exécution du budget d’investissement et de la lenteur dans les grands projets d’infrastructure.

(Remarque: le Cameroun dépense classiquement environ 75% seulement de son budget d’investissement annuel. Fin de remarque.)

Il a tenu responsable de ce problème de budget les trop nombreuses études requises pour la dépense des fonds alloués. Le budget comprend souvent de nombreux projets qui n’ont pas été adéquatement étudiés et ne sont par conséquent pas prêts pour l’exécution, a­t­il déclaré. Il a perçu la nécessité de mettre en place une institution indépendante d’aide à la préparation d’études de projets avant leur introduction dans le budget.

 Motaze s’est aussi plaint de ce qu’il considère comme des procédures d’attribution compliquées et lentes. Il a aussi décrit comme « dangereux » le fait que des projets d’infrastructures majeurs tels que l’usine énergét ique proposée pour Kribi soient laissés à la décision du secteur privé.

Camair-co, stagnant

4. Motaze a argumenté pour la gestion privée d’une nouvelle compagnie nationale de transport aérien Camair-co  et a soutenu la compagnie étasunienne Lion Air.

Le ministre des Finances n’a pas signé le contrat de Lion Air et de nombreuses personnalités mécontentes ont estimé que Motaze avaient des accointances avec cette compagnie, a dit le ministre de l’Economie.

Le projet Lion Air a foiré et le président a ordonné de recommencer le processus de relance de la Camair-co.

 Motaze était confiant quant à l’existence d’un marché pour la Compagnie aérienne camerounaise mais il a reconnu que l’environnement mondial actuel est assez difficile pour le lancement d’une compagnie aérienne avant de professer que « personne ne peut prédire la suite».

Aucun mouvement dans le recensement

5. Interrogé sur le statut du recensement tant attendu, Motaze a dit avoir fini son travail mais « mes patrons doivent le publier.» Il a estimé que la présidence avait rechigné à publier ce recensement parce que certaines informations avaient été manipulées par les « élites ».

 Il a insisté sur le fait que toute la planification actuelle du gouvernement prend en compte les résultats du dernier recensement.

Commentaire.

6. Les dernières prévisions du FMI pour le Cameroun (avril 2009) estiment à 2,5% la croissance du PIB, chutant ainsi des 3,4% de 2008, dans un contexte de baisse de l’inflation et de l’accroissement d’environ 3% de la population.

Un récent rapport Fitch sur le Cameroun mentionne de faibles fondamentaux économiques, reflétant un taux d’investissement bas et une capacité d’absorption insuffisante, majoritairement attribuable à une faible gouvernance publique et exagérée par la situation économique mondiale.

Le Ministre Motaze peut être présenté comme l’un des plus informés et des plus brillants du gouvernement. Néanmoins, comme tant d’autres ministres, il nous laisse sur notre faim quant à des idées capables de relancer le progrès dans son portefeuille – l’économie dans le cas d’espèces­ et impute par trop la mauvaise gouvernance aux donateurs et au secteur privé.

Il n’est pas compréhensible qu’aucun mouvement ne soit perceptible sur le recensement après maintenant plus d’un an de retard alors que son absence complique sérieusement tout espèce de planification du développement au Cameroun.

7. Les critiques de Motaze relatives aux faveurs accordées au secteur social cachent l’intention de critiquer implicitement les injonctions du processus d’allègement de la dette de l’Initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE), rejetant ainsi la cause d’une croissance camerounaise à vitesse de tortue sur l’interférence des bailleurs de fonds internationaux.

Malheureusement, l’erreur de cette analyse est proportionnelle au nombre si répandu des personnalités du gouvernement de la République du Cameroun qui y croient.

Motaze et les autres prétendent que le gouvernement doit investir avantage et rapidement, mais ils n’ont pas pu encore adresser les questions de système et de gouvernance qui entrainent la sous- dépense et la piètre exécution du budget d’investissement depuis déjà des années.

Quelles que soient les priorités fixées par le gouvernement, l’impact sera limité et la croissance va continuer de stagner tant que l’exécution du budget n’est pas améliorée et rendue plus rigoureuse et le climat des affaires assaini.

Jane GARVEY  ©  Source : le journal Essingan (Cameroun)