Cameroun : comment Fru Ndi et le sdf ont manœuvré contre le boycott des élections

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par Boris Berthold
FRU Ndi quant à lui est rentré tranquillement aux États-Unis. Mission accomplie. Il vient de donner une nouvelle fois un coup de main à son ami Paul Biya dont il n’a jamais oublié que c’est Biya qui organisa le rapatriement de la dépouille de sa femme au Cameroun et une partie des obsèques. | © Photo archives

John Fru Ndi, le patron du Social democratic front (SDF, parti désormais proche du pouvoir) est rentré aux États-Unis car la mission est accomplie.

C’est une information dont les hauts cadres du SDF ne souhaitent certainement qu’elle soit connue car elle illustre à la fois la duplicité du SDF, ses connivences avec le RDPC, mais également les fractures internes.

La décision du SDF d’aller aux élections du 9 février 2020 a été prise sur instruction de FRU Ndi.

Les faits. Ce qu’il faut d’abord savoir c’est que chaque élu du SDF ( députés, maires ou Conseiller municipal) doit verser une partie de ses revenus à FRU Ndi. Cette somme oscille entre 10 et 20 %.

C’est une règle non écrite mais qui permet d’alimenter financièrement en permanence le chairman. À cet argent vient se greffer le financement annuel des partis politiques dont la part du SDF se situe autour de 300 millions fcfa qui sont gérés directement par FRU Ndi. A cela, vient s’ajouter les anciens arrangements entre le pouvoir RDPC et leur ancien allié à travers les mallettes nocturnes.

Lorsqu’il était encore en vie et en bonne santé,  c’est Martin BELINGA Eboutou,  l’ancien directeur du cabinet civil qui se chargeait personnellement de transmettre les messages de Paul Biya au Chairman ou de lui remettre ses mallettes derrière le stade à OMNISPORT où le chairman aimait s’installer pour des rendez-vous très privés.

“ John comment tu vas” lançait parfois Martin à son ami du SDF avant de l’étreindre dans ses bras. Et la vie continuait. Dès lors, derrière la participation du SDF il n’y a pas que la politique, mais beaucoup d’argent.

L’année dernière, le SDF avait déjà boycotté sa participation au défilé du 20 mai au nom de la crise anglophone. Tout un clan s’était à cet formé pour empêcher la participation du SDF aux prochaines échéances électorales.

Dans le camp de ceux qui étaient contre le boycott figuraient: Jean Tsemelou l’actuel SG ou encore Mbah Ndam. Joshua Osih faisant semblant de jouer au neutre ne voulant pas froisser FRU Ndi à qui il doit tout. Cependant au fil des mois le camp du NON se consolide et est majoritaire.

Vient donc le National Exécutive Committee du 9 novembre 2019. Les partisans du boycott des élections et de la rentrée parlementaire l’emportent. Les résolutions finales sont en train d’être prises et rédigées. Ce NEC est présidé par Joshua Osih. Ce samedi soir au sein de la ligne dure, les joies apparaissent. Mais c’était sans compter sur les faucons et alliés du RDPC.

Alors qu’ils sont encore en salle, Mbah Ndam et autres contactent FRU Ndi qui se trouve chez ses enfants aux États-Unis et lui font le point de la situation en indiquant qu’ils ont perdu.

FRU Ndi entre en colère. Très vite certaines personnes constatent que c’est FRU Ndi qui est au téléphone. Il discute Osih et lui dit de dire aux autres membres du NEC que le SDF ira aux élections.

Des chuchotements et de nouveau la bataille s’engage pour s’achever en queue de poisson samedi après minuit. Mais les résolutions arrêtées plutôt notamment non aux élections du 9 février 2020 et le boycott de la session parlementaire ont été bloquées.

Le mardi suivant Joshua Osih organise une conférence de presse où il indique que son parti donne deux mois à Paul Biya pour résoudre la crise anglophone qui date de 3 ans, avant de voir si le SDF ira aux élections.

Mercredi 27 novembre 2019, FRU Ndi est de retour en catastrophe au Cameroun. Depuis lors même ceux qui étaient pour le boycott des élections sont devenus plus actifs que les membres du RDPC. Le 6.2 ne laisse personne.

FRU Ndi quant à lui est rentré tranquillement aux États-Unis. Mission accomplie. Il vient de donner une nouvelle fois un coup de main à son ami Paul Biya dont il n’a jamais oublié que c’est Biya qui organisa le rapatriement de la dépouille de sa femme au Cameroun et une partie des obsèques. En politique c’est aussi parfois du donnant - donnant.

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BORIS BERTOLT