Des parodies de procès en Afrique pour masquer les crimes et les véritables criminels

par Michel Biem Tong
Au sein du régime Biya au Cameroun, en termes de corruption et de prédation des ressources publiques, il existe encore plein de John Numbi. | © Photo archives

En Afrique, plus précisément en Afrique centrale, les régimes politiques fondent leur longévité sur le crime : crime économique, crime de sang.

Au Cameroun, il est de notoriété publique que ce pays est entre les mains d’un groupuscule de malfaiteurs avec à sa tête Paul Biya depuis le 6 novembre 1982. Le régime de Paul Biya se livre à des activités essentiellement criminelles pour survivre.

D’où les assassinats depuis l’arrivée de Paul Biya au pouvoir de l’Abbé Mbassi, de l’avocat Me Ngongo Ottou, du magistrat Louis Ndzié, des journalistes Jules Nkoum Nkoum, Bibi Ngotta, sans oublier la répression par l’armée des villes mortes du début des années 1990, des émeutes de fin février 2008, l’assassinat d’une centaine de Camerounais par le Commandement opérationnel au début des années 2000, les crimes rituels de Mimboman, etc.

Le régime de Paul Biya se nourrit également du crime économique pour se maintenir. Paul Biya a commencé par montrer l’exemple quelques années après son arrivée au pouvoir. Ce dernier et quelques membres de sa famille se sont abondamment servis à la Société camerounaise de banque (Scb) à tel point cette banque publique dû être privatisée. Dans une interview adressée à La Nouvelle Expression après sa démission du gouvernement le 17 avril 1997, Titus Edzoa, ancien secrétaire général à la présidence avait déclaré que Paul Biya est l’homme le plus riche du Cameroun.

Quand Transparency International classe le Cameroun en tête des pays les plus corrompus au monde à la fin des années 1990, le régime se sent acculé. Pour sauver la face et sauvegarder l’intégrité de la mafia, il faut sacrifier quelques têtes légères. D’où les arrestations dans le cadre de l’Opération Epervier orchestrées par Paul Biya et son clan. L’objectif ici est d’éliminer des têtes soit qui font preuve de compétence et d’intégrité, soit qui font trop parler d’elles, soit qui sont ambitieuses, soit alors qui en savent un peu trop sur les codes de la mafia régnante.

A travers les parodies de procès de l’Opération Epervier, le régime tyrannique et sanguinaire de Paul Biya se donne une image d’ange vis-à-vis de l’opinion nationale et internationale et se donne bonne conscience. Mais en réalité, l’objectif est de préserver les intérêts mafieux bousculés par des scandales révélés au grand jour ou alors des classements internationaux. Un peu comme pour dire « beh écoutez, vous dites que nous sommes des criminels économiques, mais non, la preuve, nous traquons des criminels économiques ».

Le Cameroun est à l’image d’un autre pays où sévit la dictature : la République Démocratique du Congo. Comme au Cameroun, les autorités congolaises, lorsqu’elles sont acculées par la communauté internationale organisent des parodies de procès pour se donner de la vertu et noyer un scandale. C’est ainsi qu’en juin 2010, pour noyer l’affaire de l’assassinat du militant des droits de l’homme Floribert Chebeya et de son chauffeur Fidèle Bazana, le régime de Kabila a fait juger et condamner 5 policiers dont le tort est d’avoir été aux alentours.

Pourtant, celui qui a porté le coup fatal à Floribert Chebeya, le major Christian Ngoy Kenga Kenga, a été exfiltré de la RDC. Le général John Numbi, commandant de la police nationale qui coordonnait les opérations sur instructions de Joseph Kabila n’a jamais été inquiété.

Au sein du régime Biya au Cameroun, en termes de corruption et de prédation des ressources publiques, il existe encore plein de John Numbi. C’est-à-dire des personnes intouchables qui, bien qu’au centre de scandales financiers, ne seront jamais inquiétées tant que Paul Biya ne les considère pas encore comme une menace pour son pouvoir et tant qu’elles rendent encore service à Paul Biya et à sa famille.

Par Michel Biem Tong, web journaliste à hurinews.com