Paul Biya, Mebe Ngo’o et la mafia corse

par Boris Berthold
Paul Biya-Mebe Ngo : je te tiens, tu me tiens. Quand la mafia détruit un pays. | © Photo archives

Vous avez certainement regardé le parrain de Al Pacino, mais il existe le « parrain des parrains ». Ce n’est pas un film hollywoodien, mais la mafia qui continue de piller l’Afrique.

C’est l’homme des réseaux, l’ami des chefs d’Etat, des diplomates, des ministres. Ses relations se retrouvent jusqu’à l’Elysée. Son nom, Michel Tomi, propriétaire du Paris Mutuel Urbain dont l’une des filiales c’est le PMUC.

Le 25 juillet 2013, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire contre celui qu’elle considère comme le dernier parrain de la mafia corse pour « blanchiment aggravé en bande organisée », « abus de biens sociaux » et « faux en écriture privée ».

Le Journal Le Monde, qui a également enquêté sur cette affaire révèle que non seulement il est soupçonné de blanchir de l’argent, mais a également financé certains chefs d’Etats africains. Des noms sont cités : Ibrahim Boubakar Keita du Mali, Idriss Deby du Tchad, Ali Bongo du Gabon, mais également le président camerounais, Paul Biya.

Ainsi, la justice française pense que le chef de l’Etat du Cameroun a bénéficié de nombreux cadeaux et peut-être de l’argent de Michel Tomi pour laisser prospérer ses affaires en Afrique. Notamment le PMUC au Cameroun. Donc pour les juges français, Serge Tournaire et Hervé Robert soupçonnent Paul Biya et des dirigeants camerounais d’avoir laisser prospérer les affaires du PMUC au Cameroun pour toucher en revanche des prébendes.

Comment la justice française a t’-elle fait pour remonter aux dirigeants camerounais ? Pendant des mois, les enquêteurs français ont placé sur écoute Michel Tomi.

C’est ainsi que le 2 juin 2013, à leur grande surprise, ils surprennent une conversation entre le patron du PMU et Edgard Alain Mebe Ngo’o qui était à l’époque des faits, ministre de la Défense du Cameroun. Les deux hommes se connaissent bien la conversation est d’ailleurs chaleureuse. Michel Tomi propose à son interlocuteur qu’il a des cadeaux pour lui.

Edgard Alain Mebe Ngo’o lui demande clairement de dire à son interlocuteur que les cadeaux ne « laissent pas des traces ». Le mot est lâché. C’est à ce moment qu’ils remontent tous les documents de perquisition dans le milieu corse. Ils sont d’ailleurs renseigné que le PMU a organisé pendant l’été 1998 tout un voyage pour le chef de l’Etat à l’époque où l’ancien ministre des Transports était directeur du cabinet civil de la présidence de la République. C’est ainsi que le nom de Mebe Ngo’o est actuellement cité dans cette affaire.

Déjà intallé au Gabon et dans d’autres pays d’Afrique francophone, le PMUC s’est installé au Cameroun il y a 24 ans à la suite d’un protocole d’accord signé avec le gouvernement camerounais. Très vite la société va bénéficier de solides appuis auprès de l’establishment politique.
L'installation du PMUC au Cameroun a été facilité par de Hauts Fonctionnaires, dont certains tels que Mr Eva (ancien Directeur des Affaires Politiques au MINAT), y ont trouve un point de chute professionnel confortable, au moment de leur retraite. Le salaire était facilement multiplie par 3 voire 4, avec de nombreux avantages en nature.

Tomi et Mebe Ngo vont développer pendant de longues années et progressivement des liens étroits. En effet, au moment où il est encore préfet de Kribi, l’actuel ministre des transports se rend régulière à Paris. Il rencontre très souvent une jeune et belle dame métisse de mère camerounaise, et de père greco libanais, qu’il présente comme sa cousine.

Elle est également une amie de Omgba’a Damase, très proche de Paul Biya. Mais cette sulfureuse dame est également une bonne amie de la mafia corse. Elle connait personnellement le « parrain des parrains ». C’est elle qui présentera Mebe Ngo’o à Tomi.

Très vite les deux hommes sympathisent à tel enseigne que le ministre des transports s’est rendu une fois à la résidence de Tomi en hélicoptère. Ce dernier content lui a offert une voiture de marque Crecidas. C’est lui qui deviendra l’intermédiaire du clan qui facilité l’implantation du PMUC au Cameroun proche des réseaux corses au moment où il devient directeur du cabinet civil de la présidence. Mais avant au poste de DCC il n’était qu’un commissionnaire.

Michel Tomi est considéré comme l’empereur des jeux en Afrique. Lui qui a succédé à Robert Feliciagi qui a été abattu par des rivaux dans les luttes de leadership et de contrôle du trafic, comme il est de coutume au sein de la pègre. Il a bénéficié de la protection politique de Charles Pasqua, puis de Nicolas Sarkozy qui doit certainement connaître quels sont ses amis au Cameroun.

BORIS BERTOLT