Pour les États- Unis, le règne de Paul Biya est terminé

par ÉRIC DIKOUME
Paul Biya ne l’ignore pas. Il a compris le message, va rechercher la meilleure porte de sortie, pour lui d’abord et ensuite pour le Cameroun. | © Photo archives

Paul Biya est déjà dans l’Histoire, ne fut-ce que par ce qu’il a déjà passé 36 années au pouvoir.

Paul Biya restera longtemps dans l’Histoire du Cameroun parce que son record, admettons-le, n’est pas du genre à subir facilement une « remontada ». Pour l’Histoire, Paul Biya y est déjà, le demeurera même pour longtemps.

Maintenant ouvrons les yeux ! Restons lucides. L’ambassadeur des Etats-Unis, à l’origine de toute cette affaire, n’est pas un novice en diplomatie et ne peut pas avoir l’excuse de l’inexpérience. Il a transmis un message verbal au Président et, a pris l’opinion à témoin, partisans et détracteurs de Paul Biya confondus.

Il savait ce qu’il faisait et n’ignorait rien de la tempête qu’il déclencherait. Il voulait que la position de son pays soit connue et elle l’est à présent. Il a fait son job si t’elle était sa mission.

La question, la vraie, l’unique, est donc celle-ci : que recherchent les Etats-Unis ? Pour moi, la réponse est la suivante: une clarification du calendrier du départ de Paul Biya, et non un changement de régime. La nuance est importante parce que les Etats-Unis lui disent « dis-nous quand tu t’en vas, le temps presse, organises ton remplacement ».

Il n’y a pas de doute : c’est une ingerence dans les affaires du Cameroun, mais tous nous le savons, ce pays n’en est pas à son premier ultimatum adressé à un chef d’Etat ou à un pays et cela n’a pas modifié la forme de la terre.

Les Etats-Unis ont l’honnêteté et parce qu’ils en ont les moyens, d’égrener à haute voix ce qu’ils veulent, de vous faire condamner pour ce que lui, pratique au quotidien, de faire passer de la farine de manioc pour une subsistance d’arme de destruction massive...

Au-delà des considérations morales et patriotiques des uns et des autres, les Etats-Unis ont les moyens d’imposer leurs choix, qui plus est à un pays de la dimension du Cameroun.

Les américains ont parlé et ils attendent de Paul Biya une réponse. En mettant en perspective les rapports de force, parce qu’il est tout sauf un homme inconscient, Paul Biya qui a bien décrypté le message leur dira à peu près ceci :

« je serai bien sûr candidat cette année comme vous l’imaginez, je gagnerai et je prendrai trois ans pour préparer ma sortie, pour ranger mes affaires et mettre de l’ordre là où c’est nécessaire et je quitterai le pouvoir».

Cette proposition servira alors de base de discussion pour lui aménager sa sortie, et 2020 pourrait bien être arrêtée comme la date de son départ.

Pour les opposants à Paul Biya qui se lèchent déjà les babines, ils doivent comprendre que cette démarche des Etats-Unis ne sont en rien une volonté de changement de régime comme je l’ai dis plus haut, mais seulement d’un homme qu’ils estiment pour une raison ou une autre dépassé, incapable d’impulser le dialogue politique inclusif qu’ils recherchent au Cameroun par delà tout, et qui doit donc partir.

Si cette grande puissance voulait un changement ou un effondrement de ce régime, les leviers ne lui manquent pas; que du reste Paul Biya n’ignore pas et qui a son pesant d’or dans « l’ultimatum » qui lui a été servi.

De tous ces leviers, c’est un « putsch démocratique » soutenu et garanti par les Etats-Unis qui est le plus plausible; la Garde Présidentielle (GP) comme le Bataillon d’Intervention Rapide (BIR), deux unités d’élite de l’armée camerounaise, sont contrôlées par des israéliens et nombre d’officiers de ces deux unités ont été formés en Israël et aux États-Unis.

Il est aisé pour les Etats-Unis, engagés dans une relation d’amour sans précédent avec Israël depuis l’élection de Trump, d’actionner ce levier en toute confiance.

Rappelons qu’officiellement, c’est une société militaire israélienne qui est sous contrat avec la Présidence de la République pour la coordination de la GP et du BIR, mais ceux qui connaissent les rouages des services de sécurité n’ignorent pas les conditions qui entourent l’exportation de l’expertise des officiers israéliens à la retraite.

Ils doivent recevoir une autorisation du ministre responsable des armées et des renseignements à qui ils doivent obéissance... Donc, les Etats-Unis disposent de ce levier là. Un changement en douce, à la Mugabe, à la Bourguiba, bien encadré par l’armée et le tour est joué.

Parce qu’ils ont ce solide atout dans leur manche, l’option à la Kabila ne peut être privilégiée pour le Cameroun bien que la situation en RCA pourrait offrir à un ramassis de rebelles (Camerounais, tchadiens, centrafricains, soudanais, burundais et rwandais) financés et bien encadrés, une pénétration par l’Est du pays pour atteindre la capitale.

Les Etats-Unis peuvent également travailler au pourrissement intérieur.

Les Etats-Unis ont dans leur besace un éventail de choix, et si le départ de Paul Biya est l’objectif tel que le suppose la sortie de leur ambassadeur, il ne fait pas de doute qu’ils atteindront leur but.

Puisque les Etats-Unis ne sont pas, pour l’instant, pour le changement de régime, mais d’homme, les partisans du chef de l’Etat doivent se dire que c’est le moindre mal.

Le pouvoir restera toujours entre leurs mains et leur bloc politique pourra, avec le nouvel homme fort, prolonger encore un nouveau règne, battre des records et entrer dans l’Histoire.

Qu’ils protestent comme ils le font en ce moment est tout à leur honneur - personne ne peut accepter qu’on parle en sa présence sur un ton menaçant à son père - mais ils doivent faire le deuil du règne de Paul Biya.

Celui-ci est contraint de donner des garanties, à court terme sur son départ, pour sauver son régime et si besoin sa peau. Et il le fera. Les intérêts des États ne s’accommodent pas de larmes, s’il faut passer sur le corps de Paul Biya pour atteindre leur objectif tactique ou stratégique, ils n’hésiteront pas une seule seconde, et parmi tous ceux qui montent aujourd’hui au créneau pour taper légitiment le tambour, très peu viendront présenter leur poitrine pour arracher une balle.

Paul Biya ne l’ignore pas. Il a compris le message, va rechercher la meilleure porte de sortie, pour lui d’abord et ensuite pour le Cameroun.

A l’actif de Paul Biya, de ses partisans et des Camerounais qui pensent que l’heure n’est plus à l’ingérence, ils pourront toujours dire que ce ne sont pas les camerounais qui l’ont fait partir, mais les américains ! Tant d’exemples peuplent l’HISTOIRE.

Vous allez dire qu’ERIC DIkOUME est dans ses films, comme toujours, que c’est un malade, et que quoi encore ! Si vous ne le savez pas, vous venez de lire un film qui va entrer dans l’HISTOIRE

ÉRIC DIKOUME