Foncier - Cameroun: Une plateforme pour les victimes des évictions forcées

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par AFRICA INFO
Photo d’éviction et de déguerpissements des populations au Cameroun
Une vue des populations lors d’une opération d’éviction au Cameroun, © photo cameroun24.net

Cameroun (AFRICA INFO) - L’existence de cette plate-forme pour lutter contre les évictions forcées a été rendue publique, le 15 Mai 2015, au cours d’une conférence de presse tenue dans la salle des banquets de la Cathédrale Saints Pierre et Paul de l’Archidiocèse de Douala, la capitale économique.

Lors de cette rencontre avec les médias, les représentants de trois collectifs ont édifié l’assistance sur ce qui avait déjà été fait et ce qui reste à faire.

La plate-forme

Pour l’instant, elle regroupe trois collectifs légalement organisés. Il s’agit des collectifs des victimes de PK 14-PK 17, de Bépanda et de Nkomba qui seront bientôt rejoints par d’autres en voie de légalisation et soutenus par les partis politiques et plusieurs associations de la société civile. Ces derniers ont manifesté leur soutien en prenant part à cette rencontre et parmi eux on remarquait Edith Kah Walla, la Présidente de la Cameroon’s People Party (CPP) et Jean Bertin Kemajou, le point focal de Dynamique Citoyenne du Littoral, un réseau des Organisations de la Société Civile (OSC).

La plate-forme reste ouverte à l’ensemble des victimes des évictions forcées qui ont cours sur l’ensemble du territoire national et elle vise à arrêter ces évictions forcées menées souvent par les autorités administratives au mépris de la législation en vigueur.

Son slogan est « Ensemble et forts contre les évictions forcées, pour un logement décent » et sa dénomination «Tolérance zéro aux évictions forcées ».

Les trois représentants des collectifs ont, non seulement rappelé la genèse de leur situation dans leurs zones respectives mais aussi et surtout fait savoir qu’une pétition avait été déposée auprès du Gouverneur de la Région du Littoral.
La pétition

Déposée le 11 mai dernier par les représentants des collectifs de PK 14-PK 17, Bépanda et Nkomba après avoir réuni près de 1700 signatures, la pétition donne jusqu’au 21 Mai prochain au gouvernement soit pour faire connaître aux victimes, ce qui était fait en vue de leur indemnisation et de leur recasement, soit pour engager un dialogue franc, constructif et sincère avec les représentants des victimes.

Ces derniers ont fait connaître à la presse leur détermination d’aller jusqu’au bout de leur action, quitte à rencontrer le Chef de l’État pour que justice leur soit rendue.

Avec force arguments, Jean Baptiste Bontsébé de PK 14-PK 17, Augustin Youta de Bépanda et Elong Nkotte de Nkomba ont défendu leur cause à la lumière de différents documents existants et de la législation en vigueur. Et l’actualité aidant, ils ont demandé aux femmes et aux hommes des médias, s’il était possible à plus de 80 000 Camerounais vivant dans la rue et victimes des évictions forcées de célébrer l’unité nationale de concert avec leurs autres compatriotes. « Quelle unité nationale voulez-vous que nous célébrions le 20 Mai prochain, pendant que nous souffrons dans notre chair et dans notre âme » du fait que les autorités sensées les protéger les ont abandonnés à leur triste sort.

Une situation nullement reluisante au regard des chiffres présentés par les trois intervenants.

La situation sur le terrain

À Bépanda, dans le cadre de la construction du Boulevard de la Liberté et de son prolongement vers le quartier Bépanda, en 1986 ; plus de 908 familles pour plus de 5000 personnes avaient été déguerpies par la Communauté Urbaine de Douala (CUD) suite à une Déclaration d’Utilité Publique (DUP) dûment signée et qui désignait la CUD pour procéder aux indemnisations. Celles-ci avaient été déterminées par un décret du Premier Ministre, Chef du Gouvernement pour un montant de plus de 17 milliards de F CFA.

Malheureusement, à ce jour, rien n’a été versé aux victimes dont plus de 100 d’entre elles sont aujourd’hui décédées.
Les victimes continuent d’attendre de la CUD leur indemnisation et leur recasement conformément à la législation en vigueur.

Du côté de PK 14-PK 17, la situation remonte au 22 Février puis au 10 Mars 2010 lorsque, sous la conduite de l’Université de Douala, plus de 10 000 personnes sont jetées dans la rue sans indemnisation ni recasement.

De nos jours, l’on dénombre plus de 1500 enfants victimes d’un retard académique, plus de 2 000 personnes âgées souffrent de perte de repères, 67 tombes ont été profanées et déplacées sur un site présentant un risque environnemental potentiel, 04 ateliers d’exploitation avaient été détruits et les apprenants ainsi que les travailleurs dispersés et mis en chômage, plusieurs exploitations agricoles et d’élevage avaient été également détruits et à ce jour, plusieurs victimes sont mortes dont une vieille femme le jour même de la destruction de son habitat.

Vérification faite, il s’est trouvé que l’Université de Douala, commanditaire de l’opération, était allée au-delà des limites des terrains octroyés par l’Etat. Les victimes ayant porté le litige devant les tribunaux, l’affaire est encore pendante, mais l’Université de Douala se propose d’indemniser les victimes. Seulement, les négociations trainent et les populations commencent à s’impatienter et à douter de la bonne foi de cette institution à satisfaire leurs attentes.

Enfin à Nkomba-Mabanda dans l’arrondissement de Douala 4e à Bonabéri, c’est à 04 H 00 du matin du 26 Mars 2014 que les populations ont été tirées de leur sommeil par le bruit des bottes des forces de maintien de l’ordre conduites par le Préfet du Wouri et le vrombissement des engins de destruction à la diligence de la Mission d’Aménagement et de Gestion des Zones Industrielles du Cameroun (MAGZI) sous le prétexte que des populations occupaient illégalement ses terres, mais en violation d’une décision de justice et de la réglementation en vigueur. Ces terres libérées demeurent inoccupées et non mises en valeur à ce jour tandis que plus de 30 000 personnes ont été chassées de leurs maisons et terres occupées depuis plus de 50 ans par certains, des familles ont été dispersées, 5 000 enfants sont victimes d’un retard académique, 4 000 personnes âgées souffrent de perte de repères et plus de 20 personnes sont mortes après un choc psychologique subi le jour de l’éviction. La MAGZI se cabre sur sa position et refuse tout dialogue avec les victimes. Pourtant, divers documents existants ne plaident pas en sa faveur.

Les victimes attendent que justice leur soit rendue.

Au regard de tout ce qui précède, les autorités administratives ont tout intérêt à se pencher avec beaucoup d’attention sur cet épineux problème, car la liste des victimes ne fait que s’allonger au fil des jours et des risques d’implosion sociale sont de plus en plus manifestes. On gagnerait à les taire ou à les dissiper au lieu de les laisser s’envenimer et prendre de l’ampleur.

Georges Ndenga, Ai Douala - Cameroun