Cameroun : Un colloque pour lutter contre les évictions forcées

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par AFRICA INFO
Photo des évictions forcées au Cameroun

Cameroun (AFRICA INFO) – Sous le haut parrainage de l’Archevêque de Douala, Dynamique Citoyenne, Coordination Régionale du Liitoral (DCL) vient d’organiser avec l’appui technique de CODAS CARITAS de l’Archidiocèse de Douala et stratégique de MISEREOR, une ONG Allemande, ces 03 et 04 Juin 2015, à l’Hôtel Beau Rivage de Bonanjo à Douala, la capitale économique, un colloque national sur le thème «Une meilleure gestion foncière pour un logement décent au Cameroun ».

Pendant ces deux jours des travaux, responsables des administrations publiques et privées, le clergé, les universitaires, les experts, les responsables et membres des organisations de la société civile et les victimes des évictions forcées dans la ville de Douala ont planché sur ces évictions, comment les éviter et surtout comment atteindre l’idéal d’un logement décent où les populations se sentiront en sécurité et ne vivront plus avec la peur d’être un jour déguerpies comme des pestiférés.

L’absence de certaines autorités administratives et des élus locaux n’a en rien entamé la richesse des travaux et l’importance du sujet débattu.

Les travaux ont consisté en trois actes : la cérémonie sollennelle d’ouverture, la projection d’un vidéogramme sur les évictions suivie des témoignages des victimes, des impressions des participants et des communications des experts et enfin des travaux en ateliers qui ont pris fin par des restitutions en plénières avec en clôture, la lecture d’une déclaration finale et une conférence de presse de Dynamique Citoyenne.

La cérémonie d’ouverture

Elle a été ponctuée par un mot de bienvenue, un exposé sur la justification du thème et un exposé d’ordre général de l’Archevêque Métropolitain de Douala.

Jean Bertin Kemajou, le Président de l’Association Freedom’s Service par ailleurs Point Focal de Dynamique Citoyenne du Littoral, tout en souhaitant la bienvenue aux participants venus des autres villes du pays et des environs de la ville de Douala, a fait savoir que les évictions forcées, telles qu’elles sont menées par les autorités administratives, municipales, certaines institutions parapubliques et quelques individus et vécues par les victimes, constituaient un drame social aux conséquences multiples et profondes. Aussi, a-t-il jugé qu’il était nécessaire « … de mener une réflexion approfondie sur le sujet, afin de rechercher les voies et moyens pour atteindre cet idéal (de logement décent) et proposer au gouvernement de la république des solutions alternatives. ».

Parlant de la société civile et singulièrement de son rôle, il a déclaré qu’elle « … joue un rôle prépondérant dans la recherche des solutions aux problèmes que rencontrent les populations. » avant de s’attaquer à certains comportements repréhensibles des décideurs qui foulent aux pieds le droit, des comportements qui ne pouvaient que susciter la réaction de DCL. « … Face à ce type de comportements, la réponse de Dynamique Citoyenne du Littoral n’a pas été de descendre dans la rue, mais de mener une réflexion profonde de laquelle devra découler une proposition de solutions durables à l’épineux problème d’éviction forcée. ».

A sa suite, Armand Nouwe, le Chef du projet Evictions a présenté un exposé sur la justification du thème au cours duquel il est revenu sur les caractéristiques de la notion de logement décent qui sont de trois ordres : prévention des risques, niveau de confort et espace habitable reconnaissant au passage qu’au Cameroun il y avait une crise de gestion de l’occupation du domaine foncier et suggérant une sécuraisation de l’occupation foncière comme pierre angulaire du droit au logement décent. Pour ce faire, il a relevé trois principes fondamentaux du droit à la propriété à savoir : le fruit d’un bien (fructus), le droit d’utiliser ce bien (usus) et le droit de disposer d’un bien avec pouvoir de le transformer, de le céder et de le détruire (abusus) des droits qui, malheureusement, ne sont ni respectés, ni pris en compte par ceux qui décident ou coordonnent des évictions. L’orateur a ainsi relevé que « La problématique du foncier et du logement décent ou sécurité de l’occupation est protégée par le droit international des droits de l’homme et par les mesures de protection contre les expulsions forcées, par exemple. Il est certain que l’expulsion forcée constitue une violation grave d’une vaste gamme de droits de l’homme internationalement reconnus… Ainsi le Gouvernement Camerounais doit mettre en œuvre des programmes d’accès individuel aux titres de propriété, non seulement pour mieux garantir la sécurité d’occupation mais aussi pour encourager l’accès au crédit formel et réduire la pauvreté. ». Avant de conclure, « … la sécurité d’occupation est une condition indispensable à la dignité humaine et à des conditions de vie décentes. ».

Le troisième orateur, Monseigneur Dieudonné Bayemeg, vicaire général de l’Archidiocèse de Douala, représentant de son Excellence Monseigneur Samuel Kleda, Archevêque Métropolitain nde Douala, est revenu sur les différents instruments de l’Eglise Catholique Romaine dans la manifestation de l’Amour de Dieu pour les hommes par la foi et les œuvres, précisant les raisons qui ont motivé cette église à appuyer l’initiative de Dynamique Citoyenne ainsi que les actions qui s’en suivront. « Nous tenons à préciser que l’Eglise n’est aucunement opposé à toute action qui participe à l’embellissement de nos villes et au développement de notre pays. Cependant… notre souhait est que les mesures appliquées par l’administration soient plus humaines et que les actions d’éviction se fassent dans le respect total de la règlementation en vigueur au Cameroun, des engagements pris par le gouvernement du Cameroun vis-à-vis des instruments internationaux et dans le respect de la dignité humaine. ».

Le prélat a conclu son propos en invitant les participants à donner le meilleur d’eux-mêmes, souhaité un agréable séjour à tous et surtout exhorté Dynamique Citoyenne, le CODAS CARITAS et l’ensemble de l’équipe technique d’organisation à tout mettre en œuvre pour la réussite des travaux.

Cette phase protocolaire a pris fin par une photo de famille tandis que les principaux intervenants accordaient des interviews à la presse.

De retour dans la salle des conférences, les participants ont eu droit à cinq (05) communications.

Les communications des experts

Celles-ci portaient sur : La politique foncière camerounaise et son incidence sur la gestion des expropriations et la valorisation de la notion d’occupation foncière pour un logement décent par le Docteur Thomas Bidja Nkotto, enseignant à l’Université de Douala, Eviction forcée et Droit de l’homme : comment amener les pouvoirs publics à préserver la dignité humaine par Maître Nestor Toko, Avocat au Barreau du Cameroun, Logement social et logement décent : où se situe le Cameroun par André Kamtchueng, Expert en logement social de l’ONG ASSOAL et enfin Pour des villes moins exclusives et plus inclusives au Cameroun par Fabrice Menye Me Noah, expert du Bureau d’études du FEICOM et membre des travaux de l’ONU Habitat.

Ces communications, coordonnées tour à tour par Georges Ekona de l’Association Cameroun Ô’Bosso et William Eluga, enseignant à l’Université de Douala ont donné lieu à des débats parfois houleux au cours desquels les participants voulaient avoir des éclairages sur certaines notions ou alors apportaient des témoignages contradictoires à la théorie du droit. Mais à la fin, communicateurs et participants accordaient leurs violons.

Ces communications ont permis de constituer des groupes de travail qui devaient se retrouver en ateliers au second jour du colloque.

Les travaux en ateliers et la conférence de presse

Les participants, facilitateurs, communicateurs et organisateurs avaient été répartis en quatre groupes, animés par Elisabeth Mekougou Obama, Maître Michel Bebo, Georges Ekona, Dr Serge François Sobze et William Eluga.

Trois de ces groupes ont travaillé sur la proposition d’avant-projet de loi soumise par Dynamique Citoyenne à leur appréciation et le quatrième, sur le document cadre des propositions alternatives aux évictions forcées confectionné par Dynamique Citoyenne et qui devait être enrichi à travers les expériences vécues par les victimes ou les potentielles victimes des évictions.

Lors des séances plénières de restitution, diverses propositions ont été faites à Dynamique Citoyenne dont le Point Focal s’est engagé à tenir compte.

Au terme des échanges avec les autres participants, Maître Bafou a donné lecture de la Déclaration finanle du colloque et Jean Bertin Kemajou est venu clôturer les deux jours des travaux sur une note de satisfaction totale.

Après un exposé liminaire au cours duquel il est revenu sur la quintessence des travaux, Jean Bertin Kemajou, une fois de plus, s’est prêté aux questions des journalistes qui désiraient en savoir plus sur le devenir des recommandations de ce colloque, sur les mesures prises pour assurer le suivi des recommandations et des résolutions auprès du Parlement, sur l’avenir des populations qui avaient été jetées dans la rue lors des précédentes évictions et les actions menées sur le terrain, sur la notion du logement décent, sur les actions menées contre les abus constatés des évictions menées dans le prolongement du Boulevard de La république à Bépanda-Bonewonda et de l’élargissement de la pénétrante Est et enfin sur la mise à la disposition du public des plans d’urbanisation des villes du Cameroun.

A toutes ces préoccupations, Jean Bertin Kemajou, assisté de Maître Michel Bebo et du Docteur Serge François Sobze ont apporté des réponses idoines qui ont satisfait les attentes de leurs interlocuteurs.

Les lampions se sont éteints sur ce premier colloque sur le logement décent sur une note d’espoir de voir le gouvernement tenir compte non seulement des recommandations et des résolutions contenues dans la déclaration finale mais aussi et surtout de promulguer une loi qui tiendrait compte de tous les aspects relatifs à l’accès facile au domaine foncier et à un logement.