Cameroun : CNI, entre corruption et prorogations dans le Grand-Nord

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par l'Oeil du Sahel, Cameroun
Plusieurs citoyens font des dépenses connexes avant d’obtenir le précieux sésame. En outre, il faut s’armer d’une bonne dose de patience. | © Photo archives

Un long rang meuble la face arrière de la délégation régionale de la Sûreté nationale de l’Adamaoua à Ngaoundéré, le 15 juillet dernier.

C’est le décor des jours ouvrables dans ces lieux, tant les citoyens sont en quête de carte nationale d’identité (CNI). Soit pour se faire établir la CNI pour une première fois, ou la renouveler après l’avoir perdue ou parce qu’arrivée à expiration.

«Je suis ici au poste depuis 7h du matin. Il est 14h, on ne m’a toujours pas reçu.Pourtant, je vois des gens qui viennent après moi entrer et sortir avec leurs cartes ou leurs récépissés», s’offusque Benjamin, la mine froncée.

C’est que des dizaines de personnes qui viennent tous les jours pour se faire établir leurs CNI à la Drsn/Ad, des langues se délient. Rien n’est facile, la procédure n’est pas aisée pour bon nombre.

«Pour faire ma CNI, j’ai été confrontée à plusieurs problèmes. Je venais au poste à 8h et c’est à 15h que je rentrais chez moi. Aujourd’hui, j’ai réussi à obtenir ma carte. Je suis grandement reconnaissant, car il y a certains avec qui j’ai établi ma CNI, qui n’ont pas encore réussi à obtenir l’original», confie Benjamin.

De ceux qui font encore la queue à la Drsn/Ad dans l’espoir de l’obtention de l’original de leur CNI, fait partie la jeune Koulsoumi. «C’est depuis trois mois que je cherche à rentrer en possession de ma CNI, en vain. Depuis que je l’ai établie, on ne fait que proroger. Je suis extenuée et ne sais à quel saint me vouer», clame-telle.

Et une fois la validité du récépissé prorogée, commence une autre vague de stress.

«Les prorogations riment avec toute une gymnastique. Une fois votre carte renouvelée, il faut aller signaler chez les opérateurs de téléphonie mobile. A 60 jours de l’expiration les opérateurs de téléphonie mobile vous envoient le message faisant état du fait qu’il faut renouveler votre carte, auquel cas votre ligne sera suspendue», s’indigne Michel P. A N’Gaoundéré, se faire établir une CNI nécessite la présentation d’un certificat de nationalité et la copie certifiée conforme de l’acte de naissance dûment établie auprès des autorités compétentes en la matière.

«Il n’est pas aussi facile de se les procurer. Quand vous allez au tribunal, vous déposez le dossier à 8h, il faut attendre 15h30 pour entrer en possession dudit document. Si vous voulez vous faire établir une CNI, sacrifiez au moins une semaine», indique Benjamin.

Au-delà de ces deux documents à fournir, il faut débourser au poste et conformément à la réglementation en vigueur, une somme de 1.000 FCFA comme droit de timbre et 1.800 FCFA comme frais de photos. Soit un total de 2800 FCFA.

«Une fois que vous avez payé cette somme, vous entrez au Poste où vous vous faites identifier. Une fois votre dossier enregistré, on vous appelle au bureau pour validation. Après la validation des informations, des photos sont faites, des empreintes sont apposées et la première mouture du récépissé est présentée à l’intéressé (e) pour vérification. C’est après cette procédure que votre carte est signée par le chef de poste et un récépissé vous est remis en attendant l’original», explique un personnel à la Drsn/Ad.
GAROUA

A Garoua, le calvaire du jeune Oumarou Bello dure depuis trois ans et demi déjà. «En 2016, je devais me rendre à Yaoundé pour un job que mon frère m’avait proposé. Je n’avais pas de CNI et j’ai donc décidé de me rendre au commissariat central pour me faire établir une. Depuis ce temps, ma carte d’identité n’est jamais sortie, je connais des gens qui sont venus après de moi et ont déjà leur CNI, moi je continue d’attendre et on ne me donne aucune raison précise» explique-t-il.

A Garoua pour se faire établir une carte nationale d’identité, il faut se rendre dans un poste d’identification de police.

La ville dispose de trois postes au commissariat du troisième arrondissement, au commissariat central et à la délégation régionale de la sureté nationale.

Dans chacun de ces postes, vous trouverez la liste des pièces à fournir affichée. Il est demandé officiellement au citoyen de se munir d’un certificat de nationalité, d’une copie légalisée de son acte de naissance et d’une somme de 2800 FCFA.

Mais une fois que vous disposez de ces pièces, l’établissement de votre carte nationale d’identité n’est pas toujours une partie de plaisir.

«Je suis arrivée au commissariat central avec un billet de 5000 FCFA, ils m’ont dit qu’il y avait pas de monnaie et le policier qui s’est proposé pour me rendre service à préciser qu’il allait retenir une somme de 500 FCFA, j’ai simplement trouvé cela amusant. Malgré cela, j’ai mis plus de trois heures pour être servi après avoir dépensé au commissariat non pas 2800 FCFA comme indiqué, mais 3600 FCFA et jusque-là je n’ai toujours pas ma CNI» confie Amada S.

Les postes de police ne désemplissent pourtant pas. La majorité des usagers sont là pour le retrait de la CNI mais très peu sont satisfaits. Beaucoup repartent avec une nouvelle prorogation de la validité du récépissé de la carte nationale d’identité.

«La faute n’est pas seulement celle des policiers. La plupart des usagers qui viennent faire établir une nouvelle carte nationale d’identité ne donnent pas toujours toutes les informations exactes.

Le système est fait de façon à ce que si une information sur votre identité est fausse ou erronée, la machine ne va pas produire la carte. Il faut aussi reconnaitre que certains de nos collègues travaillent avec beaucoup de laxisme et de désinvolture, ce qui ne favorise pas la qualité de service et après plusieurs erreurs sont produites» reconnait un policier.

MAROUA

A Maroua, le coût d’établissement d’une carte nationale d’identité (CNI) varie en fonction des pièces à fournir. 6800 FCFA pour ceux qui en demandent pour la première fois et un peu moins pour ceux qui en avaient mais l’ont perdu ou a expiré.

Le montant correspondant aux frais d’établissement des documents à fournir et à la somme à verser au poste d’identification. Dans les détails, il faut 2500F pour un certificat de nationalité, 1500F pour une copie certifiée conforme de l’acte de naissance et 2800F exigibles au poste d’identification.

Le citoyen qui demande une Cni pour la première fois se munir d’une copie certifiée conforme de l’acte de naissance, d’une copie d’acte de mariage pour les femmes mariées et d’un certificat de nationalité signé du président du tribunal de première instance.

Pour le cas de vol, perte ou détérioration, il est exigé au citoyen une attestation de déclaration de perte, une photocopie de la carte perdue, la copie certifiée de l’acte de naissance et un certificat de nationalité.

En ce qui concerne le cas d’expiration de la CNI, le citoyen présente la carte nationale d’identité expirée, une copie certifiée conforme de l’acte de naissance et un certificat de nationalité. Après avoir réuni toutes les pièces exigées, le citoyen n’est pas automatiquement au bout de son calvaire.

Souvent, lorsque les policiers du poste d’identification doutent de l’originalité d’un acte de naissance, il est demandé à son détenteur d’apporter une copie de la souche de ce document. A cette difficulté s’ajoutent d’autres liées à l’attente et «caprices» des policiers.

«J’habite à 5 kilomètres de Maroua. Depuis plus d’une semaine je fais des va et vient dans ce commissariat pour se faire établir une CNI. Et l’accueil n’est pas des plus chaleureux. Chaque jour, Je dépense 1000F pour le transport. S’il faut évaluer touteS mes dépenses, je suis à environ 20 000F et je n’ai pas encore obtenue la CNI» fulmine une femme rencontrée au poste d’identification numéro 1 de l’ExtrêmeNord.

Comme cette femme, plusieurs autres citoyens font des dépenses connexes avant d’obtenir le précieux sésame. En outre, il faut s’armer d’une bonne dose de patience.

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