Congo-Brazzaville : Les affaires secrètes de descalzi d'Eni Congo en complicité avec Sassou Nguesso

par PAOLO BIONDANI ET STEFANO VERGINE
L’enquête journalistique révèle également les secrets d’autres sociétés offshores, qui ont vendu à Eni les actions des gisements au Congo, encaissant des millions de dollars auprès du groupe d’état italien. | © Photo Espresso

L'épouse du directeur du groupe étatique italien a une société offshore à l’Ile Maurice avec la fille du président congolais : une enquête des juges de Paris qui enquêtent sur les trésors cachés par le dictateur le dévoile.

L'exclusivité sur L'Espresso dans les kiosques à partir du dimanche 14 octobre

L'épouse du PDG d'Eni et la fille du président-dictateur du Congo Brazzaville sont en affaire ensemble dans une société offshore, couverte par l’anonymat, dans le paradis fiscal de l’Ile Maurice.

Une affaire gérée par un présumé trésorier nommé par le président congolais, l'ancien général Denis Sassou Nguesso. Depuis 1979, c’est le maitre de cette nation africaine, où le géant étatique italien est devenu la première multinationale du gaz et du pétrole.

Les papiers de la société au centre de l'affaire ont été découverts en France lors d'une perquisition ordonnée par les juges d'instruction à Paris, qui enquêtent sur le recyclage présumé de centaines de millions de dollars sortis des coffres publics de Brazzaville, la capitale du Congo.

L'argent réinvesti en France, via un réseau dense d'administrateurs et de sociétés offshore, pour acheter des dizaines de villas, appartements et hôtels de luxe, au bénéfice direct des membres de la famille et des collaborateurs du président à vie Sassou Nguesso. Au Congo, la moitié de la population vit avec un euro par jour.

L’enquête a conduit la police française, l’année dernière, à perquisitionner dans une villa où étaient cachées des archives très confidentielles : sociétés étrangères anonymes, comptes bancaires, biens immobiliers.

Dans ces documents figuraient également les noms des présumés propriétaires d’une mystérieuse société offshore mauricienne, identifiés par les enquêteurs français : Julienne Sassou Nguesso, 50 ans, fille préférée du président congolais, ayant déjà fait l'objet d'une enquête à Paris pour le blanchiment; Hubert Pendino, un homme d'affaires très riche de l'ancienne colonie française et un responsable suspect des trésors étrangers du dictateur; et Marie Madeleine Ingoba, l'épouse de Claudio Descalzi, le directeur qui est au sommet d'Eni depuis 2014. Cette dame est une citoyenne congolaise et elle a rencontré son mari lorsque Descalzi, au début de sa carrière, dirigeait la branche du groupe dans l’ex Colonie française.

L'entreprise publique italienne, au cours de ces années, a été impliquée dans diverses enquêtes à Milan sur des accusations de corruption internationale.

Descalzi est l’un des dirigeants accusés d’avoir autorisé une prétendue maxi-gisement pétrolier au Nigeria, qui remonte à 2011, alors que le groupe était toujours dirigé par son prédécesseur, Paolo Scaroni.

La société italienne a acheté un gisement en versant plus d'un milliard de dollars au gouvernement de cette période, du président Goodluck Jonathan, mais quelques jours plus tard, la somme totale a disparu dans un tourbillon de pots-de-vin aux politiciens et de transferts bancaires à des sociétés offshore. Eni rejette toutes les accusations. Personne n'a jamais accusé Descalzi d'avoir encaissé l’argent personnellement.

En Italie, aucune enquête n’avait abouti à une société offshore qui, selon l’enquête française, relie la femme du dirigeant italien avec la fille et le trésorier présumé du président congolais. Les noms de ses actionnaires ne sont pas publics.

Les registres mauriciens rapportent uniquement que la société a été créée en 2012 et est toujours active à nos jours : selon les papiers saisis en France, elle a géré des brasseries, mais peut mener toutes sortes d’activités dans le monde entier.

L'Espresso, dans le numéro du dimanche 14 octobre en kiosque, publie en exclusivité toutes les informations parues lors des enquêtes françaises.

L’enquête journalistique révèle également les secrets d’autres sociétés offshores, qui ont vendu à Eni les actions des gisements au Congo, encaissant des millions de dollars auprès du groupe d’état italien.

Les papiers exclusifs des paradis fiscaux, découverts par le consortium de journalistes Icij et examinés par l'Espresso, relient également ces offshore des dépôts au même Pendino : le présumé trésorier désigné du président congolais

Par Paolo Biondani et Stefano Vergine, L’Espresso