Affaire « le jour » : c’est la démocratie qu’on assassine

Exemple de bannière pour articles
par Xavier Messè
Xavier Messe : « Jean Ping au Gabon, Martin Fayulu en RDC, chacun revendique sa victoire à la présidentielle dans son pays, même après la sentence du Conseil constitutionnel. Ceux-là tiennent pourtant des meetings, ils marchent avec leurs militants, personne ne les met en prison. C’est une belle leçon de liberté que nos voisins nous infligent. » | © Photo archives

Le 08 juin dernier, j’avais décidé de travailler à la maison. J’avais mis cette journée à profit pour recevoir deux étudiants dans le cadre de leurs recherches.

Ils étaient arrivés chez moi l’un après l’autre à intervalle de 2 heures. Chacun m’avait fait le récit de ce qu’il avait vécu en traversant la place de la poste centrale de Yaoundé.

Sans reprendre mot à mot leur récit, j’avais retenu de chacun que, la poste centrale était quadrillée. Gendarmes et policiers faisaient par moment sortir des passants des véhicules, ils les questionnaient en plus de leur carte d’identité qui était exigée à tous ceux qui étaient interpellés.

Le reporter d’un média qui couvre un pareil événement, doit nécessairement s’approcher d’une personne qui a été interrogée pour s’enquérir du type des questions auxquelles elle a répondu, c’est le simple des réflexes d’un reporter.

S’il s’avère que la personne a reçu des questions du genre « d’où venez-vous ? Vous êtes de quelle origine ? Vous êtes de quel parti politique...? » Le reporter devra alors ressortir cela dans son article. Pourquoi ?

1- Parce que ces questions, si elles étaient effectivement posées, cela relèverait d’une anormalité. Ces questions ne devraient pas être posées à un citoyen qui n’est pas en état d’infraction.

2- Comme ce comportement relèverait d’une anormalité, les médias ont la mission de les dénoncer.

3- Une fois cette anormalité portée à la connaissance des pouvoirs publics, ceux-ci devraient aussitôt faire ouvrir une enquête afin de savoir quel est l’élément des forces de sécurité qui se serait permis ces débordements comportementaux.

4- Les sanctions devraient suivre afin que plus jamais cela ne se reproduise en République et en démocratie.

Voilà comment en démocratie, les médias fonctionnent avec les pouvoirs publics. Les premiers enquêtent et dénoncent les travers de la société, les seconds vérifient, recoupent et sanctionnent. A défaut, les électeurs sanctionnent les coupables et le système dans les urnes.

D’où vient-il donc que le reportage de Le Jour devienne un crime pour lequel il faille conduire son Dp à l’échafaud ?

Depuis la publication de cet article que certains estiment digne d’un blasphème de Salman Rushdie, j’ai regardé les plateaux de télé, écouté les radios et lu les journaux parfois avec tristesse. N’importe qui dit n’importe quoi.

Il y en a qui deviennent des donneurs de leçons aux journalistes, des insulteurs, de grossiers personnages qui entrent dans la vie privée, des plus que patriotes, tout y va.

Nous pensons que les rôles des partis politiques et des pouvoirs publics est de proclamer la fin de cette dérive dont le socle est assis sur le tribalisme.

Au nom d’une élection, doit-on sacrifier 550 ans de vie passée ensemble en harmonie dans ce triangle que nos ancêtres nous légués ?

Jean Ping au Gabon, Martin Fayulu en RDC, chacun revendique sa victoire à la présidentielle dans son pays, même après la sentence du Conseil constitutionnel.

Ceux-là tiennent pourtant des meetings, ils marchent avec leurs militants, personne ne les met en prison. C’est une belle leçon de liberté que nos voisins nous infligent.

En laissant insulter un journal qui a fait son travail de chien de garde, c’est la démocratie qu’on tue.

Xavier Messe