Cameroun : On parle enfin du génocide partout

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par Concierge de la république
PN : « Maurice Kamto, aujourd'hui incarcère, a écrit le Code pénal camerounais sous la dictée des Bulu, car c'est son cabinet, Bain Trust, qui en avait reçu le marché. Les Bulu l'ont donc instruit de laisser vide le crime suprême - le génocide - et il n'est pas sanctionné chez nous. » | © Photo archives

Comment nous avons gagné en six mois, car on parle enfin de génocide partout.

Notre victoire contre la tyrannie la plus vieille d'Afrique, celle de Paul Biya, celle des Bulu, est d'abord intellectuelle. La victoire morale étant déjà acquise. La victoire intellectuelle cependant se résume en un mot - génocide.

Des l'acquisition du Chassement comme programme politique de toute l'opposition progressiste en octobre 2018 - y compris le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC, opposition) -, j'ai compris que la balle était devant mon pied, pour définir le prochain but immédiat.

Et Biya a été chasse de Genève - en moins de six mois. Il manque certes Yaoundé, mais cela aura lieu. Il est important ici cependant qu'avant son chassement de Yaoundé, la poubelle de l'histoire lui soit grandement ouverte, pour le crime qu'il a commis de manière répétitive contre notre peuple depuis le 1er mai 1984: le crime de génocide.

Personnellement, c'était la mon enjeu: le définir, lui et sa tribu, comme génocidaire, et c'est fait. Oui, c'est fait. Regardez donc la difficulté de départ: le génocide n'est pas reconnu comme un crime au Cameroun! Comment le croire?

'La référence explicite au génocide n'existe pas dans le Code pénal camerounais', me certifie l'avocat Amédée Toukou, soulignant ce qu'une simple recherche par le mot 'génocide' sur mon ordinateur m'avait déjà signifié.

Il existe quoi donc? Il existe la référence à la torture, qui est punie, c’est-à-dire reconnue comme crime, dans les articles 277-3, alinéas 1-7. Il y'a ici deux conséquences : la première étant les récits que nous recevons des séquestrés de la PJ, du SED et du GSO.

Tous se perdent dans la descriptions de scènes de torture, de violation des droits humains donc, dont la plus intéressante est sans doute la marche du canard - même plus la balançoire, qui date des années 1960, et que j'ai vécue a la PJ de Yaoundé, dans les bureaux du commissaire Joseph Ntemde, en décembre 2017.

La deuxième conséquence cependant, c'est que l'interrogatoire tribal, le profiling tribal, la sélection tribale, l'incarcération tribale, la condamnation tribale et même l'exécution tribale, ne sont pas reconnus comme des crimes au Cameroun, et sont si routiniers que plusieurs dizaine de récits d'interrogatoires que nous avons reçus à JSK les mentionnent de manière nonchalante.

Il a fallu en fait que j'élabore le questionnaire sur la base de mes arrestations de 2014 et de 2017, afin que les rescapés en parlent. Et pour cause: dans ce pays ou le génocide n'est pas un crime, le chemin qui y mène n'alerte même plus.

Maurice Kamto, aujourd'hui incarcère, a écrit le Code pénal camerounais sous la dictée des Bulu, car c'est son cabinet, Bain Trust, qui en avait reçu le marché. Les Bulu l'ont donc instruit de laisser vide le crime suprême - le génocide - et il n'est pas sanctionné chez nous.

Le crime suprême est pourtant bel et bien ce qui est en train d'être commis au Noso: des villages spécifiquement anglophones brulés, des jeunes spécifiquement anglophones arrêtés et incarcérés pour aucune autre raison que le fait d'être des Anglophones, des nourrissons anglophones abattus de sang froid, des grand-mères anglophones liquidées.

Telle violence ne peut et n'aura jamais pu s'abattre sur les Anglophones que parce que ceux qui la commettent sont les plus éloignés tribalement d'eux - sont donc des Bulu.

La distinction tribale qui est la marque du dispositif génocidaire est là, tout comme ses stratégies: l'établissement des listes dont la routine les a fait devenir banales dans les médias depuis Charles Ateba Eyene et ses 'listes des pedes de la république'.

Le génocide cependant n'est pas reconnu au Cameroun comme crime. Et les avocats perdent leur temps dans des distinctions métaphysiques entre tribunal militaire et tribunal civil.

Moi pour une faute militaire, outrage aux forces armées, j'ai été juge par un tribunal civil. Maurice Kamto pour une faute civile, organiser des marches citoyennes, est jugé par un tribunal militaire.

C'est que la distinction n'a plus aucun sens, dans ce pays qui a un Tribunal spécial, pas pour juger le crime suprême - le génocide qui n'y est pas un crime -, mais plutôt sanctionner le vol, fut-il de milliards.

L'absence de valeurs morales du régime bulu, sa défaite morale est telle que la cécité a frappé tout notre peuple.

Nous avons vu un Collectif d'avocats se balader devant la Cour constitutionnelle, pour poser des questions de procédure, quand nous savons tous, et le ministre de la justice vient encore de le démontrer, que c'est lui qui demande de transférer des prisonniers d'une prison à une autre, sous le seul soupçon qu'ils sont des leaders - et cela, avant l'émeute en prison, en fait pour rien donc!

Dans un pays ou la justice est aussi clairement aux ordres, les avocats sont et deviennent inutiles. Leur métier perd de sa substance, car alors ne reste plus que le pouvoir de celui qui par téléphone ordonne de vous tuer, parce que vous êtes Bamileke ou Anglophone - Paul Biya.

Le dispositif génocidaire, Atanga Nji nous l'a étalé devant le visage dans son discours sur Yaoundé comme Waterloo, et il a abouti à une fausse explosion à Tsinga II, qui lui a permis de le mettre en branle dans la ville.

Et pourtant le fait demeure: le génocide n'est pas un crime au Cameroun, alors qu'au Noso il est en train d'être commis depuis le 30 novembre 2017.

Poser le problème, problématiser le génocide aura été l'enjeu fondamental de cette campagne de JSK qui, avec GCTV déjà des janvier 2019, a eu comme fil d'ariane l'émission 'Silence on tue' qui montre les images du Noso - seule télé camerounaise francophone à le faire.

Et ce mois-ci, a vu l'accélération des choses - 'génocide des Bulu' était la phrase. Elle a mis en branle les medias gouvernementaux, après le ministre Grégoire Owona, qui est tombé dans le canard de David Eboutou.

Elle a mis en branle les députes bulu - du Sud. Elle a mis en branle les radios, les télévisions, les journaux de la haine, financés tous par le Cabinet civil, aux mains des Bulu.

Elle a mis en branle les meetings du RDPC, y compris celui de Bafoussam, avec à sa tête un sultan Njoya qui a pourtant Bangourain dans ses valises.

Le génocide est impuni chez nous parce qu'il n'est pas un crime. Il n'en demeure pas moins le crime le plus grand qu'un être humain, qu'un pays puisse commettre.

Pour se protéger de l'accusation de génocide, Paul Biya a décidé de ne pas signer les statuts de Rome qui feraient le Cameroun être membre de la CPI - mais le Soudan y est jugé sans être membre de la CPI, il l'a oublié!

Il s'est ensuite protégé par l'article 53 de la Constitution qui lui donne une immunité absolue, article signé en avril 2008, c’est-à-dire dans le bain de sang de février 2008.

Le génocide commis au Noso l'a cependant rattrapé, comme le Chassement l'a rattrapé - il a été chassé de Genève, et le sera à Yaoundé.

En n'inscrivant pas le génocide comme crime dans le Code pénal camerounais, il a d'emblée rendu la justice camerounaise incompétente pour juger les crimes commis au Noso - et donné la place aux juridictions internationales, et donc à la CPI.

Le Soudan devient ici jurisprudence claire. Parce que le droit d'intervention est ainsi sanctifié, la justice camerounaise étant incapable de juger des tueries de Santa, de Kumbo, etc., elle qui ne connait que la 'torture', une instance supérieure doit s'en occuper.

Le crime de génocide commis au Cameroun est là pourtant, la communauté internationale en parle déjà - les USA, l'Angleterre, la Suisse.

Elle est encore distraite par le paradigme de la torture qui recherche les violations des droits humains, mais ne saurait trop longtemps fermer les yeux sur le génocide commis contre les Anglophones, et alors, ici, il faudra bien accepter la distinction essentielle entre criminels et victimes.

Les Bulu ne vont plus se cacher trop longtemps - ils ont perdu cette bataille.

JSK.

Concierge de la république